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Jean-Pierre ANDREVON




DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 135
Dépôt légal : 2ème trimestre 1971
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     • Venus de l'espace, les « Etrangers » ont débarqué sur la Terre, offrant aux Terriens les plus incroyables possibilités : devenir pilote de l'espace, par exemple... Oui... mais à quel prix ?
     • Pour résorber le chômage, le gouvernement des Etats-Unis propose à dix millions de personnes la possibilité d'aller travailler dans les mines de Mars... où une surprise désagréable attend les curieux.
     • La pollution ! C'est le cauchemar de l'époque... Mais si la nature à son tour contre-attaquait, et décidait de débarrasser la Terre des humains ?

     Dix nouvelles qui prouvent que la science-fiction ne se préoccupe pas seulement du lointain futur, mais aussi de ce qui peut arriver chez nous... BIENTOT !


    Sommaire    
1 - Impossible amour, pages 11 à 46
2 - Heureusement Ulla, pages 47 à 50
3 - Observation des Quadragnes, pages 51 à 79
4 - A moi les étoiles !, pages 81 à 93
5 - Le Caillou de Mars, pages 95 à 123
6 - Dans les mines de Mars, pages 127 à 160
7 - Halte à Broux, pages 161 à 184
8 - Un christ par hasard, pages 185 à 206
9 - Les Fourmis, pages 207 à 216
10 - ...Il revient au galop, pages 217 à 233
 
    Critiques    

Il y aurait, paraît-il - à en croire en tout cas le courrier des lecteurs de certaines revues, suivez mon regard § - un remue-ménage d’opinion à l’égard de la personnalité de Jean-Pierre Andrevon. Ceci, bien entendu, depuis que cet auteur a réalisé par ses textes une jolie percée dans le monde des écrivains de science-fiction, mais sans doute plus encore en raison de la manière directe par laquelle, dans sa participation à la critique, il détermine son discours en fonction de critères « politiques ».

C’est que notre auteur se veut « de gauche » et qu’il enfonce inlassablement son clou peint en rouge.

Ses idées, il est vrai qu’on les retrouve régulièrement dans son œuvre, les méchants « fascistes » de ses récits se transformant la plupart du temps en ogres véritables auxquels, c’est un comble, l’histoire peinte au travers des textes andrevoniens donne raison la plupart du temps contre les bons, les idéalistes, les gauchistes.

Une telle vision manichéenne de l’univers - les « tout bons » et les « tout mauvais » et rien que cela - risque d’apparaître en fin de compte comme un manque de nuance dans la démarche intellectuelle et peut même par instants, pour ce qui concerne plus spécifiquement le cas Andrevon, porter à se demander s’il n’y a pas là une forme de névrose obsessionnelle.

Après un tel préambule, disons tout net que, si le fond de certaines œuvres figurant dans ce recueil peut par-là se trouver amoindri, la qualité du récit ne souffre en rien de ce défaut, et qu’Andrevon nous semble pouvoir aspirer à améliorer encore la place qu’il occupe, car son talent de conteur dans l’agencement des intrigues de psychologue dans l’évolution des caractères de ses personnages, et la souple variété de sa syntaxe lui permettent de ne laisser fléchir que rarement l’intérêt.

La volonté d’ordonner avec une certaine logique ce recueil a orienté le regroupement des nouvelles qui le composent - nouvelles écrites visiblement à des époques et dans des états d’esprit très divers - en deux chapitres principaux : Ce qui vient du dehors et Ce qui vient du dedans. Pour ma part, je préférerais un classement plus en rapport avec la qualité de l’inspiration et je proposerai donc les rubriques suivantes : « Lyrique », « Politique » et « L’homme en proie à l’univers ». Bien entendu, les récits se rattachent en fait à plus d’une de ces catégories, parfois à toutes, mais l’une d’entre elles domine toujours.

Le lyrisme est maître dans Impossible amour, dont les lecteurs de Fiction avaient eu la primeur. Ceci malgré l’intervention dans cette histoire des « grand galactiques » créateurs, parmi les humains, de mutants chargés de maintenir l’humanité sur la voie « précaire » d’un progrès moral autant que matériel lui permettant de rejoindre enfin la Confédération Galactique. Cette intervention extérieure est le moteur de toute l’action mais se contente de ce rôle de prétexte. La jeune Illona, sentant s’éveiller son « cerveau second » don des étrangers, au cours de la période même où elle découvre et goûte l’amour du héros de l’histoire, rejoint la communauté des télépathes et abandonne à son chagrin le « gentil Marc ». La qualité de cette histoire, incontestablement la meilleure du volume, tient toute dans le lyrisme tendre et le rendement psychologique des sentiments des protagonistes. Je renverrai le lecteur, à ce propos, à un passage exemplaire à mes yeux qui est celui - page 32 - durant lequel Marc, constatant à son réveil en pleine nuit qu’Illona a déserté leur couche, la découvre enfin à la fenêtre cloutée d’étoiles, écoutant, rêveuse et déjà détachée, les mystérieuses « voix mentales » qui l’appellent irrésistiblement. Il se dégage d’une telle prose - et les passages de cette tenue abondent dans ce récit - une musique comparable à celle d’un Ravel dans L’enfant et les sortilèges, aussi nette de forme aussi chargée cependant de couleur et de poésie, et supérieure à mon sens à toutes les notations impressionnistes si facilement adoptées en de telles, matières.

