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L'Arithmétique terrible de la misère

Catherine DUFOUR

Première parution : Saint-Mammès, France : Le Bélial', 10 septembre 2020

Illustration de Philippe CAZA

BÉLIAL' (Saint-Mammès, France)
Date de parution : 10 septembre 2020
Dépôt légal : septembre 2020, Achevé d'imprimer : août 2020
Première édition
Recueil de nouvelles, 384 pages, catégorie / prix : 19,90 €
ISBN : 978-2-84344-968-0
Format : 14,0 x 20,3 cm
Genre : Science-Fiction

Le dépôt légal est indiqué "à parution" (10 septembre 2020). Existe aussi au format numérique (ISBN : 978-2-38163-010-6), au prix de 9.99 €.
Entre les différentes nouvelles, on trouve "Glamourissime !", une ou deux page(s) présentant des publicités ou extraits de presse servant de fil rouge à ce recueil.



Quatrième de couverture

Et si, après plus d’un siècle de vie, vous vous retrouviez dans un corps tout juste sorti de l’adolescence ?
Et si, en guise de petit boulot, le huitième cumulé depuis le début du mois, on vous proposait enfin un vrai job : mourir ?
Et si, finalement, votre meilleur ami était ce machin bizarre aux allures de R2-D2 laissé par votre coloc’ dans l’appartement ?
Et si vous n’étiez pas vous, mais le clone de vous ?
Et si Patrick Bateman était… une femme ?
Et si l’Intelligence Artificielle avait déjà gagné ?
En dix-sept récits comme autant de coups de couteau, Catherine Dufour esquisse les contours d’un futur qui ne parle que de nous-mêmes, la place qu’on y prendra et, de fait, la manière dont il nous traitera. Une science-fiction radicale, à l’os, à en faire mal parfois, souvent à en rire, à en pleurer toujours — de joie comme de tristesse.

Née en 1966, Catherine Dufour a publié une dizaine de romans, dont Le Goût de l’immortalité, lauréat du prix Rosny Aîné, du prix du Lundi, du prix Bob Morane 2006 et du Grand Prix de l’Imaginaire 2007. Elle est considérée comme l’un des fers de lance de cette SF française contemporaine engagée et frontale. Ses nouvelles ont fait l’objet de deux recueils, L’Accroissement mathématique du plaisir et L’Arithmétique terrible de la misère, tous deux aux éditions du Bélial’.

« Tel est ce recueil : un contre-poison à l’infobésité.
L’avers du divertir : subvertir. »
ALAIN DAMASIO

Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Olivier GIRARD, Un mot de l'éditeur, pages 13 à 13, introduction
2 - Alain DAMASIO, Préface, pages 15 à 25, préface
3 - Glamourissime ! 20 mai 2040, pages 29 à 32, nouvelle
4 - L'Arithmétique de la misère, pages 37 à 63, nouvelle
5 - Oreille amère, pages 69 à 82, nouvelle
6 - Une fatwa de mousse de tramway, pages 89 à 105, nouvelle
7 - WeSiP, pages 111 à 115, nouvelle
8 - La Mer monte dans la gamelle du chat, pages 121 à 125, nouvelle
9 - Tate Moon, pages 131 à 139, nouvelle
10 - Sans retour et sans nous, pages 145 à 162, nouvelle
11 - Bobbidi-Boo, pages 169 à 181, nouvelle
12 - Sensations en sous-sol, pages 187 à 196, nouvelle
13 - Pâles mâles, pages 203 à 219, nouvelle
14 - Enemy Isinme, pages 225 à 231, nouvelle
15 - En noir et blanc et en silence, pages 237 à 246, nouvelle
16 - Un temps chaud et lourd comme une paire de seins, pages 251 à 271, nouvelle
17 - La Tête raclant la lune, pages 275 à 287, nouvelle
18 - La Vie sexuelle d'Alfred de M., pages 293 à 319, nouvelle
19 - Coucou les filles, pages 325 à 366, nouvelle
20 - Alain SPRAUEL, Bibliographie des œuvres de Catherine Dufour, pages 369 à 380, bibliographie
Critiques

Lorsque je tourne la couverture de L'arithmétique terrible de la misère, je n'ai je crois encore lu aucune fiction de Catherine Dufour. Je dois cependant au club d'adeptes de science-fiction local de connaître une partie de sa bibliographie. Je la connais aussi pour avoir écouté avec intérêt ses interventions aux Utopiales à Nantes depuis quelques années, et sur France Culture ou sur Radio Cause Commune. Je sais qu'on peut la lire régulièrement dans le Monde Diplo ou chez Libé. Et surtout j'ai lu avec grand plaisir sa biographie de Ada Lovelace. J'ai apprécié l'important travail de documentation, le style limpide et l'humour bienvenu. J'ai souri lorsqu'elle fait mention du très drôle et très documenté travail de Sydney Padua. Et j'ai été scotché qu'elle fournisse le lien vers un long article de Stephen Wolfram qui figurait déjà, et qui figure toujours d'ailleurs, dans la trop longue liste des articles qu'il me faut lire encore pour tenter d'assouvir une insatiable soif de connaissances éclectiques.

