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Deux soleils pour Artuby

Bernard VILLARET




DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 141
Dépôt légal : 4ème trimestre 1971
256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
  • Contestataire du vingt-huitième siècle, Jan Artuby est beau comme un dieu grec. Dès sa jeunesse, le démon de l'aventure s'est emparé de lui.Citoyen de la planète Terre, asservie par une dynastie de tyrans, il veut rétablir la liberté des hommes. Etudiant ès arts, il combat pour réhabiliter la beauté en brisant les chaînes d'une peinture officielle figée dans sa laideur.
  • Il ne faut plus de romans fabriqués... par des machines. Il ne faut plus d'individus broyés par des tests qui mesurent leurs aptitudes psychosociales. A bas l'uniformaité artistique et politique dans l'ennui...
  • Mais Jan Artuby vient d'être arrêté. Il est bientôt jugé et déporté... sur Mars, puis dans les solitudes galactiques. Pourra-t-il réussir à s'évader et à faire triompher sa double révolution ?
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    Critiques    
     Les romans de science-fiction écrits par des auteurs français sont si peu nombreux qu'il serait dommage de passer sous silence Deux soleils pour Artuby de Bernard Villaret, qui nous avait déjà donné Mort au champ d'étoiles, paru dans la collection Marabout.
     Ce livre est la biographie de Jan Artuby, peintre et révolutionnaire du 28e siècle, écrite par un de ses compagnons, Charl Saunders. La carrière fulgurante d'Artuby nous est racontée par l'ancien ministre de la Beauté du gouvernement issu de la révolution d'octobre 2781.
     Né en 2751 à Castels-les-Seigneurs, dans la région du Gard, au sud du Pays Fran, Artuby s'est montré très jeune attiré par la peinture et l'art non-académiques. Durant ses brillantes études universitaires, il fonde un mouvement pour la libération de l'art qui lui vaudra une condamnation aux travaux forcés sur la planète Mars. Jan Artuby combat pour la réhabilitation de la beauté, la libération de l'individu. Après sa fin très romanesque en compagnie de Corail, la femme qu'il aime, un gouvernement révolutionnaire prendra le pouvoir et le cauchemar artistique sera terminé.
     Le grand intérêt de ce roman est qu'il représente l'archétype de la petite catastrophe littéraire. C'est l'exemple typique de ce qu'il ne faut pas faire. On s'ennuiera à la lecture d'un roman fort quelconque ; on ne s'ennuie jamais en relisant ce livre car l'on a vraiment devant les yeux un petit chef-d'œuvre de médiocrité.
     Villaret utilise un style affreusement pompier (peut-être est-ce pour montrer le caractère « biographie officielle » de l'ouvrage, mais peut-être est-ce son style personnel) et il ne nous épargne aucun des poncifs traditionnels de ce genre de littérature. La description physique de Jan Artuby, page 51, est un modèle du genre : « Avec son allure dégingandée de grand fauve amical et pataud ». Ce n'est là qu'un exemple. Tout le reste est à l'avenant.
     Ce livre de Villaret n'est qu'un fatras de science-fiction mal digérée : description de la cité ou des moyens de locomotion ; gouvernement mondial ; camps de travail martiens ; etc... Si l'on compare cet ouvrage avec n'importe quelle œuvre de Dick, par exemple (trop d'honneur. Monseigneur !) on voit bien la différence entre un bon et un mauvais écrivain. Les univers futuristes dickiens contiennent les mêmes éléments que ce livre mais ne possèdent pas ce côté lamentable et faux qui semble être un des traits principaux de Deux soleils pour Artuby. Les pays et les villes ont des noms légèrement modifiés qui laissent transparaître leurs origines . Toulouz, Genèv, Marsil, etc... Moorcock employait le même procédé dans la tétralogie de The runestaff qui est, elle, une œuvre extraordinaire. L'auteur (Charl Saunders ou Bernard Villaret ?) précède la biographie d'Artuby d'un résumé de l'histoire des civilisations depuis huit siècles, mais il ne faut pas oublier qu'il s'adresse à des lecteurs qui lui sont contemporains : imagine-t-on une biographie du Général de Gaulle précédée par un résumé de l'Histoire de France depuis le Moyen Age ? Cette leçon d'histoire nous est d'ailleurs fournie grâce à des Wrombs, petits appareils mémorisateurs ayant la forme de disques que l'on lance à l'aide d'une corde mais dont on ignore le fonctionnement exact (pourquoi ?). Cela ne rappelle-t-il pas les anneaux de La machine à explorer le temps ? Villaret crée ainsi une « histoire du futur » qui, il faut bien le dire sans parti-pris, est à cent lieues au-dessous de ce qu'un Heinlein ou un Demuth ont pu imaginer et décrire sur un sujet semblable. C'est d'ailleurs grâce à cette leçon d'histoire que l'auteur pourra libérer sa folie réactionnaire d'une simplicité attristante. Exemples : l'invasion jaune du 24e siècle en Europe (les Jaunes en question sont d'ailleurs favorables à un conflit atomique généralisé) ; l'expansion des pays sous-dévcloppés (« des barbares sortis des forêts »), etc... Je passe sous silence les réflexions sur l'utilité des révolutions et sur les grandes folies ayant fait suite au 2Oe siècle (contestation juvénile, pornographie à bon marché, alcoolisme et le reste). A une époque où tous les hommes ont à peu près le même type ethnique (les races se sont fondues, bien entendu), seul Jan Artuby a une peau blanche et semble entouré d'une aura. C'est l'Aryen, c'est le conquérant, c'est l'artiste, c'est le dieu !
     Arrêtons-nous car nous pourrions devenir méchant. Que ce roman soit un tissu d'aphorismes fascistes serait encore excusable si le lecteur pouvait au moins se délecter des charmes du style. Mais le fond est bien loin d'être rattrapé par la forme — et d'ailleurs, avec un tel fond, pourrait-on avoir une forme de quelque valeur ?
     Alors, qui accuser ? Bernard Villaret, évidemment, pour avoir écrit un tel roman, mais aussi Robert Kanters pour avoir accepté de le publier dans une collection qui abritait des textes de Blish, Aldiss, Galouye, Asimov, Simak, Lovecraft ou Wyndham ..
     La science-fiction française serait-elle mal en point ?