Malgré les « miliciens fascistes de l’Ordre Nouveau » et le fait que sa propre mère accuse le personnage principal de l’histoire d’être un « communiste », le Christ est bien le personnage .principal de Un Christ par hasard, et le lyrisme l’emporte largement là aussi. Un veuf - dont la femme fut tuée au cours d’« événements » antérieurs, non précisés mais clairement envisageables - vit retranché dans sa maison, entre sa mère paralysée des jambes et ses réserves de boisson et nourriture. Il contemple la nature, traumatisé névrotiquement, se liant à la force vitale du monde par le défilé des saisons. Il est athée, sa mère croyante, d’une foi qui s’exalte chez elle aussi, à la suite d’un début de dérèglement mental que l’auteur suggère très habilement. Chaque génération humaine, selon elle, voit un Christ nouveau mourir et ressusciter pour le rachat des hommes. Or, des miliciens fascistes arrivent en compagnie d’un hippy : prisonnier et visiblement condamné on ne sait pourquoi. Ces dangereux militaires boivent, mangent, puis ils tuent enfin, dans le jardin, leur prisonnier. Mais celui-ci, auparavant, en qui la mère a reconnu « son » Christ, a promis à la paralytique qu’elle marcherait à , nouveau : ce qui se produit. Trois jours plus tard, la fosse dans laquelle le veuf a enterré le malheureux, se rouvre mystérieusement et le corps disparaît. Ce sec résumé est bien loin de rendre l’indéniable atmosphère de la nouvelle. Les personnages y ont des réactions vraies ; sans nulle mièvrerie, au sein d’un réalisme de bon aloi, la poésie dégagée par l’admirable rendu des décors (Andrevon voit en peintre) hausse l’histoire au niveau des grands mythes qu’elle évoque.

La qualité du récit continue de s’avérer excellente dans les histoires politiques du recueil. Malheureusement, la volonté idéologique nuit à leur impact, tant elle néglige les réalités économiques et simplifie jusqu’à la caricature les « hommes de droite » présentés. Il devient impossible, à la fin, de croire au danger de tels pantins. Tout sombre dans le canular, et c’est sans doute dommage pour l’idée même que veut défendre l’auteur, tant il est vrai qu’à vouloir trop prouver...

Comment croire à l’effondrement matériel d’une société évoluée, dû uniquement à l’arrêt des fabrications d’armement ? Ou bien alors faut-il admettre que la Russie et les USA n’autoriseront jamais la fin de l’affrontement entre Juifs et Arabes, ni la Chine et le Japon, pas plus que l’Amérique, celui entre « Sudistes » et « Nordistes » dans le Sud-Est Asiatique ?

Plus stupéfiant encore, le fait de voir le chef d’un grand Etat se frottant les mains à l’idée de millions de ses compatriotes enfermés dans des mines du pays qu’il gouverne, au terme d’une pseudo-traversée jusqu’à la planète Mars. Le comble est encore que ce soit bien souvent par engagement volontaire que les indésirables chômeurs - participants obligés aux « manifs » parce que chômeurs, et indésirables par cette qualité de manifestants - entrent au sein de cette nouvelle forme de bagne. Evidemment, il y eut le père Ubu, mais le ton de ces récits est assez loin de Jarry.

Remarque du même ordre pour ce qui est de la décision prise (par un seul homme !) d’anéantir froidement les millions de fourmis - en fait les prisonniers chinois d’une guerre menée victorieusement par les Américains - dans la nouvelle précisément intitulée Les fourmis - titre repris au reste de Boris Vian. Encore que le processus psychologique qui mène à la décision soit montré de fort adroite manière, avec une application qui aurait mérité de se voir mise au service d’un meilleur propos.

Heureusement, la qualité de conteur d’Andrevon demeure intacte, je l’ai dit, au service de telles intrigues et aide beaucoup à faire passer l’histoire. Sorti lèges du langage, qui arrivent à plaquer d’or le plomb, à défaut de le transmuter réellement.

