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American Gothic

Xavier MAUMÉJEAN


Cycle : Imaginarium USA  vol.


Illustration de Ted BENOIT

ALMA , coll. Pabloïd
Dépôt légal : avril 2013
414 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-36279-066-9   
Genre : Imaginaire



    Quatrième de couverture    
     Hollywood vit à l'heure du maccarthysme. Des enquêtes s’entrecroisent autour d’un mystérieux auteur de contes et légendes urbaines, chefs-d'œuvre d'un nouvel art brut. Jack L. Warner, le puissant patron de la Warner Bros., veut supplanter son rival Disney. Il décide d’adapter pour le grand écran Ma Mère l’Oie, un recueil de contes, anecdotes et légendes urbaines dont les Américains raffolent. Warner ordonne qu’on enquête sur l’auteur, un certain Daryl Leyland. La mission est confiée à l’un des obscurs scénaristes qui attendent la gloire : Jack Sawyer. À lui de « nettoyer » la biographie de Leyland, rectifiant tout ce qui heurterait le conformisme moral et politique. American Gothic voyage à travers les États-Unis et leur histoire à la recherche de Daryl, ce génial gamin triste de Chicago, et de son complice le dessinateur Van Doren. Xavier Mauméjean fait revivre la prodigieuse inventivité d’une jeune nation en train de se forger sa propre mythologie, au prix de souffrances laissées dans l'ombre.
 
    Critiques    
     Connaissez-vous Daryl Leyland ? C’est l’auteur du célèbre The Complete Mother Goose : nursery rhymes old and new, autrement dit une déclinaison des contes de ma mère l’oye parue en 1938 aux États-Unis. Lorsque l’on propose à Jack L. Warner, président du studio hollywoodien de l’adapter à l’écran, celui-ci, en plein maccarthysme, confie à Jack Sawyer d’enquêter sur la vie tortueuse de Leyland afin de s’assurer de sa conformité aux valeurs morales américaines. C’est cette enquête, ainsi que d’autres témoignages, que met à jour François Parisot, l’auteur de cette biographie...

     Voila un livre qui n’aurait pas dépareillé dans la défunte collection interstices de Calmann-Levy. Après l’anecdotique Rosée de Feu (Le Bélial’), American Gothic est un retour aux États-Unis de la première moitié du XXe siècle, celle que l’auteur a déjà peinte dans Lilliputia. Si les personnages ne sont pas cette fois affligés de tares faisant d’eux des monstres, leur vie n’en est pas pour autant facile : l’enfance de Leyland, entre institution religieuse et travail forcé à la ferme n’est pas de tout repos. Mais à l’opposé des freaks, il est l’archétype de l’américain moyen, ou plutôt de l’américain moyen fantasmé. Enfant pauvre, il reste dans son Ohio natal ou il pourrait presque devenir un redneck jusqu’à ce que la Première Guerre mondiale l’emmène à l’autre bout du pays, puis en Europe, ou il connaitra l’horreur des tranchées. De retour aux USA, il plonge dans les livres et travaille avec acharnement jusqu’à publier et obtient un succès considérable, non pas avec un ouvrage élitiste, mais avec des histoires pour enfants : sa version des contes de la mère l’oye, œuvre aux multiples origines comme le peuple américain. Devenu célèbre, il découvre le revers de la médaille avec un tueur en série s’inspirant de son travail. Enfin, symbole américain parmi tous, l’adaptation télé lui fait découvrir l’envers du décor et lui donne une famille.

     À l’instar de Michael Chabon et de ses Extraordinaires aventures de Kavalier et Clay, Xavier Mauméjean participe à la création d’une mythologie états-unienne basée sur la littérature populaire. Mais là où le récit de Chabon déborde de sentiments extrêmes, l’auteur d’American Gothic choisit, par le biais de son biographe, François Parisot, et de cette concaténation de témoignages et d’analyses, de prendre ses distances avec son personnage et d’en faire une narration froide et analytique. Livre érudit (je n’ai pu m’empêcher de nombreuses lectures parallèles de Wikipédia, notamment lors du début consacré au maccarthysme), livre tortueux laissant volontairement des blancs ou des contradictions dans la vie de Leyland, American Gothic, par sa mise en abyme, est aussi un livre sur la littérature. Et c’est sans doute le roman le plus abouti de son auteur. Une réussite !

