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Zombie Ball

Paolo BACIGALUPI

Titre original : Zombie Baseball Beatdown, 2013

Traduction de Sara DOKE

AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France), coll. Jeunesse
Dépôt légal : septembre 2014
170 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 978-2-84626-805-9   


 
    Critiques    

« Il n’y avait ici que puanteur, mouches et pourriture. Du bœuf pour sept États, entassés les uns contre les autres sur des kilomètres et s’infectant mutuellement. »

Zombie Ball nous raconte les mésaventures d un jeune américain d’origine indienne, Rabindranath Chatterjee-Jones pour l’état civil, ou Rabi, pour ses amis, dont les deux plus fidèles sont le courageux et bagarreur Miguel (ne jamais reculer est sa devise), Mexicain dont la famille est en situation irrégulière, et Joe le fan enragé de comics (une culture qui peut s’avérer utile quand la réalité devient folle), fils d’un père alcoolique et violent. Rabi peine quelque peu à s’intégrer dans l’équipe locale de baseball, mais ses problèmes vont bientôt lui paraître bien anecdotiques quand lui et ses deux compères découvrent qu’il se passe des choses bizarres du côté des abattoirs Wilrow, où l’odeur est encore plus immonde qu’à l’accoutumée, et quand ils se retrouvent nez à nez avec leur entraineur, ensanglanté, puant la charogne et apparemment bien décidé à les bouffer tout cru. Née dans le secret de pratiques contre-natures visant à produire toujours plus de viande, toujours plus vite, toujours moins cher, l’apocalypse zombie est en route, et seuls ces valeureux jeunes gens semblent en mesure d’y mettre un terme avant qu’il ne soit trop tard.

Certes, ce nouveau Bacigalupi est en mode mineur et léger – un roman d’abord destiné aux ados où l’humour est omniprésent –, mais à l’image d’un Andrevon écrivant pour la jeunesse tout en poursuivant son combat écologique, l’auteur s’ingénie à transmettre son message. Un message social d’abord, Bacigalupi sensibilisant son lectorat aux problèmes du racisme ordinaire, de l’intégration, du questionnement identitaire, de l’exploitation des économiquement faibles et des minorités. Un message sanitaire ensuite, en particulier dans la deuxième moitié du roman. Lorsque nos jeunes héros découvrent que les dirigeants des viandes Milrow décident de transformer les vaches zombifiées en burgers et de les commercialiser comme si de rien n’était, avec les habituels slogans publicitaires – « Festin du fermier, bœuf haché 100% naturel », « Garanti par le département national de l’agriculture » – Bacigalupi nous plonge au cœur de l’horreur économique, où le cynisme et l’avidité des décideurs de l’industrie agroalimentaire n’ont aucune limite. La grotesque vache zombie devient métaphore extrême de la vache folle et autres scandales du même acabit. On se prend alors à rêver que Bacigalupi entreprenne d’écrire sur le même thème avec l’ambition qui l’animait dans La Fille automate, on tiendrait assurément le Soleil vert des années 2010.


Hervé LAGOGUEY
Première parution : 1/12/2014 (SF Mag 86, décembre 2014)
Mise en ligne le : 23/3/2019


 
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