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La Vague montante

Marion Zimmer BRADLEY

Titre original : The Climbing Wave, 1955

Traduction de Elisabeth VONARBURG
Illustration de Xavier SEBILLOTTE

Le PASSAGER CLANDESTIN , coll. Dyschroniques n° (8)
Dépôt légal : 4ème trimestre 2013
144 pages, catégorie / prix : 8 €
ISBN : 978-2-916952-97-0
Format : 11,0 x 17,0 cm  

     [texte de présentation du livre sur le site de l'éditeur]

     L’équipage du « Homeward », descendants de l’équipage naufragé du « Starward », premier vaisseau stellaire, a réussi son retour d’Alpha du Centaure vers la planète-mère, la Terre, après 130 années humaines... équivalentes à cinq siècles de contraction espace-temps ! Après une telle séparation, ils s’attendent à trouver sur Terre une technologie surdéveloppée et une humanité colonisatrice d’autres planètes. Mais la désillusion est grande : le concept de nations n’existe plus, le fédéralisme et l’autogestion régissent la prise de décision collective, la science semble avoir disparu au profit d’une économie primitive fondée sur la commune et l’agriculture, et le véritable progrès est celui de l’épanouissement humain. Mais la réalité est à la fois plus simple et plus complexe.
     Avec une quinzaine d’années d’avance sur le fameux « Rapport Meadows » (1972), Marion Zimmer Bradley développait dans cette novella (l’une des premières qu’elle a écrites) les thèmes encore insolites du rejet de la croissance économique et du recours limité et pragmatique à la technologie. Lire ce texte aujourd’hui permet plus que jamais de mettre en lumière notre dépendance et notre fascination – proche du fanatisme – à l’égard de l’idée de « progrès technique » : tandis que tout ce que la science rend possible est aveuglément (et massivement) mis en œuvre, ce texte remet les pendules à l’heure en imaginant une humanité qui ne serait plus au service de la technologie qu’elle a créée. Alors que ces questions commencent à peine à s’imposer dans les débats politiques et médiatiques, il est passionnant de redécouvrir l’engagement idéologique et philosophique de Bradley, et de mesurer ce qui le sépare du tout venant – belliqueux ou simplement divertissant – de la SF américaine des années 1950.



Autres éditions
   in Après... la guerre atomique, MARABOUT - GÉRARD, 1970
   in Marée montante, NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO), 1987
   in Fiction n° 40, OPTA, 1957
   in Fiction n° 41, 1957
   in Fiction n° 42, 1957
   in Les Voix de l'espace, POCKET, 1994

    Quatrième de couverture    
     En 1955, Marion Zimmer Bradley imagine une société d’abondance frugale soustraite à l’empire de la technologie.
 
    Critiques    

            En réaction aux dérives autocratiques de son époque, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), propose dans sa philosophie que l’homme touche au bonheur en retrouvant « l’état de nature » de ses lointains ancêtres, car « ses premiers mouvements [ceux de la nature] sont toujours droits ». Un peu plus tard, dans Walden ou la vie dans les bois, l’Américain Henry David Thoreau (1817-1862) explore sa « révolte solitaire » en s’éloignant de la société du milieu du XIXe siècle, esclavagiste, et en s’installant donc dans « des bois ». Nous avons peut-être là les racines de la pensée écologique (si tant est qu’une telle pensée existe, ce dont on peut douter, tant il y a de courants dans l’écologie contemporaine, qui va du terrorisme mâtiné de deep ecology jusqu’aux partisans d’un nucléaire maîtrisé, surveillé, mais absolument nécessaire au progrès social).

            En 1955, Marion Zimmer Bradley écrit le texte anti-écologique parfait (façon de parler), « La Vague montante », dans lequel des centaines d’années après le premier voyage interstellaire, l’humanité a régressé et vit en petites communautés agricoles (genre Amish, le poids religieux en moins). Une description frontale d’une Terre maoïste ayant totalement renoncé à l’industrie légère (les deux jambes du maoïsme sont la paysannerie et l’industrie légère), et au confort moderne qui va de pair. N’y allons pas par quatre chemins : aujourd’hui, à cause de sa naïveté politique, naïveté qui ne frôle pas l’idiotie mais se roule dedans, « La Vague montante » est un texte ridicule et, pour tout arranger, farci de détails techniques obsolètes qui amplifient son côté daté. Rien n’y tient debout, que ce soit l’intrigue, les personnages ou le monde décrit. Quant au style, c’est simple, il n’y en a aucun. Certains textes de Clifford D. Simak, dans la même veine, ont beaucoup mieux résisté au travail de sape du temps (et c’est sans doute ce qui sépare un grand écrivain d’un auteur médiocre). Texte probablement marquant en 1955, « La Vague montante » a quand même une qualité : nous montrer à quel point notre regard sur la problématique environnementale a changé en un peu plus d’un demi-siècle. Remontez le temps plus en amont, lisez plutôt Walden ou la vie dans les bois ou La Désobéissance civile de Thoreau.

            On reste un peu dans la même veine « écologique » avec « Continent perdu » de Norman Spinrad, une novella de 1970 où de riches Africains viennent visiter les ruines des USA et notamment le métro de New York dans lequel on trouve encore, en état de marche, des machines à bonheur. « Continent perdu » a un peu le même défaut que Rêve de fer, les meilleures blagues sont les plus courtes, et une fois le postulat de départ énoncé, le texte patine un peu dans la semoule, mais il est si bien écrit (à défaut d’être bien rythmé) qu’on l’avale d’une traite avec un vrai plaisir. Paradis artificiels, racisme, pollution, devenir des sociétés modernes, ici celle de l’âge de l’espace, « Continent perdu » est un texte malin, riche et ambitieux. À l’exception de sa « machine à bonheur » très datée années 70, il aurait pu être écrit de nos jours. Une fois de plus, Norman Spinrad nous séduit par son espièglerie et son sens de la provocation « payante ».

            Avec ses livres-objets agréables à lire, son choix de textes très divers, la collection « Dyschroniques » est une jolie entreprise à soutenir.


Thomas DAY
Première parution : 1/1/2014 dans Bifrost 73
Mise en ligne le : 21/4/2019


 
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