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Élève de quatrième... Dimension

Algernon BLACKWOOD

Traduction de Jacques PARSONS

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 91
Dépôt légal : 1er trimestre 1966
Première édition
Recueil de nouvelles, 256 pages, catégorie / prix : 6,15 FF
ISBN : néant
Format : 12,0 x 18,0 cm
Genre : Fantastique



Quatrième de couverture
     • Pendant leur sommeil, les provisions ont disparu,
     des trous ont été creusés autour de leur tente, des chuchotements les ont réveillés...
     • Et pourtant, ils sont deux hommes seuls sur cette île déserte,
     deux hommes seuls... affrontant des milliers de saules-nains qui leur crient de fuir.
 
     Sept histoires fantastiques par le « Lovecraft anglais ». Un classique de la science-fiction.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Jacques PARSONS, Avant-propos, pages 9 à 11, introduction
2 - L'Affaire Pikestaffe (The Pikestaffe Case, 1923), pages 13 à 56, nouvelle, trad. Jacques PARSONS
3 - Les Saules (The Willows, 1907), pages 57 à 127, nouvelle, trad. Jacques PARSONS
4 - Le Piège du destin (The Decoy, 1921), pages 129 à 160, nouvelle, trad. Jacques PARSONS
5 - La Veille du premier mai (May Day Eve, 1907), pages 161 à 192, nouvelle, trad. Jacques PARSONS
6 - Le Vieil homme des visions (The Old Man of Visions, 1907), pages 193 à 205, nouvelle, trad. Jacques PARSONS
7 - L'Histoire du fantôme de la femme (The Woman's Ghost Story / The Specter that Asked for a Kiss, 1907), pages 207 à 220, nouvelle, trad. Jacques PARSONS
8 - La Vallée des bêtes sauvages (The Valley of the Beasts, 1921), pages 221 à 250, nouvelle, trad. Jacques PARSONS
Critiques

    Le premier recueil d'Algernon Blackwood (1869-1951), John Silence, date de 1905. C'est donc avec plus d'un demi-siècle de retard – compte tenu de deux ou trois récits publiés assez récemment chez nous dans différentes anthologies – que ce très remarquable auteur anglais parvient enfin à toucher les lecteurs de langue française.

    Marquons tout de même l'événement d'une pierre blanche. Non sans toutefois regretter que l'on ait cru devoir coiffer les nouvelles dont on nous offre la traduction d'un titre qui se voulait drôle et n'est qu'exécrable : Elève de quatrième...dimension. Une telle trouvaille ne peut que desservir le volume dont elle se veut le pavillon. D'autant qu'elle ne correspond pas davantage au ton qu'aux thèmes des récits qu'on y peut lire. Blackwood, chez qui l'humour est aussi rare que discret, n'a jamais, que je sache, pratiqué l'à-peu-près. Autre chose – que je me dois de répéter : il est clair que certains auteurs, surtout fantastiques et qui n'ont guère plus de parenté réelle avec la science-fiction que n'en ont entre eux des cousins à la mode de Bretagne, il est clair que ces auteurs-là n'ont que faire dans une collection estimable, certes, mais aussi notoirement spécialisée que « Présence du Futur ». Le Fanu, Lovecraft, Jean Ray, Jean Louis Bouquet ne s'y trouvent pas plus à leur place que n'y est à présent Blackwood. Que ne se décide-t-on à les publier hors collection ? Ils sont assez grands garçons, ils ont suffisamment de talent pour atteindre leur vrai public sans qu'il soit besoin de leur accoler de fallacieuses étiquettes qui ne trompent plus le chaland. 

    S'il n'est que trop vrai que Blackwood nous demeurait quasiment inconnu, il en va tout autrement dans les pays anglo-saxons. On l'y tient depuis longtemps pour l'un des premiers conteurs fantastiques d'aujourd'hui ; et il continue d'y être très lu. Sans lui – comme aussi sans Machen – Lovecraft, qui l'a souvent cité, ne serait pas tout à fait ce qu'il est. Le thème majeur et les hommes-poissons de son Cauchemar d'Innsmouth doivent beaucoup à l'un des plus célèbres récits de Blackwood : Ancient sorceries – on ne l'a point repris dans le recueil qui nous occupe – et aux hommes-chats qu'on y voit vivre. 

    Il est bien possible que chacune des sept nouvelles qui composent le présent Élève de quatrième… dimension passionnent également le lecteur. Pour moi, La veille du premier mai, Le vieil homme des visions et La vallée des bêtes sauvages me semblent piétiner un peu et même, parfois, s'embourber sensiblement dans ce mysticisme panthéiste où l'auteur se complaît à longueur de page.

    Mais il faudrait être de mauvaise foi pour n'y point relever, cependant, d'incontestables beautés. L'histoire du fantôme de la femme, L'affaire Pikestaffe surtout – où l'on entrevoit ce fameux « élève de quatrième… dimension » qui donne son titre au volume – me plaisent davantage et me paraissent, l'une et l'autre, être d'indéniables réussites. Le piège du destinassocie on ne peut plus habilement les affres de l'adultère pressenti à celles d'une nuit passée dans une maison hantée. C'est déjà presque du grand art. Cela le devient tout à fait avec Les saules, l'un des chefs-d'œuvre de l'auteur. On y voit une île déserte, hostile, et deux voyageurs y faire escale, un soir, sans être sûrs d'en revenir jamais. Blackwood atteint là à une étonnante maîtrise, tant dans l'écriture que dans la puissance de suggestion.

    M. Louis Vax a excellemment étudié les constantes de ce talent singulier, aussi bien dans L'art et la littérature fantastiques que dans La séduction de l'étrange. « Blackwood, » nous dit-il dans le premier de ces deux ouvrages, « est le créateur d'un conte fantastique original, terrifiant et angoissant, mais jamais macabre ou horrible. Par là, il s'écarte de la tradition d'Edgar Poe que retrouvera Lovecraft. Mais ses récits ne sont pas sans analogie avec ceux de ce dernier : les héros de Blackwood sont fascinés par une beauté terrible, si terrible qu'ils risquent la mort. Mais, s'ils meurent, ce n'est pas pour disparaître définitivement ou connaître la vie larvaire des morts vivants, plus atroce que la mort même ; c'est pour participer à la vie mystique de la nature, se perdre dans le scintillement magique de la neige, la vie solennelle et grandiose des bois… Les contes de Blackwood se situent à mi-chemin entre le poème mystique et le récit dramatique. » M. Vax précise encore, dans La séduction de l'étrange cette fois : « Il n'y a pas d'opposition nette, chez un Blackwood ou un Lovecraft, entre un monde banal et un événement fantastique, mais, au contraire, un pourrissement progressif du quotidien par le fantastique ». 

    Nous ne pouvions, on le voit, continuer d'ignorer plus longtemps Blackwood. C'est un auteur d'importance, et que tout amateur de littérature fantastique se doit absolument de connaître.

    M. Jacques Parsons, qui nous le présente dans une intéressante préface, ne s'en est pas tenu là. Il l'a encore, et surtout, fort remarquablement traduit. À tel point même qu'on a presque constamment l'impression de lire ces nouvelles dans leur texte original. Grâces lui en soient rendues.

Roland STRAGLIATI
Première parution : 1/6/1966 dans Fiction 151
Mise en ligne le : 18/1/2023

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