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Feuillets de cuivre

Fabien CLAVEL

Première parution : Chambéry, France : ActuSF, octobre 2015


Illustration de AMMO

ActuSF , coll. Les Trois Souhaits
Dépôt légal : octobre 2015
Première édition
Roman, 344 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-917689-95-0
Format : 14,7 x 20,6 cm  
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d’une prostituée, premier d’une longue série de meurtres aux résonances ésotériques. Enquêteur atypique, à l’âme mutilée par son passé et au corps d’obèse, l’inspecteur Ragon n’a pour seule arme contre ces crimes que sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire.

     À la croisée des feuilletons du XIXe et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l’éclaircie d’un esprit bienveillant... vite terni. Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d’encre et de sang.

    Sommaire    
1 - Étienne BARILLIER, Préface, pages 7 à 13, préface

    Prix obtenus    
Elbakin, roman français, 2016
 
    Critiques    

                Durant quarante ans, le policier Ragon traîne son mal-être et une énorme carcasse à travers les rues parisiennes. De sordides garnis en splendides hôtels particuliers il affronte le crime, décliné en problèmes audacieux, à l’ingéniosité fantasque. Loin des progrès de la toute nouvelle police scientifique, Ragon délaisse souvent l’observation directe des cadavres, dédaigne les indices s’ils ne sont pas liés à un livre. Car Ragon suit les lignes de vie dans les phrases imprimées, s’informe d’une vie en parcourant son résumé écrit. Au fil de sa carrière, laborieuse comme son déplacement, Ragon affronte le mal, qui finira par révéler son identité : l’Anagnoste. Conformément au plus beau de la tradition feuilletonesque, l’affrontement entre le policier et sa Némésis décidera de leur devenir commun…

                Encadré comme de serre-livres par une préface vive et avisée d’Étienne Barillier, et une postface d’Isabelle Perier, érudite mais grevée d’« Ainsi » répété qui fleure le tic d’écriture, Feuillets de cuivre apparaît d’entrée comme l’œuvre la plus ambitieuse de Fabien Clavel à ce jour. Le récit en forme de fix-up présente de réelles qualités, principalement l’élaboration d’une création assurément personnelle – on est ici loin de l’ouvrage de commande –, œuvre en soi qui s’inscrit également dans l’univers commun mis en place au fil des écrits de l’auteur.

                Ragon, que l’on voit littéralement porter le poids de son existence, est un personnage fort, attachant, peut-être sous-exploité dans son rapport essentiel aux livres (par comparaison, il faut lire Le Corps des libraires de Vincent Puente aux éditions La Bibliothèque, qui, sur des présupposés similaires, les explore jusqu’au bout en un stupéfiant exercice d’imagination), et assurément trop vite expédié à la fin. Il est entouré de beaux personnages secondaires comme pouvait en offrir le classique et populaire cinéma français.

                Reste toutefois que la narration souffre de certains défauts. Que le personnage soit à peine animé, comme un corps solide incapable à lui seul de mouvement, est une merveilleuse trouvaille. Qu’il soit passif, aidé par le hasard, ou la révélation à point nommé d’un indice majeur, est une carence dans l’intrigue trop souvent présente. De même pour la magie. Elle est une réalité en ce monde, attestée mais mal connue, voire passée sous silence par les autorités. Choix de l’écrivain, évidemment incontestable. Mais que la magie ne soit qu’un bouche-trou pour combler les faiblesses de l’intrigue est un défaut. Dans un contexte très proche, Randall Garrett, dans son cycle consacré au détective « Lord Darcy », présentait la magie comme une réalité aux lois rigoureuses, comparables à des lois physiques, qui donc faisaient corps avec le monde, les conditions des crimes perpétrés et la résolution des enquêtes. Chez Fabien Clavel, la magie est un outil pour porter le récit ; chez Garrett, elle appartient au récit.

                Quelques fautes de syntaxe et répétitions viennent troubler le lecteur, d’autant plus regrettables qu’il s’agit ici d’un pastiche d’écriture, principalement celle de la langue du XIXe siècle, littéraire ou de feuilleton. Plus ennuyeuses sont les erreurs, telle la célèbre danseuse Yvette Guilbert, obstinément ici nommée « Guibert », sans que l’effet soit imputable au prétexte de l’uchronie.

                Reste cependant un plaisir de lecture, voire une franche réussite ici ou là : « Tourbillons aux Trois Ponts d’or » est un superbe récit qui mériterait de figurer dans une anthologie sur le paradoxe temporel. Des moments agréables, donc, qui auraient pu être des temps forts. Feuillets de cuivre constitue un passe-temps plaisant, bien au-dessus de l’actuelle production steampunk française, toutefois encore en dessous de ce que Fabien Clavel est en mesure d’écrire.


Xavier MAUMÉJEAN
Première parution : 1/1/2016 dans Bifrost 81
Mise en ligne le : 25/10/2020


 
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