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Côté cour

Leandro Ávalos BLACHA

Titre original : Medianera, 2011

Traduction de Hélène SERRANO
Illustration de Lori NIX

ASPHALTE
Dépôt légal : avril 2013
160 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 978-2-918767-32-9   



    Quatrième de couverture    
     « Dans Côté cour, Ávalos Blacha montre
     une singulière capacité à générer la stupéfaction. »
     Hoy Día Córdoba

     Dans la cour de Fany est incarcéré un prisonnier qui devient son amant. Dans celle de Magda et Elmer, on organise des combats illégaux où s'affrontent chiens et détenus. Dans celle du docteur Braille, on réduit les têtes, et dans celle de Lidia, une poupée abandonnée revient à la vie. Décidément, autour de cette antenne téléphonique Phonemark, il se passe des choses étranges... Un inquiétant quartier, une galerie de personnages grotesques sous la coupe d'une corporation toute puissante, qui va jusqu'à défi er les lois de la nature... Pas de doute : la plume satirique de Leandro Ávalos Blacha est de nouveau à l'oeuvre.
 
    Critiques    
     Leandro Ávalos Blacha, que l'on avait découvert – et apprécié – avec Berazachussetts, chronique réjouissante et foutraque d'une ville marquée par l'arrivée inopinée d'une zombie punk, nous revient avec Côté cour. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que sa dinguerie ne l'a pas quitté. Situé dans un futur proche, ce livre se déroule dans une ville hispanisante indéterminée, et plus précisément dans un quartier assez particulier : il est tout entier sous la coupe d'une entreprise, Phonemark, opérant dans de multiples secteurs, dont les principaux sont les télécommunications et la sécurité. Télécommunications, puisque tout le monde a son appareil, dont l'utilisation est même obligatoire au-delà d'un certain quota quotidien, et parce que l'on n'est jamais bien loin de l'antenne de Phonemark. Sécurité, ensuite, puisque Phonemark est aussi chargée de l'emprisonnement de criminels condamnés, qu'il s'agisse de tueurs en série ou de simples voleurs à l'étalage. Et, dans une logique financière de rentabilité, mais poussée à l'extrême, au-delà même de la caricature, Phonemark propose aux habitants du quartier d'accueillir les prisonniers chez eux, dans des cellules aménagées par la firme, moyennant rétribution. Cela permet d'arrondir les fins de mois, de façon à rembourser les dettes contractées auprès de la société. À travers plusieurs textes (sans titre) pouvant globalement se lire indépendamment, mais quand même interconnectés par certains personnages communs, Blacha va nous décrire progressivement cet univers délirant, pour mieux que l'on en savoure les dérives. De combats illégaux hommes-animaux jusqu'à la jalousie d'une femme de prisonnier qui ne comprend pas que son mari puisse s'éprendre de la femme chez qui il est enfermé, en passant par un docteur réducteur de têtes, des poupées qui reviennent à la vie, des oiseaux qui se transforment lors de leur mort, ou une vieille dame obligée de partager le sous-sol de leur propre maison après y avoir été rejetée par sa famille qui s'est incrustée chez elle, rien ne nous sera épargné. Blacha a le chic pour nous déranger dans nos certitudes, nous glacer par la description de ces actes contre nature. Le but du jeu est de nous placer dans la position inconfortable du voyeur, de celui qui assiste à des événements horribles, mais finit par en redemander avec une gourmandise malséante. Car c'est là la force de l'auteur : outrer le propos afin d'en tirer des effets satiriques et un humour noir qui fait mouche. Devant un tel feu d'artifice, le lecteur, s'il arrive à dépasser l'horreur des événements narrés ici, devrait se délecter de cette galerie de portraits invraisemblable, grands-mères qui manient le fusil, enfants qui urinent sur des prisonniers, docteurs qui renoncent à leur serment afin de se procurer de la chair fraiche pour leur hobby de réduction de têtes... C'est bien évidemment une critique de la société de consommation, de la privatisation à outrance, et plus globalement de la déréglementation de nos sociétés modernes, dont les repères ont tendance à s'effriter. Mais il serait vain de trouver ici un message asséné avec lourdeur ou dogmatisme : Blacha s'amuse comme un petit fou à dégommer toutes les conventions, et l'on ne peut que le remercier pour ce moment de franche – mais parfois douloureuse – rigolade.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 10/5/2013 nooSFere


Il se passe des événements étranges dans le nouveau roman de Leandro Ávalo Blacha. Rien de nature à susciter l’incrédulité des lecteurs de son précédent titre, mais quand même… Jugez par vous-même.

