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Les Lumineuses

Lauren BEUKES

Titre original : The Shining Girls, 2013

Traduction de Nathalie SERVAL

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France), coll. Sang d'Encre
Dépôt légal : mai 2013
384 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-258-10125-8   
Genre : Fantastique

Couverture : HarperCollinsPublishers Ltd 2013 ; typographie : Craig Ward ; adaptation : Thierry Sestier ; photo : Kata Polin / Millennium Images, UK.



    Quatrième de couverture    
Elle a survécu.
Il pensait l'avoir tuée.
Elle veut se venger.
Il va la retrouver.

     1931, Chicago. Traqué par la police, Harper Curtis, un marginal violent, se réfugie dans une maison abandonnée. A l'intérieur, il a une vision : des visages de femmes, auréolés de lumière. Il comprend qu'il doit les trouver... et les tuer. Dans sa transe, Harper découvre que grâce à cette demeure il peut voyager dans le temps. Débute alors sa croisade meurtrière à travers le XXe siècle : années 1950, 1970, 1990... D'une décennie à l'autre, il sème la mort sur son passage, laissant en guise de signature des indices anachroniques sur le corps de ses victimes.
     Mais l'une d'elles survit aux terribles blessures qu'il lui a infligées. Et va tout faire pour le retrouver.

    Prix obtenus    
British Fantasy, august Derleth Award, 2014
 
    Critiques    
     Chicago dans les années 30. Harper, un petit délinquant, découvre une maison mystérieuse qui lui permet de voyager dans le temps, entre 1931 et 1993, afin d’éventrer sauvagement des femmes. Il laisse pour morte sa victime la plus éloignée, Kirby, en 1989, mais celle-ci survit et approche un journaliste sportif, ancien du service fait divers, qui a enquêté sur sa tentative de meurtre, pour récupérer le maximum d’informations et de retrouver son agresseur.

     Deux ans après Zoo City, un original et passionnant polar fantastique paru aux éditions Éclipse, voici le deuxième livre (troisième en VO, son premier roman cyberpunk Moxyland n’ayant pas été traduit) de Lauren Beukes, cette fois-ci aux Presses de la Cité, dans la collection spécialisée en romans noirs sang d’encre.

     Sur une base similaire à Zoo City (une intrigue policière à peu près classique transfigurée par un élément fantastique original) les Lumineuses est pourtant radicalement différent. L’Afrique du Sud pauvre et « exotique » laisse la place à Chicago et à la classe moyenne américaine ; aux multiples délinquants de Johannesburg se substitue un seul danger, un tueur en série. Dès lors, on se place dans la tradition des thrillers à l’américaine avec chasse à l’homme, et le style de Lauren Beukes se révèle extrêmement efficace : des chapitres courts alternants les personnages, une progression régulière des meurtres et de l’enquête jusqu’au dénouement final attendu. C’est très professionnel, voire trop : l’effet de réel est un peu forcé par exemple, en citant à chaque nouvelle époque un événement (la guerre du Vietnam) ou un objet (le discman) aidant à se situer historiquement et l’écriture est parfois trop démonstrative. L’élément fantastique (la maison à voyager dans le temps qui manipule l’esprit du tueur) fait prendre à cette trame classique un tour inhabituel qui surprendra plus d’un lecteur, d’autant plus que l’auteur ne livre pas de détail sur cette maison et ses capacités (peut-être se réserve-t-elle pour une suite ?).

     Il semblerait que les droits d’adaptation du roman au cinéma aient été vendus avant même sa rédaction : bonne pioche pour l’acheteur, car le récit est extrêmement visuel. Lauren Beukes produit avec les Lumineuses un roman certes moins original que Zoo City (que les Presses de la cité ont eu la bonne idée de rééditer) mais tout aussi efficient et confirme son talent.


