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L'Été de l'infini

Christopher PRIEST


Traduction de Michelle CHARRIER & Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Aurélien POLICE

BÉLIAL' , coll. Kvasar
Dépôt légal : septembre 2015
Première édition
Recueil de nouvelles, 400 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 978-2-84344-137-0
Format : 15,0 x 22,0 cm  
Genre : Science-Fiction

La première partie de l'entretien avec Thomas Day a été initialement publiée dans Bifrost et est révisée pour la présente édition.



    Quatrième de couverture    
« À environ un tiers du marais se trouvaient les restes de l’avion allemand accidenté, peint de multiples nuances de brun et de vert, pétrifié dans le temps. Il s’était immobilisé lors du rebond, après un premier impact destructeur, à l’instant où il s’élevait dans la boue gelée parmi des panaches d’écume glacée. »

Héritier littéraire, à l’image de son compatriote J. G. Ballard, de la new wave britannique qui révolutionna les littératures de genre au tournant des années 70, on doit à Christopher Priest de nombreux incontournables — Le Monde inverti, La Fontaine pétrifiante, Le Glamour, ou encore L’Adjacent. Son roman Le Prestige, publié en 1995, lauréat du World Fantasy Award, a été porté à l’écran en 2006 par Christopher Nolan.

L’Été de l’infini réunit les meilleures nouvelles de Christopher Priest publiées sur cinquante années de carrière, soit douze textes, dont quatre inédits. Un long entretien, le témoignage de l’aventure que fut l’adaptation du Prestige au cinéma, ainsi qu’une bibliographie exhaustive, complètent un ensemble indispensable à l’appréhension d’un auteur dont Xavier Mauméjean affirme, dans son introduction au présent ouvrage : « [qu’il] est un écrivain de science-fiction et se revendique comme tel. Pourtant, avec d’autres auteurs d’égale envergure, tel Philip K. Dick, Thomas M. Disch, J. G. Ballard ou Frederik Pohl, il pousse le genre à son extrême limite, l’oblige à se dépasser en explorant la réalité, à affronter ce qui se tient hors de portée du vrai. La vérité n’est qu’une possibilité du réel, en aucun cas sa mesure... »

    Sommaire    
1 - Olivier GIRARD, Un mot de l'éditeur, en guise d'introduction, pages 13 à 13, introduction
2 - Xavier MAUMÉJEAN, La Déliaison, pages 15 à 30, préface
3 - L'Été de l'infini (An Infinite Summer), pages 35 à 55, nouvelle, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
4 - La Tête et la main (The Head and the Hand), pages 59 à 72, nouvelle, trad. Henry-Luc PLANCHAT rév. Pierre-Paul DURASTANTI
5 - La Femme dénudée (A Woman Naked), pages 77 à 85, nouvelle, trad. Marianne LECONTE rév. Pierre-Paul DURASTANTI
6 - Rien de l'éclat du soleil (Nothing Like the Sun), pages 89 à 104, nouvelle, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
7 - Finale (A Dying Fall), pages 109 à 118, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
8 - La Cage de chrome (The Cage of Chrome), pages 123 à 124, nouvelle, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
9 - Le Monde du temps réel (Real-Time World), pages 129 à 156, nouvelle, trad. France-Marie WATKINS rév. Pierre-Paul DURASTANTI
10 - Transplantation (Transplant), pages 161 à 176, nouvelle, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
11 - Haruspice (I, Haruspex), pages 181 à 220, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
12 - Le Baron (The Stooge), pages 225 à 232, nouvelle, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
13 - Les Effets du deuil (Widow's Weeds), pages 237 à 256, nouvelle, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
14 - Errant solitaire et pâle (Palely Loitering), pages 261 à 304, nouvelle, trad. Pierre-Paul DURASTANTI & M. MATHIEU
15 - Thomas DAY, La Suprématie de la maturité, un entretien avec Christopher Priest - première partie, pages 309 à 361, entretien avec Christopher PRIEST, trad. Michelle CHARRIER
16 - Magie, histoire d'un film (The Magic - The Story of a Film), pages 367 à 458, article, trad. Michelle CHARRIER
17 - Thomas DAY, La Suprématie de la maturité, un entretien avec Christopher Priest - seconde partie, pages 463 à 476, entretien avec Christopher PRIEST, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
18 - Alain SPRAUEL, Bibliographie des oeuvres de Christopher Priest, pages 479 à 490, bibliographie

    Prix obtenus    
Et j'erre solitaire et pâle : British Science Fiction, nouvelle / Short story, 1979
 
    Critiques    

                Cet imposant recueil, pour lequel certaines traductions ont été révisées, comprend douze nouvelles, dont quatre inédites ; il est accompagné d’un imposant appareil critique signé Xavier Mauméjean pour la préface, Thomas Day pour le copieux entretien en deux parties, et Alain Sprauel pour la bibliographie, ainsi que, cerise sur le gâteau, un essai inédit de Christopher Priest sur l’adaptation cinématographique du Prestige.

