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Water Knife

Paolo BACIGALUPI

Titre original : The Water Knife, 2015
Première parution : Knopf, 26 mai 2015
Traduction de Sara DOKE
Illustration de Olivier FONTVIEILLE

AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France)
Dépôt légal : septembre 2016, Achevé d'imprimer : septembre 2016
Première édition
Roman, 496 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 979-10-30700-68-8
Format : 13,0 x 19,8 cm
Genre : Science-Fiction

Vernis sélectif sur la couverture.



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org
Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture
Nouvelle star de la SF américaine et mondiale, Paolo Bacigalupi est lauréat des prix Hugo, Campbell, Nebula, Locus et du Grand prix de l'Imaginaire pour son premier roman, La fille automate. Il vit dans l'Ouest du Colorado avec sa femme et son fils.
 
La guerre de l'or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l'eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d'une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane...
 
Quand l'eau est plus précieuse que l'or, une seule vérité régit le désert : un homme doit saigner pour qu'un homme boive.
 
« Un thriller intense et visionnaire sur le siècle qui vient, peint dans toute sa douleur et sa puissance. Un coup de couteau en plein cœur. » Kim Stanley Robinson
Critiques
     Sud-ouest des États-Unis, dans un futur proche. Le dérèglement climatique se traduit par une sécheresse endémique. Alors que l’état fédéral s’effondre face à la montée des égoïsmes locaux, que la Chine investit et s’implante de plus en plus dans des USA en voie de tiers-mondisation, que les réfugiés affluent du Mexique et du Texas desséchés, les états traversés par le Colorado se livrent une lutte sans pitié pour accaparer l’eau du fleuve aux dépens de leurs voisins.
     Trois personnages se retrouvent mêlés à une série de meurtres liés à d’anciens titres donnant des droits sur l’eau : Angel, ex-réfugié mexicain devenu le sbire cynique de la puissante Catherine Case, présidente du département de l’eau du sud-Nevada ; Maria, jeune orpheline qui tente de survivre en vendant de l’eau sur les chantiers malgré le racket de la pègre locale ; Lucy, journaliste indépendante et idéaliste qui chronique la lente agonie de Phoenix. À travers un roman construit comme un thriller sombre et violent, Paolo Bacigalupi peint le futur d’un monde incapable d’endiguer le changement climatique.

     Malgré l’intérêt du sujet sur le fond, ce roman ne convainc pas vraiment. Il y a d’abord un problème de rythme : tout à la description de son univers en déclin, l’auteur néglige de faire avancer l’action durant le premier tiers de l’ouvrage et ce n’est qu’à la cent-cinquantième page qu’on entre enfin dans le vif du sujet.
     De plus, une certaine impression de déjà-vu se dégage de l’ensemble. Aussi actuel soit-il, le thème d’un monde dévasté par la sécheresse n’est pas une nouveauté dans la littérature d’anticipation et les scènes de villes abandonnées, de privilégiés qui vivent sous des cloches climatisées ou de réfugiés dans des camps livrés à la rapacité des mafias ne surprendront pas les habitués du genre. Les protagonistes n’échappent pas eux non plus aux clichés : la brave journaliste indépendante, le mercenaire cynique mais qui finira par se laisser attendrir, la petite orpheline qui lutte courageusement pour préserver sa vie et sa vertu dans la jungle qu’est devenu le monde...
     Enfin, la construction du roman est plombée par un abus de recettes propres au thriller : cliffhanger quasi-systématique à la fin des chapitres, rotation régulière du personnage-point de vue, une certaine complaisance dans la description détaillée de violences, tortures et autres meurtres sadiques qui, à trop vouloir provoquer un frisson de dégoût chez le lecteur, finissent par engendrer une certaine gêne. On peut comprendre la volonté de l’auteur de montrer à quel niveau de barbarie est arrivée cette société du futur proche, mais on aurait apprécié un peu plus de subtilité dans les moyens employés. Le style laisse également à désirer. Sous prétexte de donner à entendre un parler réaliste, une langue de la rue, l’écriture est pauvre, le vocabulaire étique et les tournures de phrases sont parfois lourdes ou maladroites.

     Il faut pourtant reconnaître que, passé le long début, ça fonctionne efficacement. On avale les chapitres, on veut connaître le sort des personnages, le fin mot de l’intrigue, comme dans un bon page-turner basé sur des techniques éprouvées. Mais c’est aussi ça le problème pour le lecteur de science-fiction : en-dehors du cadre d’anticipation fortement marqué par les questions écologiques, ce roman n’est qu’un thriller où les protagonistes s’écharpent pour retrouver un McGuffin.