 


Chantal PLANÇON
Première parution : 1/2/1972 dans Galaxie 2 93
Mise en ligne le : 8/12/2004


Ceci est la curieuse histoire d’un curieux révolutionnaire au vingt-huitième siècle. Ni le point de vue du narrateur, ni apparemment celui de l’auteur, ne sont gauchissant, mais ce n’est pas ce non-conformisme qui rend curieux le récit. C’est bien plutôt une sorte de disproportion entre l’importance historique que l’auteur entend associer aux événements racontés, d’une part, et, d’autre part, le ton plutôt paisible de la narration et la personnalité assez terne du héros.

Celui-ci, Jan Artuby de son nom, se révolte donc contre la dictature au pouvoir dans le monde où il est né. L’auteur présente cette dictature comme totalitaire, incontestablement, mais issue d’un brassage et d’une alternance d’idéologies dans lesquels extrême-droite et extrême-gauche ont toutes deux apporté leurs contributions, également nocives. Le petit résumé historique destiné à rattacher notre époque à celle du récit montre que, d’après Bernard Villaret, tout système politique atteignant un semblant de réussite est condamné à commettre des excès qui amèneront tôt ou tard sa dégénérescence. Et le dernier paragraphe du livre est révélateur : le narrateur se demande pour combien de temps encore la liberté, indirectement amenée par l’action d’Artuby, illuminera le monde où il vit. Il y a lieu de remarquer au passage que le petit rappel chronologique est destiné à placer un roman précédent de l’auteur, Mort au champ d’étoiles (paru chez Marabout) dans le cadre de la même Histoire Future.

