Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
La Justice de l'ancillaire

Ann LECKIE

Titre original : Ancillary Justice, 2013
Première parution : New York, USA : Orbit, octobre 2013
Cycle : Les Chroniques du Radch vol. 1 

Traduction de Patrick MARCEL

J'AI LU (Paris, France), coll. Nouveaux Millénaires
Date de parution : 23 septembre 2015
Dépôt légal : août 2015, Achevé d'imprimer : 24 août 2015
Première édition
Roman, 448 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-290-11134-5
Format : 12,9 x 19,8 cm
Genre : Science-Fiction

Illustration de couverture : Studio de création J'ai lu d'après (c) Shutterstock.



Quatrième de couverture
Rien ne peut arrêter l'expansion radchaaï. Chaque annexion fournit des armées supplémentaires, les ancillaires, des captifs à la conscience détruite changés en troupes de choc, des marionnettes animées par l'intelligence artificielle des vaisseaux de guerre de l'empire. L'un de ces vaisseaux, le Justice de Toren, a été détruit, victime d'un complot au plus haut niveau du pouvoir. Mais son IA est parvenue à s'échapper et à s'incarner dans le seul ancillaire rescapé du massacre. Dix-neuf ans plus tard, sa vengeance est sur le point de s'accomplir...
 
Née en 1966 dans l'Ohio, Ann Leckie a exercé des métiers aussi divers que serveuse, réceptionniste ou ingénieur du son. Elle vit aujourd'hui à Saint-Louis avec sa famille et est depuis 2014 secrétaire de la prestigieuse SFWA (Science Fiction and Fantasy Writers of America). La Justice de l'ancillaire, son premier roman, a été récompensé par les plus prestigieux prix littéraires :
 
Prix Hugo du meilleur roman 2014
Prix Arthur C. Clarke 2014
Prix Locus du meilleur premier roman 2014
Prix Nebula 2013
Prix British Science Fiction 2013
Prix Sydney J. Bounds du meilleur nouvel auteur 2014
Kitschies Golden Tentacle du meilleur premier roman 2013
Critiques

Le Radch est un empire en pleine expansion. Ses conquêtes s’appuient sur des vaisseaux spatiaux pilotés par des intelligences artificielles. Les IA s’incarnent dans les corps privés de conscience de prisonniers de guerre, fournissant de pléthoriques troupes d’ancillaires. Lorsque le Justice de Toren est détruit, son IA parvient à sauver une unique ancillaire. Celle-ci va alors se mettre en quête des auteurs du complot qui a conduit à sa perte et a entrainé la mort des officiers qu’elle avait sous sa protection.

L’intrigue de ce premier roman du triptyque Les chroniques du Radch semblera familière aux amateurs de Space Opera, mais le livre d’Ann Leckie, outre le fait qu’il s’empare de ce thème classique avec une réelle efficacité, se révèle original sur plusieurs points.

Le narrateur, tout d’abord : ce programme informatique prisonnier d’un seul corps après s’être incarné dans des milliers d’ancillaires. L’IA qui accède peu à peu à l’humanité, la conscience distribuée entre plusieurs unités qui pensent en parallèle ont déjà été abordés dans la SF (on pense à l’IA et son double de Westerfeld ou à Un feu sur l’abîme de Vinge, pour ne citer qu’eux), mais rarement il n’a été donné au lecteur la sensation d’être autant plongé à l’intérieur d’un cerveau à la fois étrange et familier. Étrange par sa mise en réseau, par l’articulation ambiguë qu’il y a entre son réel libre-arbitre et sa soumission à une programmation toute-puissante ; familier par son humanité et son implémentation dans la chair, la révélation de ce qu’implique d’être lié à un unique corps vulnérable. Ce décalage est très bien rendu par l’écriture à la première personne des actions réalisées simultanément et en différents endroits par l’ensemble des ancillaires, conduisant à une syntaxe légèrement biaisée. « En longeant le bord de l’eau, je me voyais debout sur la place. » écrit par exemple Ann Leckie dans un vertigineux je de miroir.

La syntaxe, encore, est à la source d’une autre grande originalité de La justice de l’Ancillaire : dans le monde futuriste du Radch, la notion de genre a totalement disparu, et le narrateur est incapable de remarquer, et a fortiori de mentionner, le sexe des personnes qu’il croise. Cette particularité est rendue par l’emploi systématique d’articles et pronoms féminins accolés à des noms des deux genres, et autres entorses aux règles usuelles d’accord. Il faut, à ce sujet, applaudir la performance du traducteur, Patrick Marcel, qui a fait un travail approfondi, tout en finesse. Ses choix, parfois osés, pour retranscrire dans
les contraintes de la grammaire française le parti-pris du texte original sont toujours pertinents. Ce procédé peut déstabiliser le lecteur au début, mais il devient rapidement plus fluide tout en préservant jusqu’au bout une subtile impression d’étrangeté : on reste immergé dans un univers lointain et futuriste qui a ses règles propres jusque dans le langage. Une telle adéquation de la forme au fond est suffisamment rare pour être saluée.

Aussi, certains lecteurs trouveront-ils un peu difficile d’entrer dans La justice de l’Ancillaire. Mais leurs efforts seront largement récompensés, d’abord par la découverte d’un univers riche et bien construit, à l’image des deux planètes, Nilt et Ors, où se déroule l’essentiel de l’action ; ensuite par un personnage principal complexe et original ; et, surtout, par un roman qui reprend un thème classique et le traite avec du souffle et une grande maestria, s’appuyant sur une écriture originale.

Jean-François SEIGNOL
Première parution : 29/5/2018 nooSFere


     Qui sait comment et pourquoi se forme la hype autour d’un livre ?

