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Futu.re

Dmitry GLUKHOVSKY

Titre original : Будущее, 2013

Traduction de Denis E. SAVINE
Illustration de LERAF

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (399)
Dépôt légal : septembre 2015, Achevé d'imprimer : septembre 2015
Première édition
Roman, 736 pages, catégorie / prix : 9
ISBN : 978-2-84172-729-2
Format : 14,8 x 20,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
Dans un avenir pas si lointain... l'humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d'une forme d'immortalité.
 
L'Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s'entasse l'ensemble de la population, fait figure d'utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée.
 
La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l'État et désigner le parent qui devra accepter l'injection d'un accélérateur métabolique qui provoquera son décès à plus ou moins brève échéance.
 
Une mort pour une vie, c'est le prix de l'État providence européen.
 
Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d'arête et se contente du boulot de bras droit d'un commandant de groupe d'intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l'Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.
 
    Critiques    

                Dans ce futur lointain, l’arrêt du processus de vieillissement a provoqué une surpopulation sans précédent qui a conduit l’humanité à vivre dans des appartements minuscules à l’intérieur de tours vertigineuses reliées entre elles par des métros aériens ultrarapides. Le continent panaméricain réserve l’accès à l’immortalité aux plus fortunés, la Russie à sa seule élite alors que l’Europe, en vertu d’une politique altruiste et du respect de la vie, se vante d’avoir réalisé une utopie abritant cent vingt milliards d’habitants, où la seule contrainte est celle du Choix : chaque naissance impose à l’un des parents de se sacrifier en recevant une injection accélérant son métabolisme jusqu’à la mort par vieillesse sous dix ans. Les couples préférant dissimuler le nouveau-né sont traqués et traités par la Phalange, force d’intervention arborant un masque de Méduse et disposant d’un permis de tuer en cas d’opposition. Jan Nachtingal, Matricule 717, est l’un d’eux, violent, impitoyable, raciste, égoïste, un pur produit de l’État recueillant les orphelins suite à l’abandon ou à la disparition des parents, qui exécute les ordres sans éprouver d’états d’âme ni se poser de questions. Ses certitudes vacillent progressivement lorsqu’un sénateur lui confie une mission atypique : l’exécution d’un activiste du Parti de la Vie qui réclame l’abrogation de la Loi du Choix. 717 s’amourache de la fantasque compagne de sa cible, Annelie, abandonnée par le révolutionnaire en fuite, et découvre au fil de sa traque l’envers d’une société mensongère au bord du gouffre.

                Dystopie violente et cruelle, menée sans temps mort, Futu.re n’est pas sans rappeler Le Meilleur des mondes pour certains aspects sociaux, et 1984 pour l’itinéraire du couple en quête d’un havre de paix. L’auteur se livre à une dénonciation virulente des sociétés totalitaires ou à la dérive qu’il attribue au laxisme des dirigeants incapables de prendre immédiatement les décisions qui s’imposent, avant d’être réduits à des solutions irrémédiables. Des pages très dures parsèment ce roman, dans la description de la vie à l’orphelinat ou le massacre de la population cosmopolite et bariolée de Barcelone. Mais on y trouve aussi des scènes poignantes, comme celle de 717 perdu dans les bras d’une prostituée dans la cathédrale de Strasbourg transformée en lupanar, ou la vieillissante biologiste Béatrice Fuckuyama, qui force l’admiration par son courage et sa détermination à contrer l’effet de l’accélérateur métabolique. La blague que l’auteur met dans sa bouche a valeur d’avertissement : « Les fameux segments d’ADN qui étaient responsables du vieillissement avaient une autre fonction. Ils étaient à l’origine de notre âme. Nous les avons recodés. Et personne ne sait ce que nous avons mis à la place de l’âme. »

                Dmitri Glukhovski, l’auteur de la trilogie de « Metro 2033 », déjà lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire pour Sumerki, a écrit là un roman âpre, riche et profond. Un petit chef-d’œuvre qui force l’admiration.


Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2016 dans Bifrost 81
Mise en ligne le : 25/10/2020


 
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