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Le Diable est au piano

Léo HENRY

Textes réunis par Richard COMBALLOT



Illustration de Stéphane PERGER

La VOLTE  n° (30)
Dépôt légal : janvier 2013
432 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 978-2-917157-29-9   
Genre : Fantastique 



    Quatrième de couverture    
     1844 : le sorcier Aleister Crowley, revenu dans le temps, offre à Edgar Poe son plus fameux poème. 1927 : Blaise Cendrars et Corto Maltese sont à Rio sur la piste d’un serial killer. 1936 : George Orwell et Indiana Jones combattent les fascistes à Saragosse.

     Et on trouvera encore, dans ce recueil de nouvelles fantastiques, fantasques ou simplement bizarres : une machine à piéger les paroles, un pionnier de l’aviation postale, des pirates surinamiens, des dieux égyptiens ou hindous, plusieurs filles peu vêtues (l'une d'elles est un robot), des explorateurs, des fous et quelques vrais fantômes.

     Richard Comballot réunit vingt textes de Léo Henry. Certains ont paru en revues ou anthologies (l'un d'eux a obtenu le Grand Prix de l'Imaginaire en 2010), une moitié est tout à fait inédite.

     Léo Henry écrit.
     Il a publié les recueils de nouvelles Les Cahiers du labyrinthe (2003), ainsi que Yama Loka terminus (2008), Bara Yogoï (2010) et Tadjélé (2012) avec Jacques Mucchielli. Son roman Rouge gueule de bois est un polar éthylique mâtiné de SF (2011).
     Il vit au centre du monde connu : la banlieue de Strasbourg.

    Sommaire    
1 - Mélanie FAZI, Préface, pages 9 à 12, Préface
2 - Révélations du prince du Feu, pages 13 à 64
3 - Quand j'ai voulu ôter le masque, il collait à mon visage, pages 65 à 79
4 - Je suis de mon enfance comme d'un pays, pages 81 à 93
5 - L'Invention de Guthmann, pages 95 à 120
6 - Indiana Jones et la phalange du Troisième Secret, pages 121 à 180
7 - Kiss kiss, bang bang, pages 181 à 190
8 - Fragments retrouvés dans une poubelle de salle de bains, hôtel Venceslau, chambre 604, pages 191 à 205
9 - Un festin de pierre, pages 207 à 213
10 - Soixante-dix-huit pin-up, pages 215 à 219
11 - À bord du Gergelim, pages 221 à 229
12 - Nataraja, pages 231 à 244
13 - L'Envers du diable, pages 245 à 266
14 - Arbre sec, arbre seul, pages 267 à 285
15 - Léo HENRY & Stéphane PERGER, Supplément au Bibliophage (1994-2003), pages 287 à 310
16 - Les Trois livres qu'Absalon Nathan n'écrira jamais, pages 311 à 340
17 - Goudron mouillé, prière dérisoire, pages 341 à 361
18 - Laisse couler, bonhomme, pages 363 à 376
19 - La Pelle et le Pétrin, pages 377 à 391
20 - Sur le chemin du retour, pages 393 à 408
21 - Au carrefour agenouillé, pages 409 à 423
22 - Richard COMBALLOT, Postface, pages 425 à 427, Postface