Pour en terminer avec ces nouvelles d’inspiration politique, disons que Halte à Broux n’a pas ce côté outrancier et par là devient beaucoup plus convaincant. On vit réellement quelques heures intenses en compagnie de ces déserteurs sans l’être qui s’avèrent finalement beaucoup plus signifiants, pour le lecteur, de la pensée de l’auteur.

Reste l’affrontement de l’homme avec les dangers de la nature et des étoiles et des êtres qui peuplent ces dernières. La SF de cette partie s’éloigne en général dans le futur et se rapproche d’autant de l’esprit du lecteur habitué au genre.

L’appellation Ce qui vient du dedans convient mal au sujet de Il revient au galop, puisque la Nature (en l’occurrence la pluie du déluge qui ramène le reptile-roi Tyrannosaurus Rex) est au centre de la nouvelle. Les amateurs de SF retrouveront avec plaisir dans ces lignes une atmosphère très anglaise, dans laquelle les influences, si elles se décèlent (John Wyndham et J.G. Ballard entre autres), semblent très bien assimilées et s’entrelacent sans heurt avec le sens cosmique de la nature que possède au plus haut point Jean-Pierre Andrevon.

Observation des quadragnes, jadis paru dans le fandom, est une excellente pochade où l’érotisme est la parodie de lui-même, et qui nous dépeint - en un langage détaché de toute l’aura morale que nous apportons à ce genre de propos, puisqu’il est celui d’un « étranger » à la morphologie et au mental différents - les ébats amoureux d’un couple savoureux, une Française d’un certain âge et un beatnik américain, réunis dans une cage d’observation munie de multiples gadgets extra-terrestres, les deux partenaires involontaires ayant été enlevés à leurs habitats respectifs par l’intermédiaire d’un vire-matière.

Heureusement Ulla et A moi les étoiles traitent - assez laborieusement, il faut le dire, et on sent bien qu’ils se trouvent là pour augmenter le nombre des pages - des thèmes ultra-classiques. Le premier nous fait assister à l’arrivée d’un envahisseur mental dans la grande tradition, qui détruit son premier hôte humain mais conserve assez de vie pour attendre - et c’est là la nouvelle - l’arrivée de la maîtresse de celui-ci, dans leur lieu de rendez-vous champêtre. Le second nous montre le malheureux Joseph Kapek, « qui n’est même pas titulaire du baccalauréat » - et cette idée l’a vraiment traumatisé ! - débarrassé par les visiteurs de la Confraternité Galactique de son corps encombrant, sa personnalité, et son cerveau par conséquent, se retrouvant soudain en symbiose avec un astronef dont il croyait seulement devenir le pilote et non le computer. Eternelle variation autour du thème du cyborg, qui permet une fois encore à Andrevon de sacrifier à. son masochisme familier en nous montrant un être brimé, dupé, mais essayant de se contenter de sa nouvelle condition - cette absence de révolte le faisant visiblement juger par l’auteur comme méritant son châtiment : « Je ne pourrai plus nager (...), boire (...), me coucher sur le ventre tiède d’une femme. Mais qu’importe, au fond ? Je suis un pilote de l’espace. Mon cerveau a quintuplé son pouvoir. Je pourrai (...) me frotter à la chevelure des étoiles filantes, passer entre les cuisses de Vénus... » etc. Cela peut-il remplacer ceci ? Au lecteur de répondre !

Dans Le caillou de Mars, enfin, les hommes - et plus spécialement cette grandiose NASA U.S., décidément chère à l’auteur ! - célèbrent l’envoi d’une mission humaine sur Vénus, alors que la Terre vient à peine de se relever d’une tragédie virale qui causa des millions de morts par la faute d’un germe ramené de Mars. La satire est chargée, là aussi, la tendance politique glissant dans le récit quelques « minigénocides » mais la manière dont les personnages ressentent le drame est montée d’excellente façon.

En résumé, un recueil intéressant, qui ne vaut peut-être pas le précédent d’Andrevon en notation « moyenne » mais contient deux longs récits superbes, un troisième excellent et une fantaisie pleine d’humour (Impossible amour, Un Christ par hasard, Halte à Broux et Observation des quadragnes), et qui prouve à l’évidence combien rapidement Andrevon est entré en possession d’une parfaite maîtrise d’écriture. Il possède un don indéniable de motiver des personnages en leur insufflant la vie, il est aussi un excellent peintre.

Souhaitons-lui en outre de piocher l’économie, la sociologie et l’histoire, et non plus seulement le petit aide-mémoire du militant de base, ce qui lui est indispensable pour hausser la valeur de sa démonstration au niveau de son évidente et sympathique sincérité.


Martial-Pierre COLSON
Première parution : 1/1/1972 dans Fiction 217
Mise en ligne le : 3/3/2019


 
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