René-Marc DOLHEN
Première parution : 29/4/2013 nooSFere


     Si l'on en croit Xavier Mauméjean — ou bien le traducteur François Parisot, responsable de cette compilation de documents (à ce qu'il semblerait, tout du moins), ou encore Jack Sawyer, qui fait figure de spécialiste depuis un singulier mémoire d'étudiant — , l'imaginaire enfantin américain repose pour l'essentiel sur deux œuvres : Le Magicien d'Oz, bien sûr, mais aussi, et de manière à la fois plus insidieuse et plus profonde, Ma Mère l'Oie de Daryl Leyland, épatant recueil de contes, comptines et légendes urbaines paru à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
     Or, si Le Magicien d'Oz a connu les adaptations cinématographiques que l'on sait, il n'en est pas allé de même pour le chef-d'œuvre de Leyland illustré par son ami Van Doren. Il y eut pourtant un projet, soumis à Jack L. Warner, désireux de supplanter Disney. Et c'est justement la raison pour laquelle, maccarthysme oblige, la Warner embauche Jack Sawyer afin d'enquêter sur le mystérieux Daryl Leyland et, au besoin, de « nettoyer » sa biographie. American Gothic est donc l'occasion de dresser un portrait de l'auteur de Ma Mère l'Oie — et, en creux, de Jack Sawyer, voire de François Parisot, ainsi que d'autres figures gravitant autour de ce projet d'adaptation cinématographique ou de la vie et de l'œuvre de Daryl Leyland. Et de comprendre enfin pourquoi il n'y eut pas de film... même si, autant le dire de suite, cette dimension-là relève quelque peu du McGuffin.
     American Gothic — le titre fait bien entendu référence au célèbre tableau, mais ses connotations sont plus vastes — est assurément un roman qui ne manque pas d'ambition. Sixième titre de la collection « Pabloïd » des éditions Alma, qui énumère huit « emblèmes » selon Picasso via Malraux, il a pour thème la souffrance. Traitée, donc, à travers le prisme des contes de fée. Et quoi de plus innocent qu'un conte ? Bien des choses, sans doute, ainsi qu'on le sait depuis fort longtemps... Et Ma Mère l'Oie ne déroge pas à la règle, compilation, teintée de sadisme, de faits-divers atroces abondant en maltraitances enfantines pouvant aller jusqu'à la torture ou l'homicide.
     Il faut dire que le livre de Daryl Leyland reflète à bien des égards — et sans grande surprise — la biographie pour le moins tourmentée de son auteur, enfant plus ou moins abandonné, passé par les institutions les plus glauques de l'Amérique d'antan. Aussi l'étude de sa vie et de son œuvre — biaisée, forcément, puisque passant par le regard de Jack Sawyer, puis de François Parisot — débouche-t-elle sur une peinture sans concessions des Etats-Unis d'alors — et probablement d'aujourd'hui. Le melting-pot rêvé des immigrants se transcende ainsi en cauchemar, de la misère économique à l'oppression politique, en passant par la guerre (la Première Guerre mondiale pour Leyland, la Seconde pour Sawyer, la Corée pour Parisot). Ma Mère l'Oie se fait ainsi le creuset d'un imaginaire sombre, d'un « gothique américain », symptomatique d'un pays en construction mythique, qui se cherche et se fabrique une histoire qui lui soit propre.
     La multiplicité des voix et documents — plus qu'à leur tour contradictoires — permet d'approfondir cette analyse. Ces portraits incomplets et sujets à caution, ces morceaux choisis, ces exégèses érudites mêlées de tranches de vie, dessinent ainsi une Amérique onirique, celle d'Hollywood et des gangsters de Chicago, faite de rêves et de violences, et riche en traumatismes plus ou moins avoués. Une Amérique pathologique — et donc authentique ? — , vécue de l'intérieur et observée — disséquée — d'une manière faussement neutre par des lecteurs s'appropriant leur lecture — jolie mise en abyme.
     Irréprochable sur la forme comme sur le fond, tant les deux sont imbriqués à s'étouffer, et d'un à-propos indéniable, American Gothic se dévore comme un page-turner sans pour autant prendre le lecteur par la main, mais au contraire en l'incitant à s'interroger sur son propre regard.
     En s'éloignant un tantinet de l'imaginaire, qui n'est plus traité ici que par la bande, devenant sujet et non méthode, Xavier Mauméjean signe probablement son roman le plus abouti et le plus convaincant (on ne peut s'empêcher à cet égard de le placer dans la lignée de Lilliputia, mais avec davantage de réussite). C'est dire si l'on recommandera chaudement cet American Gothic d'excellente facture, aussi intelligent que passionnant, à dévorer sans modération.

Bertrand BONNET
Première parution : 1/7/2013 dans Bifrost 71
Mise en ligne le : 1/4/2018


 

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