Pour mémoire, avec Berazachussetts (cf. notre critique dans le Bifrost n°65 de ce roman tout juste réédité chez Folio « SF », ceci dit en passant…), l’auteur argentin nous avait conviés à une apocalypse carnavalesque où la satire se partageait la tête d’affiche avec la dinguerie. Côté cour n’apparaît pas moins déviant que ce premier roman prometteur. D’emblée, cette succession de cinq histoires s’apparente à la chronique d’un lotissement pavillonnaire banal aux cours et jardins mitoyens. Un quartier pourtant tombé tout entier sous la coupe d’un opérateur de téléphonie omnipotent et omniscient, poussant sa transcendance jusqu’à accomplir des miracles. Une sorte de Big Brother sans visage dont l’antenne irradie un feu magique rappelant à tous leur allégeance. De fait, ici-bas tout le monde consomme Phonemark. De la naissance à la mort, et même au-delà, tout le monde mange, boit et se distraie Phonemark. Et chacun se doit d’épuiser son quota quotidien de SMS sous peine de finir encagé. Peut-être chez le voisin, dans sa cour ou sa cave. 

Bien peu de personnes cherchent à se soustraire au système. En fait, tous y participent, cherchant à tirer profit de ses failles, ou du moins des opportunités qu’il offre. La déraison ou plutôt l’intérêt bien compris semble avoir gagné tous les esprits. Ici, on loue une chambre dont la fenêtre donne sur un jardin d’éden factice. Là-bas, on organise des combats clandestins. Prisonniers consentants, au préalable entraînés, contre chiens rendus enragés, voire chauve-souris. Le spectacle vaut le détour. Il suscite une ferveur populaire dépassant les limites du quartier. Ailleurs, on réduit les têtes humaines pour les greffer sur des poupées, escomptant ainsi reconstituer l’ensemble du voisinage en miniature. Plus loin encore, une histoire d’amour se conclut par un carnage où des grands-mères droguées servent de boucliers humains. 

Bref, on le voit, à la lecture des quelques éléments présentés ci-dessus, Leandro Ávalo Blacha ne semble pas s’être assagi. Bien au contraire, Côté cour se révèle un cocktail décalé mélangeant les ressorts du grand-guignol, de la dystopie, du fantastique et des télénovelas. C’est foutraque, amusant, iconoclaste, à l’occasion poétique, et pourtant, on ne peut s’empêcher de trouver tout ce cirque un tantinet répétitif. On n’arrive pas à se dégager d’un sentiment de déjà-vu. L’impression d’avoir fait le tour du sujet avec Berazachussetts. La vie, la mort continuent de danser le même tango absurde sur une mélodie qui nous est désormais familière. Une partition écrite avec le meilleur des déviances humaines sur fond de consumérisme. L’air est hélas connu, il perd en conséquence de son impact. Et puis, le roman ressemble davantage à une juxtaposition d’histoires, sans véritable trame pour unir l’ensemble, si ce n’est le quartier où elles se déroulent. On papillonne d’une cour à l’autre, d’un pavillon à l’autre, sans avoir le temps de prendre ses aises. L’horizon d’attente reste maigre et il manque définitivement quelque chose pour vraiment succomber.

Au final, avec ce deuxième titre, Leandro Ávalo Blacha douche quelque peu l’enthousiasme suscité par Berazachussetts. Certes, on jubile toujours de la ferveur avec laquelle l’auteur dynamite la société argentine et fustige l’économie de marché. Mais Côté cour n’est finalement qu’un prolongement plus sombre, dépourvu de ce grain de folie qui faisait toute la saveur de son précédent roman. Dommage.


Laurent LELEU
Première parution : 1/10/2013 dans Bifrost 72
Mise en ligne le : 3/2/2019


 

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