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La Petite déesse

Ian McDONALD

Titre original : Cyberabad Days, 2009
Première parution : Londres : Golancz, 2009

Traduction de Gilles GOULLET
Illustration de MANCHU

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (146)
Dépôt légal : octobre 2013
384 pages, catégorie / prix : 22,50 €
ISBN : 978-2-207-11126-0
Format : 14,0 x 20,5 cm  
Genre : Science-Fiction

En pages intérieures, ce livre porte le titre "La Petite déesse et autres nouvelles d'une Inde future".



    Quatrième de couverture    
     En 2004, Ian McDonald publiait en Angleterre un roman d'une ambition peu commune dans le paysage de la science-fiction contemporaine, Le Fleuve des dieux, un livre-monstre de plus de 600 pages, aux multiples intrigues situées dans une Inde de 2047 balkanisée et soumise à une sécheresse sans précédent. Le prix de la British Science Fiction Association a récompensé ce roman qui s'est presque aussitôt imposé comme le Blade Runner du début de XXIe siècle. Son édition française a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire.
     En 2009, Ian McDonald a rassemblé sous le titre La Petite Déesse les sept nouvelles et courts romans qu'il avait écrits sur cette même Inde du futur. On y découvre, souvent par le biais du regard d'enfants, un sous-continent où les hommes sont quatre fois plus nombreux que les femmes, où se côtoient des gens d'une extrême pauvreté, des intelligences artificielles et des stars virtuelles, tous confrontés à des menaces d'un genre nouveau.

     Né en 1950 à Manchester, Ian McDonald a presque toujours vécu en Irlande du Nord. La parution de chacun de ses derniers romans a été un événement couronné de nombreux prix littéraires.

    Sommaire    
1 - Sanjîv et Robot-wallah (Sanjeev and Robotwallah), pages 7 à 29, trad. Gilles GOULLET
2 - Kyle fait la connaissance du fleuve (Kyle Meets the River), pages 31 à 55, trad. Gilles GOULLET
3 - L'Assassin-poussière (The Dust Assassin), pages 57 à 93, trad. Gilles GOULLET
4 - Un Beau parti (An Eligible Boy), pages 95 à 134, trad. Gilles GOULLET
5 - La Petite déesse (The Little Goddess), pages 135 à 195, trad. Gilles GOULLET
6 - L'Épouse du djinn (The Djinn's Wife), pages 197 à 253, trad. Gilles GOULLET
7 - Vishnu au cirque de chats (Vishnu at the Cat Circus), pages 255 à 362, trad. Gilles GOULLET

    Prix obtenus    
L'Épouse du djinn : British Science Fiction, nouvelle / Short story, 2006, Hugo, novelette, 2007
La Petite déesse : Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle étrangère, 2013
 
    Critiques    
 
     Troisième recueil de nouvelles de Ian McDonald, Cyberabad Days prend place dans l'Inde des années 2040 décrite dans Le Fleuve des dieux. Des sept nouvelles du recueil, cinq sont parues entre 2005 et 2008 au sommaire d'anthologies ou de magazines tels qu'Asimov's. A la différence du Fleuve..., les histoires ne prennent pas exclusivement place à Vârânaci : le cadre s'élargit, et les nouvelles se déroulent avant ou après les événements narrés dans le roman. On retrouve des constantes, comme le conflit Awadh-Bhârat, les moussons irrégulières, le soap opera Town and Country, ou la signature des Lois Hamilton destinées à restreindre le niveau d'intelligence des aeais. Voyons cela de plus près.
     La nouvelle qui introduit le recueil, « Sanjeev and Robotwal-lah », débute lors du conflit fratri-cide entre le Bhârat et l'Awadh. Sanjeev est un garçonnet fasciné par ces robots guerriers pilotés par un combo humain-aeai. Il se lie d'amitié avec les pilotes desdits robots, qui ne sont autres que des garçons à peine plus âgés et plus matures que lui. Mais que faire lorsque la guerre s'achève ?
     Les conflits sont parfois à une échelle plus réduite, comme à celle de familles dans « The Dust Assassin ». La jeune Padmini Jodhra est une arme. C'est du moins ce que son père lui a toujours répété. A Jaïpur, les familles Jodhra et Azad co-détiennent le monopole de l'eau, et les deux sont ennemis jurés. Lorsque les Azads massacrent les Jodhras, Padmini demeure la seule survivante de sa famille. Et voilà que le dernier descendant des Azads la demande en mariage... Pad-mini refuse, son admirateur insiste.
     Il est aussi question d'amour et de mariage dans « An Eligible Boy ». Dans un pays où l'on compte quatre hommes pour une femme, Jasbir veut à tout prix trouver chaussure à son pied. Pour cela, il est prêt à se faire re-faire le visage, et même à accepter un coach spécialisé — et qui est plus qualifié qu'une aeai issue d'un soap opera ?
     Dans « The Djinn's Wife », c'est par une aeai que la jeune Esha est séduite. Et pas n'importe quelle aeai : A. J. Rao, star du soap Town and Country. Mais l'amour d'Esha est exclusif, aussi comment aimer une entité capable d'être multiple ? Et que faire lorsque les Lois Hamilton, restreignant le niveau des aeais, sont sur le point d'être signées et que les flics Krishna bouillent d'impatience d'excommunier à tour de bras les intelligences artificielles illégales ?
     Les autres nouvelles du recueil sont plus humaines. Dans « Kyle meets the river », un garçonnet vit dans une bulle dorée : le quartier sécurisé où il habite pour raisons de sécurité, son père étant un haut fonctionnaire affecté à la reconstruction du Bhârat. Ce qui n'est pas une mauvaise idée, car les attentats ne sont pas rares à Vârânaci. Kyle se lie cependant d'amitié avec un autre gamin, Salim, qui lui fait découvrir le monde virtuel Alterre et, plus important encore, les rues grouillantes de vie de Vârânaci.
     « La Petite Déesse » est doublement la première nouvelle du recueil à avoir été publiée : en anglais dans Asimov's et en français dans le présent numéro de Bifrost. Elle raconte l'histoire d'une enfant aux tendances schizophrènes, élevée au rang de déesse vivante au Népal. Du moins, jusqu'à sa puberté... Mais les artifices pour retarder l'horloge biologique sont repérés et l'enfant-déesse est répudiée. Elle va suivre une descente aux enfers, jusqu'à, peut-être, une forme de rédemption. L'un des meilleurs textes du recueil, avec « Vishnu at the cat circus ».
     Ce dernier texte (novella qui occupe le dernier tiers de Cyberabad Days) s'intéresse à une caste tout juste évoquée dans Le Fleuve des dieux : les Brahmanes, ces humains génétiquement améliorés. Vishnu est l'un d'eux. Fleuron de sa génération, il est bientôt confronté aux perspectives d'une post-humanité.
     Une thématique commune à tout le recueil est de prendre pour point de vue celui des enfants. Une démarche que poursuivra d'ailleurs Ian McDonald avec Planesrunner, destiné à un lectorat jeunesse. Ce qui ne veut pas dire que Cyberabad Days s'adresse à un tel public, bien au contraire. Plus accessible que Le Fleuve des dieux, ce recueil reste exigeant. Et de très haute tenue : le sommaire suit une progression logique, tant en termes de chronologie que de longueur et de qualité.
     Livre-compagnon, Cyberabad Days peut former une excellente introduction au Fleuve des dieux à qui serait effrayé par l'épaisseur du roman, d'autant que sa lecture n'est pas forcément indispensable pour comprendre le recueil. Pour qui a lu Le Fleuve... et se sent d'attaque pour lire en VO les récits, ce recueil développe les thématiques du roman et en aborde de nouvelles, avec un accent particulier porté sur l'humain. Un ouvrage qui prouve une nouvelle fois que Ian McDonald excelle sur le format de la nouvelle et de la novella, et dont on attend avec impatience la traduction en français.
 