     Au début était La Justice de l’ancillaire, premier volume des « Chroniques du Radch » et premier roman de l’auteure américaine Ann Leckie. Un livre qui nous est arrivé à l’été 2015 précédé d’un prestige certain, étant entendu qu’il a raflé à peu près tout ce qu’il se fait en matière de prix littéraires science-fictifs : un doublé Hugo-Nebula, un Locus du meilleur premier roman, un prix Arthur C. Clarke, un BSFA… et même le prix Bob Morane dans nos contrées. Excusez du peu. L’Épée de l’ancillaire, la suite, n’a dû se contenter que d’un BSFA et d’un Locus.

     Autant dire que lorsqu’on a ouvert le bouquin, on a plus ou moins eu l’impression d’ouvrir l’Arche d’Alliance. Restait à voir si la hype était justifiée…

     Futur lointain : l’humanité a essaimé sur de nombreuses planètes et s’est retrouvée confrontée à une poignée de races extraterrestres avec qui toute communication s’avère compliquée. Depuis trois mille ans, un empire – le Radch – a entrepris une implacable politique d’annexion, aidé en cela par sa souveraine immortelle, Anaander Mianaï, et sa cohorte de vaisseaux surarmés peuplés d’IA et d’ancillaires. Immortelle, l’empereur l’est devenue parce qu’elle est une et plusieurs : un même esprit réparti dans des dizaines (des centaines ?) de corps. Les vaisseaux (de trois classes : Justice, Épée et Miséricorde, d’où les titres des romans) sont pilotés par des IA ayant à leur disposition des centaines de corps de soldats – les ancillaires –, récupérés sur les planètes annexées. De fait, le Radch a tout d’un rouleau compresseur. Mais depuis vingt ans, le Radch a cessé de s’étendre. Pourquoi Anaander Mianaï a-t-elle changé sa politique ? Serait-ce à cause des Presgers, ces aliens brutaux rôdant aux marges de l’empire ?

     Breq a été le Justice de Toren, fier vaisseau au service de l’empereur. Mais le Justice de Toren a été détruit vingt ans plus tôt, suite à une machination, et la seule chose qui en a survécu est un soldat ancillaire qui veut désormais se venger de l’empereur. Mais comment tuer une empereur théoriquement immortel ? Centré sur la vengeance de Breq, La Justice de l’ancillaire alterne flashbacks et (in)action présente. Après les révélations concluant le premier tome, L’Épée de l’ancillaire nous montre Breq mandaté en mission sur une station spatiale : complots et dégustation de thé constituent la majeure part du roman, avec un discours ténu sur les inégalités (la société radchaïe fonctionne sur une forme de clientélisme). Les deux romans sont longs, longuets, même, l’action y est rare et les humeurs de Breq finissent par lasser. L’univers du Radch impérial, dans son histoire comme sa géographie, demeure flou et monolithique, et la menace représentée par les énigmatiques Presgers reste hélas trop en marge – attendons de voir ce à quoi cela aboutira dans le troisième volet.

     En l’état, les « Chroniques du Radch » apparaissent comme un terne melting-pot d’influences : on y retrouve pêle-mêle les Mentaux de la « Culture » de Iain M. Banks, les états d’âmes de L’IA et son double de Scott Westerfeld, le questionnement sur le genre faisant le sel de La Main gauche de la nuit d’Ursula K. Le Guin. De fait, la langue du Radch se distingue par son emploi par défaut du féminin : la soldat, la lieutenant, etc. Une affèterie intéressante, quoique probablement gratuite, qui peine à franchir la barre de la traduction : ce qui passe sans peine en anglais, où les déterminants n’indiquent pas le genre et où les adjectifs ne s’accordent pas, heurte en français. De plus, La Justice… pâtit d’une traduction rêche, où abondent les répétitions ; des défauts corrigés dans L’Épée…, heureusement.

     Au regard de la hype évoquée plus haut et de sa kyrielle de prix, La Justice… et L’Épée de l’ancillaire suscitent l’incompréhension. Tout ça pour ça ? Une histoire sans grande originalité, avec un choix narratif particulier mais desservi dans le premier tome par une traduction râpeuse, qui se focalise jusqu’à l’obsession sur des détails, omettant au passage cet ingrédient indispensable à toute bonne histoire de SF : ce fichu sense of wonder ! Vous savez, ce vertige spatial/temporel/métaphysique qui vous a fait vibrer quand vous avez lu « Fondation », « Hypérion », « Succession »… Ici, il n’est présent qu’à doses homéopathiques. L’ensemble n’est pas nul ni même mauvais, juste affreusement décevant. Si un prix devait couronner La Justice… et L’Épée de l’ancillaire, ce serait celui du Roman le Plus Abusivement Surestimé de la décennie.

     (Mais nous sommes faibles, et nous ne saurons faire l’impasse sur La Miséricorde de l’ancillaire.)

Erwann PERCHOC
Première parution : 1/7/2016 dans Bifrost 83
Mise en ligne le : 12/9/2022

Prix obtenus
Arthur C. Clarke, [sans catégorie], 2014
British Fantasy, Nouvel auteur, 2014
British Science Fiction, Roman, 2013
Hugo, Roman, 2014
Locus, Premier Roman, 2014
Nebula, Roman, 2013
Bob Morane, Roman étranger, 2016


retour en haut de page

Dans la nooSFere : 77977 livres, 89486 photos de couvertures, 73926 quatrièmes.
8689 critiques, 42392 intervenant·e·s, 1628 photographies, 3751 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres et ne publions pas de textes.
Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2022. Tous droits réservés.