     On aurait bien eu envie d’aimer ce roman, tant le sujet qu’il traite et l’angle sous lequel il l’aborde sont essentiels, mais il faut reconnaître que le compte n’y est pas, que ça soit sur le rythme, l’intrigue ou l’univers. Les bons sentiments ne suffisent pas à faire les bons romans. Le propos mérite d’être quand même nuancé : ce n’est pas un mauvais roman non plus, juste un livre un peu convenu qui repose sur trop de recettes faciles. Mais La fille automate avait placé la barre tellement haut que ce nouveau Bacigalupi déçoit.


Jean-François SEIGNOL (lui écrire)
Première parution : 16/1/2017 nooSFere


     À Phoenix, Arizona, l’absence d’eau plonge la ville dans le chaos : on s’y déchire et on y trafique tandis que les Merry Perry venus convertir et prier le retour de la pluie plantent leurs tentes à proximité des pompes à eau de la Croix-Rouge/Amitié chinoise dont le prix est indexé sur le cours de l’eau en temps réel. Aux frontières des États voisins, des vigiles armés dissuadent en toute illégalité les Zoners de fuir chez eux, sachant que les États-Unis n’ont plus réellement les moyens de faire valoir leurs droits contre les groupes armés par les puissantes multinationales. Ambiance…

     Cette situation est due à la baisse du débit du fleuve Colorado et à sa surexploitation : la pollution a réduit la taille des glaciers où il prend naissance, la pluviométrie ne suffit plus à l’alimenter, les barrages se sont multipliés le long de ses rives, les autorisations de prélèvements n’ont pas été réactualisés, de sorte que l’eau ne parvient même plus à l’embouchure, au Mexique, et qu’elle manque un peu partout. Conséquence : les sociétés se livrent à une guerre pour le contrôle de l’eau, par la corruption et la coercition, interdisant des captages ou autorisant de nouveaux prélèvements en se fondant sur des traités oubliés, lesquels ont, selon la loi, la préséance de l’ancienneté. Catherine Case, richissime contrôleuse de l’eau du Nevada, n’hésite pas à détruire des stations de distribution avant que les complexes n’aient le temps de faire appel d’une décision de justice que la « Princesse » n’a emporté que de façon temporaire grâce aux manœuvres de ses avocats. Angel Velasquez est un de ces water knife, homme des basses besognes assuré de trouver plus tard une place dans les Cypress que Case fait construire, des paradis de verdure quasi autonomes qui recyclent eau et déchets en circuit fermé, accessibles aux seuls fortunés. Sa patronne l’envoie à Phoenix où des troubles laissent entendre qu’elle pourrait perdre le contrôle de la situation. Lucy Monroe, journaliste plus soucieuse de vérité que de sa sécurité, enquête de même sur le meurtre particulièrement atroce d’une connaissance censée détenir un secret propre à bouleverser la donne.

     Ce roman est à peine de la science-fiction : il fait le tour d’une situation bien réelle, la bataille de l’eau ayant depuis longtemps commencé dans les États concernés par l’eau du fleuve. Paolo Bacigalupi, qui vit dans le Colorado, n’hésite pas à intégrer ses sources dans le roman, comme le livre de Marc Reisner, devenu un film, Cadillac Desert, pourtant déjà daté de 1986.

     Sordide, violent, désespéré, ce thriller n’est pas seulement un page turner efficace. Ce cri de révolte contre l’avidité criminelle des multinationales et pour un partage équitable et mesuré de l’eau est avant tout incarné par des personnages bien campés : Bacigalupi a accordé à tous la même attention, ce qui donne de l’épaisseur à une intrigue qui paraîtrait autrement convenue. Au fil des rebondissements, Angel et Lucy, les principaux protagonistes, se révèlent toujours plus complexes. Il est impossible d’oublier les beaux portraits de Maria, la petite marchande d’eau rackettée par les truands locaux, qui héberge une amie prostituée persuadée de convoler un jour avec un habitant de Cypress, ni celui de Toomie, le vendeur de pupusas, qui a fait de la neutralité son sauf-conduit. Au-delà du réquisitoire, le récit est avant tout un roman psychologique parfaitement maîtrisé, axé sur la culpabilité, où les individus confrontent leurs aspirations légitimes et leur désir de survie face à un drame écologique collectif qui les dépasse. Peur, trahison, indifférence, résignation sont les miroirs que présente Bacigalupi, qui interpelle sur le comportement des sociétés et celui de tout un chacun face à l’inaction. Bref, un thriller à la mécanique précise, qui maintient jusqu’à la dernière page un suspense confirmant la maîtrise narrative de l’auteur. Implacable.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2017 dans Bifrost 85
Mise en ligne le : 22/11/2022

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