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L'Inclinaison

Christopher PRIEST

Titre original : The Gradual, 2016
Première parution : Londres, Royaume-Uni : Gollancz, 15 septembre 2016
Cycle : L'Archipel du rêve  vol. 5

Traduction de Jacques COLLIN
Illustration de Aurélien POLICE

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre
Dépôt légal : octobre 2016
Première édition
Roman, 400 pages, catégorie / prix : 23,00 €
ISBN : 978-2-207-13390-3
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org
Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture
     Compositeur de musique renommé, Alesandro Sussken est né dans un pays en guerre, clos, dirigé par une impitoyable junte militaire. Parti au front, son frère Jacj n'est jamais revenu. Un jour, on propose à Alesandro une tournée de neuf semaines dans certaines îles de l'Archipel du Rêve, dont la volcanique Temmil, sur laquelle vit And Ante, un guitariste de rock qu'Alesandro considère comme un plagiaire éhonté.
     Cette tournée, aux distorsions temporelles incompréhensibles, va changer la vie d'Alesandro d'une façon inattendue. Il va tout perdre : sa femme, ses parents, sa liberté. Pour comprendre sa descente aux enfers, il n'aura pas d'autre solution que de retourner dans cet Archipel du Rêve, aussi séduisant que dangereux...
 
     Avec ce langoureux roman sur le thème du double et la nature graduelle du temps, Christopher Priest prouve une fois de plus sa maestria littéraire.
 
     Christopher Priest a connu un succès mondial avec Le Prestige, adapté au cinéma par Christopher Nolan. Il est aussi l’auteur du classique de science-fiction Le Monde inverti.
Critiques

     Ceci est l’histoire d’une vie, et de ses errances à travers le temps. Le narrateur, Alesandro Sussken, originaire de Glaund, est le cadet d’une famille de musiciens. Alors que, suite à une guerre qui s’éternise contre le Faianland, son frère aîné Jacj, jamais démobilisé, cesse de donner des nouvelles, Alesandro devient un compositeur à la renommée grandissante. Sa source d’inspiration lui vient de trois îles de l’Archipel du Rêve visibles au loin, inaccessibles non seulement à la connaissance en l’absence de carte (en raison, dit-on, d’anomalies gravitationnelles), mais interdites aux continentaux par la junte militaire de l’impitoyable Madame, la généralissima Flaauran. Une certaine porosité culturelle existe toutefois, puisque Sussken se procure L’Aviateur perdu, l’album d’un rocker, And Ante, qui a médiocrement plagié sa musique. Mais voilà qu’une tournée où musiciens, compositeurs et chefs d’orchestre sont invités à donner des concerts sur quelques-unes des innombrables îles fournit l’occasion de visiter l’Archipel. Si les autochtones sont avenants, la bureaucratie est pesante et pointilleuse : les voyageurs sont sommés de présenter à chaque escale leur visa ainsi qu’une barre dont il faut ne jamais se séparer, un cylindre de bois poli serti de fins tracés indiquant parcours effectué et durée du séjour, réactualisé par les contrôleurs.

     Au terme de neuf semaines enchanteresses ayant inspiré des œuvres à venir, séjour encore agrémenté par une brève liaison avec une pianiste, Sussken connaît, comme les autres, un retour traumatisant : plusieurs années se sont écoulées à Glaund. Ses parents sont décédés, sa femme l’a quitté, lasse de n’avoir jamais reçu de ses nouvelles, qu’il a pourtant régulièrement adressées. Aucune explication n’est donnée aux voyageurs qui ignoraient tout des distorsions temporelles entre les îles. Ils avaient bien constaté le double affichage horaire dans les cabines à bord des navires, sans y attacher plus d’importance, comme ils avaient remarqué les énigmatiques désœuvrés qui hantent les abords des bureaux d’enregistrement – sans comprendre leur rôle.

     Fuyant un présent devenu étouffant, Alesandro n’a d’autre choix que de reprendre clandestinement la route des îles et de frayer avec ces adeptes qui traînent dans les ports, couteau au poignet, proposant contre rémunération de rétablir les écarts de graduel pour effacer un incrément ou un détriment, en gravant de nouveaux traits sur la barre et en imposant au voyageur des tours et des détours incompréhensibles avant tout nouvel embarquement.

     Le familier de Priest aura compris qu’il s’agit d’une nouvelle incursion dans « L’Archipel du Rêve », riche de nombreux motifs renvoyant aux œuvres précédentes, à L’Adjacent comme aux Insulaires (critiques in Bifrost 78 et 72) lorsque sont nommés des personnes et des lieux, fascinants effets de moirage avec de constants dédoublements et répétitions qui déconcertent tout en induisant une forme de familiarité.