René-Marc DOLHEN
Première parution : 16/5/2013 nooSFere


     Après Zoo City, dont l'ambiance glauque de roman policier ayant pour décor une Johannesburg déliquescente et sous la coupe de la magie noire avait propulsé Lauren Beukes parmi les auteurs à suivre, on attendait avec impatience son livre suivant. C'est chose faite avec Les Lumineuses, publié aux Presses de la Cité, et qui tranche avec le précédent.
     Situé essentiellement à Chicago, il raconte les méfaits de Harper Curtis, homme médiocre, qui pénètre un jour dans une maison maléfique présentant deux particularités. La première, c'est de lui indiquer une liste de prénoms de femmes à tuer, des femmes qu'il reconnaîtra car elles lui apparaîtront comme «  lumineuses ». Dès lors, son destin de tueur en série semble tout tracé, tant son attirance pour le crime trouve un exutoire parfait dans cette «  mission » qu'il se voit confier. Toutefois, son avenir prendra des détours inattendus, car l'autre signe distinctif de la demeure est qu'elle se révèle une passerelle entre les différentes époques. Harper pourra donc accomplir ses méfaits en toute impunité, se réfugiant dans la Maison, et s'enfuyant à quelques décennies de là. Seule son irrépressible envie de revenir à chaque fois sur les lieux – et l'instant – du crime risque fort de lui être préjudiciable. Ah, et parmi ses victimes, il s'en trouve une, Kirby, qui échappe à la mort et se jure de retrouver son agresseur...
     Le roman, qui suit globalement le schéma de la traque de Harper par Kirby, est toutefois astucieusement construit. Comme le serial killer a la possibilité de voyager dans le temps, Beukes adapte la forme au fond et nous propose des séquences plus ou moins courtes sans souci de respect de la chronologie. On est ainsi projeté de 1974 à 1931, puis en 1993, puis en 1943, etc., sans toutefois que cela déstabilise le lecteur, car le roman est admirablement agencé par Beukes (signalons également l'astucieux fil rouge constitué par les objets volés ou donnés par Harper, qui permet de reconstituer le déroulement des crimes). La déconstruction chronologique permet ainsi à Beukes de nous proposer quelques boucles temporelles, mais aussi des scènes se répondant bien que situées à des dizaines d'années l'une de l'autre.
     Si l'on pouvait trouver quelques points communs avec Zoo City, ils concerneraient l'aspect policier, l'ambiance bien glauque (les meurtres de Harper sont parfois décrits d'une manière très crue) et l'unité d'action que constitue la ville (Joburg dans Zoo City, Chicago ici).
     Si la figure centrale du roman est le tueur en série, sa thématique est davantage tournée vers la condition féminine. La dizaine de crimes sont l'occasion pour Beukes d'adopter le point de vue de la victime, et donc de dresser l'évolution de la femme dans le Chicago du XXème siècle. Plutôt que de se lancer dans un plaidoyer féministe, l'auteur procède par petites touches qui, mises bout à bout, révèlent les problèmes auxquels se heurtent les femmes. Beukes aborde ainsi la mono-parentalité, l'immigration, le racisme, les difficultés pour les femmes d'occuper des postes précédemment détenus essentiellement par des hommes... Leur meurtre par un serial killer apparaît alors comme l'étape ultime de la négation de leur existence, d'autant plus qu'il est purement gratuit, voire ludique (les fameux objets prélevés ou donnés par Harper).
     Les Lumineuses se révèle ainsi une variation très originale (le voyage dans le temps) mais aussi très personnelle (la condition féminine) du thème du tueur en série. Lauren Beukes confirme avec ce roman tout le bien que l'on pensait d'elle après Zoo City, et on espère la relire très prochainement.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 27/8/2013 nooSFere


Chicago, 1931. Pourchassé après avoir accidentellement tué un autre vagabond, Harper Curtis trouve refuge dans une maison abandonnée. Une maison aux propriétés bien singulières, puisqu’à chaque fois qu’il en franchit le seuil, Harper change d’époque, quittant l’Amérique de la Grande Dépression pour découvrir le monde de demain, celui de la Seconde Guerre Mondiale, du Maccarthysme ou de la fin du XXe siècle. Plus étrange encore, cette maison lui parle, et lui ordonne de tuer des femmes que rien ne semble lier à priori, pas même l’époque à laquelle elles vivent. Subjugué par ce lieu, Harper Curtis se lance alors dans une série de meurtre qui va s’étaler sur plusieurs décennies…

On avait découvert Lauren Beukes en 2011 avec le très prometteur Zoo City, roman foutraque à la croisée des genres, entre polar, SF et fantasy urbaine (cf. critique in Bifrost 64). Plus policé dans la forme, Les Lumineuses n’en est pas moins original. Les incessants sauts temporels auxquels s’adonne Harper Curtis donnent au parcours de ce tueur en série un côté inédit et imprévisible, tout en permettant à l’auteure de multiplier les paradoxes.

Mais si Curtis est le personnage pivot de ce récit, la romancière accorde tout autant d’importance, sinon plus, à ses victimes, en particulier à Kirby Mazrachi, la seule à avoir survécu (de justesse) à ses assauts, à la fin des années 80. Agée d’une vingtaine d’années, elle est obsédée par ce qui lui est arrivé et bien décidée à tout mettre en œuvre pour retrouver la piste de celui qui a tenté de l’assassiner. Son enquête occupe une bonne partie du roman, et permet avant tout à Lauren Beukes de dresser le portrait d’une jeune femme indépendante, tenace et débordante de vie malgré son traumatisme.

Les autres victimes de Curtis croisées au fil des pages sont tout aussi attachantes, et le sort qui leur est réservé ne nous en apparaît que plus tragique. De Zora Ellis Jordan, mère célibataire noire, soudeuse sur un chantier naval en 1943 pour subvenir aux besoins de ses enfants, à Margot, activiste politique dans les années 70, venant en aide dans la plus stricte illégalité à celles qui souhaitent avorter, de Willie Rose, jeune architecte soupçonnée de sympathies communistes au plus fort de la chasse aux sorcières, à Mysha Pathan, biologiste promise à une belle carrière, autant de vies brisées de la plus terrible manière qui soit, autant de potentialités qui ne se réaliseront jamais. Ce sont elles les Lumineuses, c’est à ces victimes qui auraient pu rester anonymes que Lauren Beukes a souhaité donner la parole et rendre hommage. Au-delà du thriller à la mécanique impeccablement huilée qu’il est, Les Lumineuses est avant tout une œuvre féministe et humaniste de la plus belle eau.


Philippe BOULIER
Première parution : 1/10/2013 dans Bifrost 72
Mise en ligne le : 3/2/2019


 

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