Erwann PERCHOC
Première parution : 1/10/2012 dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 23/7/2017


            À bien des égards, La Petite déesse apparaît comme le prolongement naturel du Fleuve des dieux (roman critiqué par Claude Ecken dans le Bifrost 60). Avec ce recueil, Ian McDonald revient au cœur de l’Inde future dont il a dressé un portrait convaincant dans son roman. L’occasion pour les lecteurs du Fleuve des dieux de renouer avec les aeais, les mécas de combat, les brâhmanes et bien d’autres créations issues du creuset de la science-fiction. Mais on peut y voir aussi une opportunité pour le néophyte, La Petite déesse se révélant beaucoup plus abordable pour se familiariser en douceur avec un univers situé littéralement ailleurs et demain. En effet, au vertige suscité par les technosciences s’ajoute celui du dépaysement. On évolue en terre étrangère, à l’instar de Kyle, enfant expatrié se coltinant à l’altérité au cours d’une excursion au bord du Gange. Une expérience aussi fascinante que périlleuse.

            L’approche de McDonald se veut plus transversale, l’auteur britannique survolant près de cinquante années, de l’éclatement de l’Union née de la décolonisation à l’avènement d’une Inde post-humaine. Dans cet intervalle, il explore les possibles d’une nation en proie à la surpopulation et à une révolution technologique inéluctable. Un processus ne faisant pas grand cas de la multitude humaine, et dont seule une minorité tire vraiment profit. On s’attache à des enfants et à quelques jeunes adultes qui témoignent des mutations rapides de leur pays. Des transformations dont ils ressentent les effets jusque dans leur chair et leur être. C’est Padminî Jodhra, transformée en arme vivante pour accomplir la vengeance de son clan. Sanjîv, gamin des rues fasciné par les robot-wallah, enfants soldats engagés dans une variante réelle de FPS. Ou cette gamine des contreforts de l’Himalaya reconnue comme l’incarnation d’une divinité avant de devenir elle-même l’hôte de plusieurs intelligences artificielles. Et cette danseuse, mariée à une aeai jalouse dont les multiples avatars font la pluie et le beau temps entre les États du Bharât et de l’Awadh. Sans oublier Jâsbir, beau parti en quête d’une épouse dans un pays comptant désormais quatre fois plus d’hommes que de femmes. Toute une panoplie de nouveaux outils sont ainsi mobilisés pour assouvir des désirs et des besoins vieux comme le monde.

            Cependant, le personnage central de La Petite déesse reste l’Inde elle-même. Une Inde tiraillée entre le temps long, pour ne pas dire immobile, des traditions, et celui plus court de la mondialisation. Le long texte « Vishnu au cirque de chats » illustre ce déchirement. Ian McDonald y fusionne cosmogonie hindoue et révolution technologique. Un syncrétisme tempéré d’une touche d’humanité, via le regard fataliste du narrateur, et ne faisant pas abstraction des préoccupations de la majeure partie de la population. Un quotidien besogneux où le seul acte d’héroïsme qui importe, et c’est déjà beaucoup, consiste à survivre.

            Avec La Petite déesse, l’ampleur et la précision de l’imagination se conjuguent une fois de plus à la richesse et à la puissance de la métaphore. Des qualités qui ne sont pas particulières à la science-fiction, mais que Ian McDonald déploie ici avec maîtrise, nous dressant un portrait nuancé et humain d’une Inde future. À lire de toute urgence.


Laurent LELEU
Première parution : 1/1/2014 dans Bifrost 73
Mise en ligne le : 21/4/2019


 
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