Les révolutions, pour Bernard Villaret, paraissent donc se suivre et se ressembler. N’oublions pas qu’Isaac Asimov avait défendu la même idée, en rapport avec les recommencements de l’Histoire : n’a-t-il pas mis en évidence, dans un essai intitulé Social science fiction, les nombreuses analogies existant entre la révolution anglaise du XVIle siècle, les événements qui suivirent 1789 en France et la révolution russe de 1917 ? Ce n’est donc pas au nom de la justice, ni pour satisfaire des revendications sociales d’ailleurs informulées, que Jan Artuby - qui a manifestement le sens des slogans historiquement éprouvés s’exclame : « Artistes-prolétaires de toutes les Etoiles, unissez-vous ! » Peintre nourri en cachette des leçons de l’histoire de l’art, exaspéré par les toiles abstraites qu’approuvent les sphères officielles. Artuby estime que l’heure de la Beauté a sonné : ses servants ont leur tour dans la prise du pouvoir, après les nobles, les capitalistes, les prolétaires, les technocrates, les anarchisants, etc. Mais la Beauté est-elle plus aisée à définir que les critères employés lors des prises de pouvoir précédentes ? Qu’est-ce que la Beauté de Vlaminck par rapport à celle de Gherassimov, pour ne parier que de deux peintres d’une même génération ? L’auteur semble vouloir suggérer que le mouvement dont Artuby a été le moteur pourrait bien n’être, en fin de compte, qu’une vague semblable à beaucoup d’autres dans le flot de l’Histoire. Et il ne manifeste d’ailleurs qu’un intérêt très modéré pour les diverses phases de la lutte révolutionnaire proprement dite, s’arrêtant beaucoup plus longuement sur les aventures personnelles de son héros. En vérité, celui-ci apparaît beaucoup plus comme un découvreur de symbole (en l’occurrence, la Beauté par l’art non abstrait) que comme un meneur d’hommes, et d’ailleurs ce sont ses aventures personnelles qui occupent la plus grande part du livre.

Ces aventures ont l’allure d’épisodes de nouvelles qui auraient d’abord été écrits indépendamment les uns des autres, puis reliés par le recours à un héros unique. Ils sont d’ailleurs présentés avec soin, Bernard Villaret sachant planter un décor et suggérer une ambiance. L’épisode de l’exploration archéologique martienne, celui de l’Objet-Dieu - œuvre d’art et ordinateur, contrôleur de volonté - celui de l’adoption d’Artuby par !es descendants de maoris émigrés loin de la Terre : tout cela est conçu et écrit avec une trace de poésie et un soin qui dépassent le niveau de la simple correction ; mais cela ne suffit pour justifier, aux yeux du lecteur, ni la vénération que le narrateur porte à Artuby, ni surtout l’enthousiasme que celui-ci a pu inspirer chez ses contemporains.

Peut-être l’auteur veut-il simplement suggérer que les révolutionnaires n’acquièrent leur pleine stature que sous le regard et dans l’esprit de ceux qui ont besoin de héros - et qui laissent en outre passer un peu de temps pour permettre à l’Histoire d’embellir les proportions grâce à l’aide de la Légende ?

Il sera intéressant de voir si Bernard Villaret, dans un roman situé dans un avenir plus lointain, ne donnera pas quelque jour une image moins glorieuse de Jan Artuby, à travers l’optique d’un de ses continuateurs peut-être ? Ou le lecteur du XXe siècle est-il simplement trop loin pour apprécier toute l’envergure du Révolutionnaire de la Beauté ? Ce livre atteste d’incontestables qualités chez son auteur. Il a aussi le défaut d’esquisser plusieurs thèmes, dont ceux qui devraient être les plus importants sont en fin de compte les moins développés : les premières pages suggèrent autre chose que ce sur quoi elles débouchent en fait.


Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/3/1972 dans Fiction 219
Mise en ligne le : 3/3/2019


 
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