     Mais il s’agit moins ici de découvrir des aspects étonnants de quelques îles de l’Archipel que d’effectuer un troublant voyage à travers les multiples formes du temps. Ce n’est probablement pas pour rien que le patronyme du narrateur est déformé en Suskind, du nom d’un physicien en mécanique quantique, ni que le nombre de chapitres, 79, avoisine la durée moyenne d’une vie. Tout le monde vit sur plusieurs lignes temporelles à la fois : elles se trouvent ici spatialisées dans la complexe géographie de l’Archipel, tant chez Priest chaque intrigue se résout par le voyage, lequel s’inscrit avant tout dans une durée (comme le rappelle la célèbre première phrase du Monde inverti : « J’avais atteint l’âge de mille kilomètres. ») L’Archipel devient ainsi une lecture onirique de la réalité, forcément mouvante et plurielle, où s’aventure le narrateur en quête de sens : « Je ne voyageais que pour mettre de la distance derrière moi, pour gagner sur la distance qui restait à parcourir. Distance et temps : le temps absolu, le temps de bateau, mon temps. »

     C’est en même temps une réflexion sur la création artistique, qui aborde les aléas de l’inspiration, le problème de l’interprétation, mais aussi du plagiat (plagie-t-on par admiration ?), les rapports avec la chaîne de production, le leurre des travaux de commande laissant officiellement toute latitude à l’auteur pour s’exprimer, l’ambiguïté des motifs de reconnaissance par le public. Comme en témoigne ce récit aux fluctuants contours autobiographiques, l’Archipel du Rêve est le territoire où Priest puise son inspiration mais aussi son identité, les îles formant « un modèle, un schéma, une structure (…) qui, tout en ayant leur existence propre et distincte, composaient un ensemble. »

     C’est cet espace fragmenté, diffracté, qui, une fois de plus, séduit et fascine, à la façon d’un kaléidoscope dont on ne finit pas d’admirer les images. De livre en livre, Priest ne cesse de surprendre et de donner à méditer.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2017 dans Bifrost 85
Mise en ligne le : 22/11/2022


     Dans le monde de l’archipel du rêve, Sandro Sussken est un musicien et compositeur disposant d’une certaine renommée. Il habite Glaund, un pays sous l’emprise d’une dictature militaire, située sur le continent. Mais ses compositions sont inspirées par les îles qu’il aperçoit parfois depuis la côte, îles aux noms dissimulées par la dictature qui livre quelque part parmi elles une guerre sans fin. Aussi, lorsqu’on propose à Sandro une grande tournée qui parcourra les îles pendant neuf semaines pour jouer certaines de ses œuvres, il ne peut qu’accepter d’y participer pour découvrir ces territoires qui le font rêver. Mais lorsqu’il revient de cette tournée, plusieurs mois ont passé dans son pays natal, ses parents sont morts, sa compagne, n’ayant reçu aucune nouvelle, l’a quitté.

     Avec l’Inclinaison, Christopher Priest revient au décor de ses deux derniers ouvrages (les Insulaires et l’Adjacent), l’archipel du rêve, pour explorer l’un des mystères de ces îles : l’écoulement du temps. Commençant comme le récit simple d’un jeune homme passionné par la musique, le roman se complexifie au fur et à mesure que la vie du narrateur bascule dans l’incompréhension de ce qui lui arrive. Alors que sa vie est au plus bas (ses parents sont morts en son absence, sa femme l’a quitté, la dictatrice lui commande une œuvre à l’opposé de son travail), sa fuite dans les îles, comme une renaissance, lui donne un sens nouveau. Réflexion sur l’art et le temps qui s’écoule (sa relation avec son plagieur, And Ante, est doublement intéressante), ce roman est une occasion de plus pour Christopher Priest pour s’interroger sur le fonctionnement des êtres humains. La technologie ne le concerne pas, il n’écrit pas pour expliquer par quel mécanisme le temps s’écoule différemment d’une île à l’autre, mais ce n’est pas grave, nous ne sommes pas là pour cela, nous sommes là pour voir ces personnages malmenés par le temps vivre malgré tout, pour nous perdre avec eux dans ce monde incompréhensible. Cela semble peu, mais c’est suffisant pour rendre le récit passionnant, comme souvent chez Priest.

René-Marc DOLHEN
Première parution : 7/12/2016 nooSFere

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