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Afterparty

Daryl GREGORY

Titre original : Afterparty, 2014
Première parution : Tor, avril 2014
Traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT
Illustration de Aurélien POLICE

BÉLIAL'
Dépôt légal : septembre 2016
Première édition
Roman, 416 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-84344-904-8
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org
Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture
     Vous en voulez ? Vous en aurez ! Plus dingues les unes que les autres ! Car la smart drug revolution est en marche... Muni d’une imprimante chemjet et d’une connexion internet, n’importe quel petit malin en première année de chimie peut désormais synthétiser sa propre drogue et la produire à l’infini. Le résultat ne se fait guère attendre : il pleut des buvards chargés sur le monde ! Jusqu’à ce qu’apparaisse le Numineux, molécule qui décuple le sentiment du divin, enracine une foi inébranlable chez son consommateur tout en provoquant crises mystiques et hallucinations extrêmes — un produit aux mains d’une nouvelle église qui en fait son sacrement, répand sa bombe neurochimique à travers tout Toronto et pourrait bien lâcher sur le monde des légions de fanatiques... à moins que Lyda Rose, qui a contribué à l’élaboration du Numineux au sein de sa propre start-up, ne réagisse et ne se mette en quête des secrets de L’Église du Dieu Hologrammatique... Rien moins qu’un chemin de croix, en somme, dont la première des stations consistera à s’échapper de l’asile psychiatrique dans lequel elle est enfermée...

     Après L’Éducation de Stony Mayhall puis Nous allons tous très bien, merci, lauréat des prix Shirley Jackson et World Fantasy en 2015, Afterparty, techno-thriller frénétique et iconoclaste, est la nouvelle bombe littéraire concoctée par Daryl Gregory.

     « Malin, drôle, rythmé, et plus qu’un peu terrifiant. »
Kim Stanley Robinson

Critiques
     « Dieu existe, je me Le suis injecté. » Ce credo pourrait résumer le sujet du roman de Daryl Gregory. Dans un futur proche, des start-ups de biochimie rivalisent d’imagination pour mettre sur le marché de nouvelles drogues récréatives et de nouveaux médicaments. Grâce à la chemjet, une espèce d’imprimante 3D de la chimie organique, n’importe quel geek peut produire n’importe quelle molécule dans son garage.
     Lyda, ancienne neurologue, sort de l’hôpital psychiatrique. Depuis qu’elle a accidentellement pris l’un de ses produits, baptisé le Numineux, elle est prisonnière d’une crise mystique : comme ses anciens collègues, elle est en permanence accompagnée par une figure divine qui lui parle et la conseille : Gloria, un mélange d’archange et de psychanalyste. Et voilà que le Numineux se répand dans les rues. Lyda, qui en connaît les effets dévastateurs, se lance à la recherche des fournisseurs, accompagnée par une ancienne patiente de son asile, une ex-barbouze paranoïaque. Et par Gloria.

     Les péripéties vont s’enchaîner, le trio tentant de survivre entre mafias arméniennes, tueurs à gages psychopathes et corporates retors. On est dans un univers légèrement futuriste qui a assimilé les aspects les plus intéressants du cyberpunk mais qui en délaisse tout le clinquant et le tape-à-l’œil. La trame d’Afterparty est celle d’un techno-thriller classique, mais le traitement des personnages et le style montrent tout le talent et l’originalité de Daryl Gregory. L’écriture est vive et rythmée, les dialogues claquent et bien que l’univers du roman soit assez sombre, le ton est drôle, enlevé et mordant. L’auteur possède aussi une véritable maîtrise des scènes d’action, comme le prouve l’haletante course-poursuite qui s’étend sur plus de vingt pages au milieu du roman.

     Centré sur le personnage de Lyda, Afterparty est le beau portrait d’une femme qui a été traumatisée, qui se sait aux frontières de la folie, mais qui reste combative et altruiste. Elle est cependant d’une lucidité pleine d’autodérision vis-à-vis de sa condition mentale et de sa situation sociale. Les personnages qui gravitent autour d’elle bénéficient également de toute l’attention de l’auteur. Comme dans ses précédents romans, il dépeint des êtres abimés et marginalisés. Ils sont tous junkies, schizophrènes, paranoïaques, traumatisés... et Daryl Gregory les traite avec une tendresse délicate, à la fois respectueuse et pleine d’humour, d’une manière touchante parce que réaliste mais sans aucun misérabilisme. L’un des protagonistes déclare, à propos de l’amie imaginaire qui habite son psychisme détraqué : « C’est pas parce qu’elle est imaginaire qu’elle n’est pas réelle », et cette phrase illustre très bien la façon dont l’auteur donne vie à ses personnages.