                 « La Déliaison », pertinente préface de Xavier Mauméjean, analyse, dans le prolongement de Marianne Leconte, à qui il rend hommage, l’œuvre et les thématiques de Priest servies par un sens du détail et un souci de la précision documentaire : le jeu des apparences, qui voit le réel se déliter, la conscience en permanente reconstruction, diffractée par un Moi multiple, l’importance du regard, voyeur et témoin, les effets de masquage et d’exhibition, dualité qui témoigne d’une interrogation du réel aussi obsessionnelle que certaines récurrences, l’aviation et la Seconde Guerre mondiale, la musique classique, et surtout un constant rapport au temps.

                Ce sont d’ailleurs des récits temporels qui ouvrent et ferment le recueil : « L’Été de l’infini », où des geleurs transforment des scènes en tableaux qui traversent les ans, telle celle, en 1903, d’un couple amoureux, et celle, en 1940, d’un bombardier en flammes, gelé avant de s’écraser au sol. Un enchevêtrement temporel identique est à l’œuvre dans « Errant solitaire et pâle », où enjamber dans un parc un des trois ponts, Hier, Aujourd’hui, Demain, permet de voyager dans le temps, ce qui conduit un homme à errer toujours plus loin en multipliant les passages pour retrouver celle dont, jeune, il tomba amoureux. Toute la finesse de l’intrigue repose sur le regard et la trajectoire du protagoniste au fil de sa quête.

                On trouve aussi chez Priest une dimension horrifique, autour de la mutilation et de la torture, aussi bien physique que mentale : « La Tête et la main », métaphore du monde du spectacle dévorant les célébrités, présente le Maître de l’automutilation acceptant de pratiquer sur scène l’amputation ultime. Si « Le Baron », où un illusionniste embauche un comparse enfermé dans une armoire, évoque Le Prestige, « Les Effets du deuil » est un autre récit de dévoration où une veuve aux talents multiples demande à un magicien de lui apprendre son art. Voyeurisme et torture psychologiques sont à l’œuvre dans « La Femme dénudée », où, bien avant une scène célèbre de Game of Thrones, une libertine condamnée dans une société puritaine à vivre nue jusqu’à la date du procès, doit se rendre à pied au tribunal distant de cinq kilomètres, n’importe qui étant autorisé, dans l’intervalle, à la violer sans que personne n’ait le droit d’intervenir. Glauque également est « Haruspice », récit lovecraftien d’un devin qui se nourrit de cellules cancéreuses pour repousser des forces maléfiques, ce qui provoque des distorsions temporelles comme l’apparition, en 1937, d’un avion allemand de la prochaine guerre s’enfonçant lentement dans le marais de la propriété. Autour de la guerre et de la mort, « Rien de l’éclat du soleil » montre des militaires fuir de belliqueux extraterrestres dont on comprend mal les motivations. « Transplantation » voit un individu dont les fonctions vitales sont assurées par les machines se construire en rêve tout un univers, activité mentale mesurable qui pose la question éthique de son maintien en vie. « Le Monde du temps réel » se déroule aussi sur plusieurs niveaux de réalité : afin de vérifier l’impact d’un manque d’informations, des cobayes humains situés sur un soi-disant monde étranger reçoivent, sous prétexte d’un délai de téléchargement, des nouvelles en différé parcimonieusement distribuées, et finissent par inventer leurs propres infos, jusqu’aux plus délirantes. Expérience immorale, voyeurisme et rôle de l’observateur, fabrique de la réalité autour d’un décalage temporel, tous les thèmes de Priest sont à l’œuvre.

                Le temps est contracté dans « Finale », où les souvenirs d’un rondo de Mozart et d’une chute en parachute traversent l’esprit d’un homme au moment de trébucher sur une voie à l’approche d’un train. Musique classique et temps à rebours cette fois sont au centre de « La Cage de chrome », hommage transparent à Ballard.

                Si Priest se livre sans fard dans « La Suprématie de la maturité », entretien de Bifrost (n° 41) largement réactualisé, il se révèle encore plus passionnant dans « Magie, histoire d’un film » : c’est avec un humour et une pointe de désappointement qu’il narre les étapes du tournage du Prestige dont il fut tenu à l’écart, mais c’est avec fascination qu’on suit l’émergence du récit, les écueils surmontés, ainsi que la minutieuse et éclairante analyse des différences entre son œuvre et celle de Christopher Nolan. Dans sa préface, Mauméjean le cite : « Du pareil au même, le réel demeure-t-il strictement équivalent ou bien se fragmente-t-il en équivalents ? » On en a, dans ce témoignage, et à travers ces récits, de saisissants exemples. Un must, pour les amateurs de Priest, et ceux qui aimeraient découvrir ce grand écrivain.


Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2016 dans Bifrost 81
Mise en ligne le : 25/10/2020


 
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