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Le Nécrophile

Gabrielle WITTKOP




Régine DEFORGES , coll. La Bibliothèque noire
Dépôt légal : 1972
168 pages, catégorie / prix : 27,50 F
ISBN : nd   

Le roman est suivi d'une étude de J.-L. Degaudenzi non créditée sur la couv de cette édition.



    Quatrième de couverture    
Pas de texte sur la quatrième de couverture.
 
    Critiques    

     Il est arrivé à ce roman la même mésaventure qu'au dernier roman d'Henri de Montherlant, Un assassin est mon maître : la postface (de Jean Delay pour Montherlant) passionne plus que le texte. Dans une étude, Jean-Louis Degaudenzi recense les manifestations de la nécrophilie à travers l'histoire, rapporte les cas les plus célèbres (Ardisson, le sergent Benoît), tente de dégager les significations de cette perversion. Assortie de références et d'une bibliographie imposante, l'étude prend aussi la forme d'un plaidoyer : Degaudenzi, comme il le fit en reconstituant la vraie figure de Dracula 1, invite à reconsidérer, à travers les êtres monstrueux, les rapports que l'homme entretient avec la mort. Le propos, dans un cas et dans l'autre, serait plus percutant si le style était moins ampoulé.
     Le roman de Gabrielle Wittkop apparaît comme un développement de cette postface, qu'on lise celle-ci avant ou après. Le héros manifeste une très grande lucidité devant sa passion et expose des réflexions proches de celles de l'analyste. De leur côté, les rencontres qu'il fait avec d'autres nécrophiles illustrent les diverses formes de cette perversion ; leur abondance passe la vraisemblance, mais leur nombre compose une sorte de catalogue qui corrobore les anecdotes rapportées par Degaudenzi.
     L'auteur a adopté la forme du journal et livre donc la conscience du héros. Cette forme permet d'isoler les moments où le héros satisfait sa passion — sans souci de l'évolution, les dates maintenant une chronologie fictive — et de réduire les éléments extérieurs pour concentrer l'attention sur les aspects particuliers de la nécrophilie. Gabrielle Wittkop insiste sur les détails macabres comme la putréfaction, qui présentent pour le lecteur le côté le plus déroutant de cette activité érotique, et le plus repoussant, mais qui forment pour le nécrophile un composant spécifique.
     Le récit linéaire restreint la biographie aux moments de plaisir ; il s'achemine sans grande rigueur vers un dénouement qui fait fusionner l'extase et le destin. Le style, qui relève de la production érotique contemporaine et qui révèle trop d'application pour être qualifié de pur, marque par ses limites Ses limites de l'ouvrage : la littérature nuit au sujet ; les rapports médicaux sur Ardisson ou Benoît effraient autrement et bien plus fortement. Le moule et les procédés du roman d'analyse ne peuvent à eux seuls rendre compte de la monstruosité et ramènent la perversion à l'exercice d'une fantaisie.
     Bien qu'il ne contienne en soi aucun élément proprement fantastique, ce roman d'horreur appartient à ce domaine. Il se rattache à la littérature « noire » anglaise et à la littérature fin de siècle où abondent les nécrophiles et les scènes nécrophiliques. Par son contenu, il est une investigation de l'homme. Accompagné par la réédition de Madame Putiphar de Pétrus Borel, Le nécrophile a ouvert une nouvelle collection, publiée sous une couverture bien choisie par Régine Deforges : « La Bibliothèque Noire ». Même s'il ne fait qu'exciter par ses insuffisances l'appétit de l'imagination, c'est un livre qui méritait d'être signalé.

Notes :

1. Midi-Minuit Fantastique n° 24.


Alain GARSAULT
Première parution : 1/3/1973 dans Fiction 231
Mise en ligne le : 19/3/2018


 

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