     Dépeindre la religion comme si c’était l’effet d’une drogue n’est pas nouveau dans la science-fiction (on pense par exemple à La Cité au bord du gouffre de Reynolds) mais Gregory va plus loin et traite la croyance mystique moins comme un trip de drogué que comme la construction d’un cerveau malade, le résultat d’une lésion cérébrale. Le roman offre alors d’intéressantes incursions dans le domaine de la neurologie. On est moins dans « la religion est l’opium du peuple » de Karl Marx que dans Et l’homme créa des dieux de Pascal Boyer. Lyda peut ainsi dire à Gloria, son amie imaginaire, ange gardien et psychanalyste à la fois : « Tu n’es pas un dieu, tu es un symptôme. »

     Roman passionnant sur le fond, d’une écriture vive et efficace, galerie de personnages complexes et touchants, Afterparty confirme le talent et la maîtrise de Daryl Gregory.


Jean-François SEIGNOL (lui écrire)
Première parution : 2/5/2017 nooSFere


     Lyda Rose est passée à deux doigts du succès. Il y a quelques années, au sein de la start-up de bio-ingénierie qu’elle a créée, elle a contribué à la mise au point d’un produit aux résultats prometteurs pour soigner la schizophrénie, et réussi à convaincre un grand laboratoire pharmaceutique de sortir son épais portefeuille pour investir dans ses recherches. Un conte de fée capitaliste qui a viré au cauchemar lorsque sont apparus les effets secondaires initiaux du produit en question, et que Lyda en a été l’une des premières victimes. Elle a alors tout perdu : son avenir radieux, la femme qu’elle aimait, son enfant. Elle y a en revanche gagné une présence permanente qui l’a conduite tout droit en hôpital psychiatrique. Car le Numineux a pour particularité de vous faire rencontrer Dieu, ou du moins l’idée que vous vous en faites, et d’imposer en permanence à vos côtés cette présence divine dont vous seul êtes conscient. L’expérience enterrée, Lyda a fini par se faire à son sort, jusqu’au jour où le Numineux refait surface, dans la banlieue de Toronto, entre les mains d’une nouvelle église dont les fidèles semblent bien moins armés qu’elle pour faire face à cette révélation.

     Dans le futur proche que décrit Daryl Gregory, le Numineux n’est qu’une parmi d’innombrables drogues de synthèse ayant fait leur apparition, capables de transformer un paisible éleveur de bétail nain en impitoyable tueur ou de faire d’une fête estudiantine une gigantesque partouze gay. Avec une imprimante 3D et un peu d’imagination, tout est possible. Mais c’est avant tout sur les effets du Numineux que se focalise l’auteur, ses effets et les interrogations qu’il suscite. La question de la foi, de la spiritualité, est au cœur du roman, non seulement à travers le personnage de Lyda Rose, consciente de l’aspect artificiel de ce qu’elle ressent en son for intérieur et pourtant incapable de s’en passer, mais aussi à travers ce que d’autres vivent au quotidien, de ce jeune paumé persuadé que son esprit se trouve enfermé dans un minuscule coffre au trésor qu’il porte au tour du cou, à cet autre dont la personnalité s’est entièrement effacée pour ne plus être que l’hôte de la divinité qu’il porte en lui. Les lignes de réflexion que lance Gregory rejoignent celles qu’abordait déjà Greg Egan il y a vingt ans dans des nouvelles comme « Orbites instables dans la sphère des illusions » ou « Paille au vent », et elles n’ont rien perdu de leur pertinence.

     Sur la forme, Afterparty a des allures de course poursuite pas vraiment frénétique, tant son objet premier semble plutôt être de passer le plus de temps possible en compagnie de ses personnages, d’entrer dans leur intimité et de faire ressentir au lecteur tant leur désarroi que leurs espoirs. Comme dans ses précédents romans, Daryl Gregory met en scène des individus que la vie n’a certes pas épargnés, mais qui n’en sont jamais sortis brisés, qui ont gardé au fond d’eux même cette étincelle que les événements qu’ils traversent vont raviver. Plus encore que de l’empathie, c’est avant tout de la sympathie que l’on ressent pour eux, sentiment qui achève de faire d’Afterparty une lecture on ne peut plus réjouissante.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/1/2017 dans Bifrost 85
Mise en ligne le : 21/11/2022

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