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Traverser la ville

Robert SILVERBERG

Titre original : Getting Across, 1973
Première parution : États-Unis, New York : Trident Press / Simon & Schuster, dans l'anthologie Future City composée par Roger Elwood, 25 juillet 1973
Traduction de Jacques CHAMBON

LE PASSAGER CLANDESTIN (Neuvy-en-Champagne, France), coll. Dyschroniques
Dépôt légal : 4ème trimestre 2016, Achevé d'imprimer : septembre 2016
Nouvelle, 96 pages, catégorie / prix : 5 €
ISBN : 978-2-36935-061-3
Format : 11,0 x 17,0 cm
Genre : Science-Fiction

Design de couverture : Xavier Sebillotte.


Autres éditions
   in Trips, CALMANN-LÉVY, 1976
   in Les Jeux du Capricorne, FLAMMARION, 2002
   in Trips, J'AI LU, 1980
   in Trips, 1995
   in Les Jeux du Capricorne, 2005
   in Science-Fiction 1940-1980 : Quand les futurs d'hier rencontrent notre présent, PASSAGER CLANDESTIN (LE), 2022
   LE PASSAGER CLANDESTIN, 2022
   in Trips, POCKET, 1989

Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture
En 1973, Robert Silverberg imagine un grain de sable dans les rouages d'une ville-machine planétaire.
 
[Texte de l'éditeur]
 
Le monde n’est plus qu’une seule et gigantesque cité divisée en plusieurs millions de zones urbaines contigües. Chacune d’elles se veut autonome, politiquement indépendante et dotée d’un mode de vie propre. Toutes sont sous la surveillance de redoutables « policiers-robots » qui en contrôlent les frontières et expulsent où suppriment tous les indésirables. Ces différentes zones, qui ont entre elles des contacts limités et souvent hostiles, confient toutes leur maintenance et leur sécurité à un programme central. Et lorsque ce programme vital est dérobé, rien ne va plus. Comment faire sans système de contrôle climatique ? Comment gérer les tonnes d’ordures qui s’amoncèlent ? Comment remplacer les robots en panne ? Ce sont quelques-unes des questions que va devoir résoudre notre héros en mettant la main sur Silena Ruiz, l’auteure du vol, sa propre « femme-du-mois ». Au fil d’une course-poursuite qui l’entraîne, en migrant clandestin, de zone urbaine en zone urbaine, celui-ci va découvrir une pluralité de mondes et connaître peu à peu lui-même la tentation du chaos.

Dans cette fable où l’alliance inquiétante de la dépendance technologique (la ville-planète est une « smart city » bien avant l’heure) et du repli identitaire paraît ne pouvoir déboucher que sur le chaos annoncé, Silverberg s’empare du grand fantasme du village planétaire pour poser la question de l’habitabilité de la planète et de la possibilité de la coexistence de milliards d’être humains à l’ère des villes-machines du capitalisme.

Sommaire
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1 - (non mentionné), Synchronique du texte, pages 81 à 86, notes
Critiques

     « La collection “Dyschroniques” remet à l’honneur des textes anciens de grands noms de la SF, nouvelles ou novellas posant en leur temps les questions environnementales, politiques, sociales, ou économiques. Si certaines questions semblent moins d’actualité, d’autres, en revanche, sont devenues brûlantes et illustrent, hélas, la pertinence des craintes exprimées par les auteurs de SF. Chaque texte est suivi d’une biographie/bibliographie de l’auteur, d’un bref historique des parutions VO/VF, d’éléments de contexte, ainsi que de suggestions de lectures ou visionnages connexes. »

     A voté, d’Isaac Asimov, est un court texte à lire en ces temps d’élections américaines. Écrit en 1955, alors que les sondages d’opinion avaient déjà prouvé tant leur efficacité que leurs limites, et que la publicité politique commençait son œuvre débilitante, elle poussait au bout l’idée de l’échantillon représentatif, cher aux instituts de sondage, et la mixait avec les espoirs et craintes associés à la cybernétique et au développement des ordinateurs. Asimov y imagine un monde à venir (2008, pour info) dans lequel la démocratie a été « améliorée ». Au lieu de convoquer à intervalles réguliers des dizaines de millions de citoyens pour voter – seul le grand-père se souvient de cette époque et radote dessus dans l’indifférence –, les USA s’en remettent à un seul « électeur » dont le profil permettra de désigner les élus idéaux pour toutes les fonctions politiques. Cet électeur, qui change chaque année et représente à lui seul l’américain-type, est désigné par l’ordinateur central Multivac (« qui gère les élections ainsi que bien d’autres choses »), grande responsabilité qui donne lieu à une grande excitation citoyenne. On y voit le fantasme fifties de l’ordinateur central tentaculaire et les inquiétudes légitimes devant les dérives en gestation de la démocratie élective – en 2007 Idiocracy l’avait moqué, Trump et consorts le confirment aujourd’hui. On y voit aussi l’attrition extrême d’un corps électoral ramené à un « électeur », qui interroge nos temps d’abstention massive et/ou de populisme affirmé dans ce que les politologues nomment la politique post-vérité. Intéressant bien que peu réaliste, le texte, néanmoins, est de qualité très moyenne. Jouant sur le mystère que présente ce mécanisme électoral pour le lecteur, il ne contient que peu d’intensité dramatique et met en scène un personnage falot que sa « responsabilité » émeut in fine.

     Traverser la ville, de Robert Silverberg, sort en 1973, un an seulement après le rapport Meadows qui exhortait à la fin de la croissance, onze ans après le Billennium de Ballard qui pointait les risques de la surpopulation, et deux ans après son Monades urbaines sur le même thème. Les années 50 et 60 connurent simultanément l’explosion démographique et l’urbanisation du monde ; c’est alors que naquit le concept, banal aujourd’hui, de mégalopole, qui liait les deux phénomènes. D’autre part, le monde était alors l’objet de forces contradictoires entre volonté de régulation globale et poussées nationalistes variées ; comme l’Europe aujourd’hui. C’est donc un monde surpeuplé, intégralement urbanisé mais politiquement fragmenté, que décrit Silverberg. Le centre est loin, la vie s’organise dans une myriade de districts (proches des comtés US) où vivent (plutôt mal) quelques centaines de milliers de citoyens. Les districts, entre spécialisation et standardisation, ont chacun leur propre organisation politique, leur composition sociologique, leur activité économique dominante. Chacun se méfie des autres, l’âge est aux frontières, tiens donc ! C’est dans ce contexte qu’une rebelle s’exfiltre du district de Ganfield en emportant le logiciel qui régule le fonctionnement de toutes les infrastructures ; un logiciel que personne ne sait remplacer (on est ici proche de « La Pompe six » de Bacigalupi). Dans un monde automatisé où la surpopulation impose une gestion quotidienne de la pénurie endémique et dont la complexité empêche tout contrôle humain, l’évènement est dramatique ; l’effondrement guette Ganfield. Menacé de lynchage par procuration, son mari-du-mois part à sa poursuite afin de récupérer le logiciel pour sauver sa communauté. Il traverse la ville et emmène le lecteur à sa suite, lui faisant visiter un petit bout d’un monde peu attirant. C’est à la fois un peu court et très bien vu.

     On notera, dans les deux textes, une vision peu valorisante de la femme. Autres temps…

Éric JENTILE
Première parution : 1/1/2017 dans Bifrost 85
Mise en ligne le : 22/11/2022

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