    Prix obtenus    
 
    Critiques    
     Ce deuxième recueil de Léo Henry (après Les Cahiers du labyrinthe, paru aux défuntes éditions de l'Oxymore en 2003) est un festival stylistique où, en vingt nouvelles, l'auteur déploie ses multiples talents. Relevant davantage du fantastique que de la science-fiction, voire de la pure littérature générale, mais avec ce sens de l'onirisme et du décalage particulier.
     La majorité des textes, les plus brillants en tout cas, sont de fascinants jeux littéraires mettant en scène des rencontres fantasmées ou réelles avec d'autres de la même veine, ou avec des personnages littéraires. « Révélations du prince de feu » voit le Corto Maltese de Hugo Pratt et le Blaise Cendrars de Moravagine résoudre une affaire de meurtres dans un Brésil exotique et un vocabulaire luxuriant. Ce premier étourdissement est suivi d'un brillant chassé-croisé temporel : il fallait une érudition borgésienne pour favoriser une rencontre autour de Poe et de Pessoa, l'auteur hétéronyme aux célèbres pastiches, via un Crowley qui leur aurait soufflé la même idée d'un poème. « Quand j'ai voulu ôter le masque, il collait à mon visage » est emblématique de la recette de Léo Henry : la rencontre de figures littératures tissée avec les fils thématiques communs à leur œuvre, des coïncidences biographiques comme le séjour en un même lieu, des relations communes, et un schéma narratif, une écriture, empruntés aux modèles. L'inspiration vient probablement à la faveur d'une bibliographie ou d'inédits exhumés ; ainsi « L'Invention de Guthman », référence au titre de Bioy Casares, qui met en scène, entre autres, Julio Cortazar et Fredi Guthman, trouve probablement sa source dans la correspondance de ce dernier retrouvée et publiée par Aurora Bernárdez, également présente dans le récit. Le repêchage de la gourmette de Saint-Exupéry est l'occasion d'une évocation du pilote hanté dans les moments les plus difficiles de son existence par une amicale présence, on devine laquelle, ne serait-ce qu'à partir du titre, superbe : « Je suis de mon enfance comme d'un pays ». Comme le suggère Mélanie Fazi dans sa dense et pertinente préface, l'inspiration vient des voyages, ceux effectués par l'auteur et ceux des aventuriers baroudeurs auxquels il rend hommage, dans les exotismes sud-américains, surtout littéraires comme l'Argentine, et les gravités austro-hongroises, entre Vienne et Prague (« Fragments retrouvés dans une poubelle de salle de bains, hôtel Venceslau, chambre 604 » convoque Meyrinck, Rilke et surtout Kafka, d'ailleurs récurrent ici). L'autre pôle est la prédilection pour les faux-semblants, pastiches et mystifications littéraires comme Ronceraille (imaginé par Claude Bonnefoy) dans « La Pelle et le pétrin », masques et pseudonymes multiples comme B. Traven/Ret Marut, présent dans le déjanté et hilarant « Indiana Jones et la phalange du troisième secret », où ce dernier, qui en prend pour son grade en tant que stupid US hero, enquête pendant la guerre d'Espagne et jusqu'à Fatima, en compagnie de Georges Orwell, mais aussi d'Ernest Hemingway, des reporters Robert Capa (parfois mystificateur aussi), de Gerda Taro, de la révolutionnaire Pilar Primo de Rivera, etc. « Kiss kiss, bang bang » multiplie les références populaires tout en interrogeant le statut du personnage qui ne vieillit jamais et éclipse son auteur, le tout raconté cette fois par une des James Bond girls.
     Un autre point commun est l'alcool, dont les auteurs suscités abusent, et que Léo Henry, qui a déjà relaté les derniers jours de Fredric Brown dans Rouge gueule de bois, évoque en phrases d'une admirable justesse dans maints textes : « Laisse couler, bonhomme », au titre transparent, et surtout « Goudron mouillé, prière dérisoire », hommage parsemé de souvenirs et références au complice littéraire et à l'ami Jacques Mucchielli, à qui le recueil est dédié.
     Une bibliophilie monstrueuse est à l'œuvre chez Léo Henry, qui se superpose au réel, comme finit par le faire la pin-up idéale du prisonnier qui en sélectionne soigneusement une par an pour l'ajouter à son mur d'affiches (« Soixante-dix-huit pin-up »), qui cannibalise l'existence, voire en fait son support, comme les œuvres sur peau humaine évoquées dans « Supplément au Bibliophage (1994-2003) ». La traque d'inédits jusque dans l'esprit des morts dans « Les Trois livres qu'Absalon Nathan n'écrira jamais », nouvelle primée au Grand prix de l'imaginaire en 2010, pose bien l'intérêt relatif, assurément douteux, qu'on peut apporter aux tourments des auteurs et aux gestations des récits. C'est l'histoire qui importe, rappelle « Nataraja », aux références mythologiques cette fois. Se préoccuper du talent seul, ici musical et cinématographique, peut être dangereux, comme le souligne l'inversion du thème du pacte méphistophélique (« L'Envers du diable »).
     Tant d'érudition et de prédilections pour les masques et les emprunts, les codes secrets, les déchiffrages du réel et les souterrains obscurs s'expriment ailleurs, différemment, dans des textes fantasques ou à coloration science-fictive : la fuite dans l'imaginaire avec la terrible vocation des suicides en maison de retraite (« Arbre sec, arbre seul »), les histoires qu'on se raconte dans une guerre future où chaque mission ouvre droit à des avantages, des frais médicaux à la fille de camp, jusqu'à l'exonération d'un meurtre (« Sur le chemin du retour »). La ville même est un palimpseste qui bruisse d'anecdotes (« Un Festin de pierre »), les rêves de trésors magnifient toujours le réel, rappelle « Au Carrefour genouillé », ultime nouvelle d'un univers de science-fiction qui sera développé plus tard.
     Point n'est besoin d'avoir l'érudition de l'auteur pour apprécier ces textes qui fonctionnent par eux-mêmes, quand bien même ils délivrent des clés pour aller au-delà du récit brut : l'érudition est le sel permettant de les savourer. La lecture de ces infernales mécaniques littéraires laisse un peu étourdi par tant de maestria dans les mises en abyme et de talent d'écriture. C'est sûr, Le Diable est au piano, mais Léo Henry a écrit la partition... Elle est éblouissante.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2013 dans Bifrost 71
Mise en ligne le : 1/4/2018


 

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