C'est donc avec curiosité mais sans aucune crainte que je me plonge dans cet ouvrage. Le livre est sorti au mois d'octobre 2020 et il s'agit du deuxième recueil de l'autrice au Bélial'. La couverture de Caza est dans la même ligne que celle du précédent opus que j'ai déjà failli acheter plus d'une fois, remettant toujours l'acte à plus tard. L'ouvrage est préfacé par Alain Damasio et se termine avec une bibliographie d'Alain Sprauel. Autant de beau monde réunit autour d'une quinzaine de nouvelles, voilà qui est prometteur.

À l'intérieur l'ouvrage présente deux particularités. D'abord celle de proposer plusieurs « short short » dans l'interstice de deux nouvelles. Toutes sont basées sur l'idée de pouvoir revivre des séquences émotionnelles passées, un thème développé par Ken Liu (qu'elle cite) dans L'homme qui mit fin à l'histoire. Elles sont l'émanation du groupe Zanzibar auquel participe Catherine Dufour. À moins que ce ne soit le travail de cette dernière au sein du groupe ? Je ne connais pas assez leurs travaux et je n'ai pas trouvé de réponse exacte dans le volume.

Deuxième bizarrerie, les deux textes relégués en fin d'ouvrage dans un appendice intitulé « ceci n'est pas de la science-fiction ». Le procédé peut surprendre mais cette incise de littérature prétendument blanche, et plutôt très noire, ressemble tout à fait à Catherine Dufour qui a à cœur d'explorer dans tous ses récits les travers de la société et ses rapports de force, qu'ils soient du présent ou du passé, qu'ils se placent dans un univers d'héroic-fantasy, dans la plus contemporaine de nos campagnes ou dans les villes surpeuplées de demain. Et particulièrement la place de la femme.

Or cet appendice contient précisément deux textes qui explorent cela. Je ne sais si le premier, La vie sexuelle d'Alfred de M., se veut une introduction à son Lorenzaccio ou si l'autrice a éprouvé le besoin de revenir sur le sujet. Toujours est-il qu'il relate toutes les humeurs et les sentiments les plus égotiques et sexistes d'une époque et d'un territoire ; l'Europe. Et si le récit détaille les atermoiements, le phallocentrisme de Musset, la conclusion ne manque pas d'élargir l'horizon. Très loin. Coucou les filles est au contraire une sorte de huis clos dans l'esprit d'une femme fortement rivée à notre époque. Une note d'intention l'accompagne pour expliquer la raison de cette fiction misandrique. Et si je suis d'accord avec Catherine Dufour pour dire qu'il est intéressant qu'un tel texte existe, j'ai en revanche l'impression qu'elle manque son coup et que la misandrie recherchée se noie dans les pensées perturbées d'un personnage réduite à un cas clinique plutôt qu'à un portrait en miroir du misanthrope.

Le reste des textes est un tour de la société de demain, de ce soir même. Telle nouvelle nous installe dans une France qui est presque déjà la nôtre, sur la route des sans-papiers. Telle autre nous dévoile la face la plus sordide de micro-travail (mais en existe-t-il une acceptable ?), et d'autres interrogent notre rapport aux machines. Toutes nous exposent à la violence, à la place des femmes, des étrangers ou des marginaux, mais sans jamais aucun misérabilisme. En fait, dès la nouvelle qui donne son titre au recueil, je repense à l'ouvrage Au Réveil il était midi de Claude Ecken ; même constat sans pathos de notre société, même angle de vue optimiste malgré les sujets abordés.

Enfin, il faut noter l'humour à peu près omniprésent qui traverse les textes de Catherine Dufour comme ses discours. Un humour qui glisse de l'ironie pure au constat rageur, avec des formules simples, goguenardes ou « coupantes » comme le souligne Damasio dans sa préface. Un humour à la manière de Samuel Vimaire lorsqu'il s'interroge, bouillonnant ou faussement naïf, sur une société apparemment très éloignée mais pas si différente de la notre sur bien des points.

Pour qui voudrait l'enfermer dans des cases, L'arithmétique terrible de la misère appartiendrait à cette branche de la science-fiction que l'on pourrait qualifier de fiction spéculative franchement ancrée à gauche, si cela a encore un sens aujourd'hui. Mais le recueil se rit des cases, aussi bien dans la forme que dans le fond, et ces nouvelles prêtent simplement à réfléchir, à rire, à grincer des dents et à avoir mal. Le propre de toute bonne littérature.

 

David SOULAYROL
Première parution : 4/5/2021 nooSFere

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