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La Maison aux mille étages

Jan WEISS

Titre original : Dum o tisici patrech, 1929
Traduction de Charles MOISSE & Jan SVOBODA

MARABOUT - GÉRARD , coll. Bibliothèque Marabout - Géant n° G266
Dépôt légal : 1967
Première édition
Roman, 288 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,5 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
Une immense maison sans fenêtres,
sans issues,
un piège à mille étages refermé sur l'humanité
comme une matrice géante,
un monde où se débattent le rêve et la violence,
le mystère et la mort.
 
     La maison aux 1.000 étages est sans doute un des romans les plus originaux qui aient jamais paru en Europe.
     D'un écriture heurtée, utilisant des procédés graphiques que le nouveau roman a réinventés, il surprend le lecteur dans ses habitudes et lui donne l'impression de participer lui-même aux démarches du héros anonyme luttant désespérément contre le maître, le génie, le dieu d'un monde incroyable et clos où tout est possible, les rencontres les plus merveilleuses comme les plus effroyables tortures.
     Jan Weiss, riche des traditions de l'Europe centrale, familier du monde désormais classique de Kafka, maniant aussi bien l'ironie que l'horreur, capable d'évoquer les princesses de rêve et les vampires, se révèle ici un des écrivains les plus représentatifs de notre temps.
Critiques

     Amnésique, Peter Brok est envoyé par le Congrès des États-Unis du Monde dans la « maison aux mille étages », afin d’y mener une enquête : Il l’apprend par des carnets qu’il trouve dans ses poches. Il apprendra un peu plus tard qu’il est invisible : cette invisibilité constituera sa seule arme.

     La maison aux mille étages, compromis entre un cauchemar de Clayette et un songe de Piranèse, fut construite par une sorte de génie du mal, Ohisver Muller. Sa construction a été rendue possible par la découverte d’un gisement de solium, minerai qui permet de fabriquer des matériaux aussi légers que l’air. La quête de Peter Brok doit aboutir à la suppression de Muller le tyran et à la libération des esclaves qui peuplent les étages supérieurs. Cela entraînera la libération du monde entier, sur lequel Muller fait peser son hégémonie économique. En liaison avec une jeune femme récemment enlevée par Muller, Brok va mener une enquête kafkaïenne dans l’univers onirique d’une Babel formidable.

     Mais ni cette enquête ni la suppression du tyran qui la couronne ne représentent l’essentiel du livre. Weiss s’est servi de ces prétextes pour traduire deux faces de lui-même : une face esthétique, celle du subconscient et du rêve. Une face politique et sociale, où sa position est anarchisante.

     L’esthétique de Weiss est un bizarre mélange de poésie lyrique et de naïvetés qui font songer à certaines bandes dessinées ou à la littérature « populaire ». Un mélange détonnant, dont l’explosion éveille des échos inattendus : peut-être le souvenir du Monstre de métal, de Merritt. SI on tient compte de l’ambiance générale, très marquée par l’époque où le livre fut écrit (1929), on glisse assez facilement vers Métropolis. Enfin, et ceci nous amène au second point, certains tableaux comme celui de la Bourse ne laissent pas d’évoquer les dessins que Steinlein publiait dans L’assiette au beurre.

     En effet, la révolte constitue le moteur de l’ouvrage. L’attitude de Weiss est celle d’un idéaliste qui mobilise ses forces contre toutes les sortes de tyrannie : mégalomanie de la puissance chez Muller, brutalité sommaire de ses séides, suprématie de l’argent pour ses adorateurs. La peinture qui en est faite a quelque chose d’étrange : on y reconnaît des ambiances bibliques (proches de celles de Sodome et Gomorrhe mais sans allusion aux « minorités érotiques ») et des descriptions corrosives au ton libertaire. Cette forme de pensée explique facilement que Weiss ait écrit, beaucoup plus tard, une utopie : La Terre de nos petits-fils.

     La maison aux mille étages n’est pas un ouvrage de S.F., ni même un ouvrage fantastique. On y trouve pourtant beaucoup d’éléments appartenant à l’un et à l’autre domaines. L’ensemble finit par envoûter : il nous mène absolument ailleurs. S.F. à court terme dans la préfiguration des chambres à gaz nazies ; S.F. à long terme dans l’idée du « solium », de la Société « COSMOS » (qui n’est pourtant qu’une société d’escrocs) ; S.F. classique avec l’invisibilité obtenue par des méthodes scientifiques, aboutissant à l’« état de dispersion » ; anticipation amusante dans la typographie pop-art. Mais constamment fantastique par l’atmosphère insolite, la métamorphose des objets, la sensation générale ressentie par le lecteur de se trouver dans un monde où l’on respire du coton.

     Le seul élément frustrant, pour le spécialiste fanatique, c’est qu’il ait affaire à un récit de rêve, dont le second dénouement est l’éveil du narrateur. Mais pendant la guerre de 1914-1918, Weiss fut fait prisonnier, et on le déporta en Sibérie. Il y contracta la typhoïde. Cette expérience – ainsi que le montre dans sa préface Jiri Hajek – devait le traumatiser de telle sorte qu’il a imaginé un rêve et qu’il l’a présenté comme s’il l’avait eu sous l’influence du typhus, ce demi-coma où tombaient les typhiques avant les traitements modernes. Le récit s’organise ainsi selon la logique interne du rêve, par de très courts chapitres où les situations évoluent par elles-mêmes. Seul le fil conducteur de l’enquête relie ces tableaux.

     La maison aux mille étages est l’œuvre d’un visionnaire. Elle n’atteint pas les dimensions du livre de Wells Quand le dormeur s’éveillera, mais ce n’est déjà pas un mince compliment que de l’y comparer.

André RUELLAN
Première parution : 1/7/1967 dans Fiction 164
Mise en ligne le : 20/11/2022

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