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Utopie radicale

Alice CARABÉDIAN

Première parution : Paris, France : Seuil, 11 mars 2022

Illustration de Alice CARABÉDIAN

SEUIL (Paris, France)
Date de parution : 11 mars 2022
Dépôt légal : mars 2022, Achevé d'imprimer : mars 2022
Première édition
Essai, 160 pages, catégorie / prix : 17 €
ISBN : 978-2-02-149682-6
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction

Sous-titré "Par-delà l'imaginaire des cabanes et des ruines".



Quatrième de couverture

Des événements qui, il y a peu, relevaient de l'improbable, de scénarios du pire, ou de la dystopie, sont désormais notre quotidien. La science-fiction est devenue notre réalité. Nous vivons dans un chaos qui s'intensifie même si, ici ou là, fleurissent sur les ruines du capitalisme des utopies concrètes, localistes et réalisables, des cabanes et des refuges. Mais ces utopies ne sont-elles pas souvent concédées, dans les marges, par ceux-là mêmes qui promettent la colonisation de l'espace et les cités autosuffisantes pour milliardaires ?

Il y a urgence à revendiquer des lieux où se déploieraient en totale liberté nos imaginaires. L'utopie radicale peut répondre à l'extrémité des désastres actuels et à venir. Nous pouvons et devons rêver de technologies et de rencontres intergalactiques émancipatrices et ne pas laisser ce pouvoir aux seuls capitaines des vaisseaux capitalistes.

Face à la catastrophe, oserons-nous rêver d'autres mondes ?

Utopiste des grands chemins, diplômée de lettres modernes et docteure en philosophie politique, Alice Carabédian travaille à une reconceptualisation de l'utopie politique au sein de la science-fiction contemporaine.
Ses recherches sont polymorphes et tissent des liens avec des artistes, chercheur·e·s, auteur·e·s, militant·e·s.

Critiques

« Se faire insulter et traiter d’utopiste aujourd’hui comme hier est sûrement le plus beau compliment qu’on puisse faire à quelqu’un qui souhaiterait agir sur le réel et le transformer pour plus d’égalité et de justice » (p. 48)

Docteure en philosophie politique avec une thèse consacrée à l’imaginaire politique dans le cycle de la Culture du regretté Iain Banks, Alice Carabédian explore dans cet ouvrage la possibilité de l’utopie dans la science-fiction moderne. L’autrice part d’un constat simple : les récits de science-fiction dont le contenu politique est le plus évident sont très majoritairement des dystopies. Seules quelques œuvres développent des utopies, et celles-ci, par réaction aux dystopies utilisant le progrès technologique, font souvent la part belle à l’abandon de la technologie, au retour à un mode de vie plus simple réservé aux happy few ayant survécu à l’effondrement du système. Or, selon l’autrice, il doit y avoir la place dans la science-fiction pour des utopies technologiques, utilisant pleinement les outils du genre pour explorer d’autre types d’organisation, par exemple comme dans Les Dépossédés d’Ursula Le Guin ou dans le cycle de la Culture.

Partant des origines de l’utopie, c’est-à-dire l’œuvre de l’anglais Thomas More publiée en 1516, Alice Carabédian nous rappelle en quoi consiste une utopie : c’est « une société meilleure, plus juste, plus égalitaire, parfait contrepoint à notre société contemporaine » (p. 18), c’est un processus de transformation de réalité sociale ; mais c’est aussi un système dont le but n’est pas la perfection, perfection qui pourrait transformer l’utopie en dystopie ( Un Bonheur insoutenable d’Ira Levin est certainement le meilleur exemple de roman où une supposée utopie est en fait une dystopie).

Carabédian développe ensuite le concept d’ « étrangéisation cognitive » conceptualisé par Darko Suvin (un philosophe américain spécialiste de la science-fiction) : une possibilité offerte par la SF de penser les savoirs de manière radicalement différente à travers la fiction, prenant pour exemple l’œuvre de Becky Chambers qui détourne l’exploration spatiale et technologique habituelle de la science-fiction avec une approche contemporaine et positive.

L’autrice développe enfin ce qu’elle entend par utopie radicale : une transformation ne prenant pas en compte que les aspects de domination de classes, mais aussi les questions de genre et de race, prenant comme contre-exemple La Zone du dehors d’Alain Damasio où le peu de femmes représentées sont soit réduites à leurs fonctions traditionnelles (amante ou femme au foyer) soit collaboratrice du système.

A l’aide de quelques exemples aussi bien littéraires que cinématographiques, Alice Carabédian nous ouvre la possibilité d’une science-fiction positive, humaniste et pourtant totalement romanesque. Il est évidemment peu simple et forcément lapidaire de résumer un tel essai en trois paragraphes, mais Utopie radicale est un essai stimulant pour qui s’intéresse à la construction de la science-fiction et à son avenir. C’est aussi un ouvrage abordable, lisible par tout le monde, qui explicite clairement les concepts qu’il manie, évitant toute inintelligibilité, même si un découpage plus net du texte aurait pu être utile. On regrettera juste que certains sujets ne soient pas plus développés, tel que l’imaginaire des cabanes du sous-titre, que les œuvres ne soient pas plus décortiquées (notamment la Culture (je crois que j’ai terriblement envie de lire la thèse de doctorat de l’autrice…)) et surtout qu’une bibliographie ne soit pas fournie en fin d’ouvrage. Mais ce sont des défauts mineurs qui ne gâchent aucunement le grand intérêt d’Utopie radicale.

René-Marc DOLHEN
Première parution : 17/5/2022 nooSFere

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