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Triplanétaire

Edward Elmer "Doc" SMITH

Titre original : Triplanetary, 1948

Cycle : Fulgur vol.

Traduction de Richard CHOMET

ALBIN MICHEL (Paris, France), coll. SF (2ème série) n° 7
Dépôt légal : 4ème trimestre 1972
254 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 10,9 x 17,8 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Le premier « space opéra » vraiment à l'échelle du cosmos.
     Une épopée -la plus immense jamais conçue dans la science-fiction — qui s'étend sur des milliards d'années-lumières de distance et des milliards d'années de temps.
     Une vision fantastique de la science du futur, mais aussi un merveilleux et passionnant roman d'aventures.

     E.E.Smith, Ph.D.(chimie), d'où son surnom de « Doc », fut le premier auteur dont l'imagination vertigineuse fit sortir la science-fiction du cadre encore étroit du système solaire pour la projeter dans l'infini de l'univers stellaire.
 
    Critiques    
 
     Avec ce Triplanétaire, Jacques Bergier et Georges Gallet ont introduit dans leur collection « Science-Fiction » le space opera à l'état brut, je dirais même l'essence du space opera. Peu connu en France, E. E. Smith (dont le nom s'accompagne du sobriquet de « Doc ») est un de ces grands ancêtres du genre qu'on peut ranger dans le placard aux souvenirs à côté de Murray Leinster ou de Jack Williamson. De Smith, nous ne connaissions en France jusqu'alors que La curée des astres (The skylark of the sky), publié voici plus de quinze ans au Rayon Fantastique. C'était un roman qu'on peut classer dans la catégorie « pour enfants » et qu'il vaut mieux oublier.
     Mais E. E. Smith est surtout célèbre pour sa grande saga spatiotemporelle dont Triplanétaire (Triplanetary), écrit en 1934 et publié en volume dans une version révisée en 1950, est le premier maillon, mais qui comprend quatre autres volumes que nous verrons sortir successivement chez Albin Michel : First lensman, Galactic Patrol, Grey lensman et Second stage lensman. Cela nous promet bien du plaisir, et le signataire de ces lignes prévoit de revenir plus longuement sur cette série, une fois qu'elle sera éditée au complet.
     Pour l'instant, et à la lecture du seul premier épisode (qui peut naturellement se lire comme un roman autonome), on ne peut pas dire que le choc soit considérable ni l'intérêt fabuleux. Nous autres Français, nous avons le triste privilège d'absorber de la SF américaine avec trente ou quarante ans de retard, en même temps que les traductions des plus récentes recherches des nouvelles vagues. Il se produit donc un décalage difficilement reconvertible dans notre esprit, et il devient quasi impossible de juger avec le recul de l'objectivité la « vieille » SF, celle-ci pâtissant immanquablement de sa rencontre atemporelle avec des formes plus modernes.
     Je ne suis pourtant pas de ceux, mon cher Bertrand, qui crient haro sur le baudet ! Il est bon au contraire que nous puissions tout lire de l'âge d'or, ne serait-ce que pour satisfaire notre curiosité et pour être en règle avec l'historique du genre...
     Triplanétaire obéit avec fidélité à ce que nous considérons aujourd'hui comme des archétypes, mais qui à l'époque étaient sans doute des voies toutes neuves à explorer. Deux races extraplanétaires fabuleusement anciennes, les Arisians (humanoïdes et « bons », et les Eddoriens, multimorphes et « méchants ») se livrent depuis l'aube des temps un combat qui les amènent peu à peu dans les parages de la Terre. Celle-ci, de son côté, a suivi une évolution qui l'a conduite à une guerre nucléaire, puis à une renaissance de l'âge spatial qui voit les Trois Planètes (Terre, Mars et Vénus) affronter les Joviens. Mais ceci n'est que le cadre général du roman, lequel est plutôt centré sur la découverte par les Terriens du principe de la navigation interstellaire, qui conduit ceux-ci à un conflit sanglant et destructeur avec une autre race évoluée de notre galaxie, les Névians, sortes d'amphibiens parcourant l'espace à la recherche de fer et voulant naturellement s'en procurer sur notre monde.
     Autant dire que Triplanétaire n'est qu'une longue suite de poursuites interstellaires, d'abordages, d'enlèvements et de fuites, et surtout d'affrontements titanesques entre des armadas de vaisseaux munis de toutes les superarmes imaginables. « Cooper lança ses containers de gaz pénétrant ; Adlington, ses bombes atomiques au fer allotropique ; Spencer, ses projectiles perforants indestructibles et Dutton, ses fragiles containers de quintessence de corrosion.. » (p.182). Voilà un exemple du charabia science-fictionnesque que l'on trouve à longueur de lignes dans Triplanétaire, et il faut bien reconnaître que l'effet est plutôt lassant. E.E. Smith, malgré l'ampleur de son scénario, n'a guère de souffle au simple niveau du récit, et ses personnages ne sont guère plus que des marionnettes. Cet auteur ne possède ni la maniaquerie dans le détail qui caractérisait Leinster, ni les idées fulgurantes de Williamson, ni surtout le chaleureux humanisme d'un Hamilton, qui est à mon avis le seul véritable « grand » encore buvable du space opera de l'âge d'or. Pourtant, il reste quelques traits épars qui, s'ils peuvent donner à sourire, recèlent suffisamment de lyrisme en gros sabots pour vous donner envie de continuer la lecture : « Sa personnalité écrasante irradiait une aura de grisaille, non le gris aimable de la colombe, mais le gris irrésistible et impérieux du cuirassé... » (p. 54).

     Quant à l'idéologie que développe l'œuvre, il serait facile d'ironiser à bon compte : elle irradie la bonne conscience satisfaite et prône un expansionnisme guerrier de bon aloi, tempéré par la « considération pour l'adversaire ». Deux exemples seulement... Lors de la séquence du conflit nucléaire contre l'ennemi qui vient de lancer ses missiles contre les Etats-Unis, l'auteur explique que le corps spécial de défense anti-aérienne n'est pas à son poste « parce que les Etats-Unis étant une démocratie ne pouvaient se permettre de frapper les premiers, mais devaient attendre d'être attaqués, tout en restant constamment sur leurs gardes » (p. 28). Vers la fin du livre, les trois héros, pour échapper aux Névians, tuent les habitants de toute une ville en diffusant un gaz mortel par les conduits d'aération. Ils commencent par justifier leur acte en considérant que leurs adversaires « s'efforçaient bel et bien de (les) tuer ». Notons qu'ils n'y sont pas parvenus, mais que la disproportion des résultats n'effraie pas les hardis spationautes : « Songez donc que, de notre côté, nous n'y sommes pas allés par quatre chemins. Nous n'avions d'autre moyen et aucune des deux parties n'en blâmera l'autre pour autant » (p. 226). Pardi ! On peut replacer ce schéma dans le contexte vietnamien et voir là une belle continuité idéologique... Mais ne politisons pas tout, disent déjà nos lecteurs.
     Je les laisse sur cette impression, qui fera sourire ou grincer des dents, mais tient lieu en tout cas de belle preuve : ce sont souvent les ouvrages se voulant apolitiques et « de pure distraction » qui sont les plus riches de connotations « politiques ». Et je conclurai sur ces mots qui me reviennent souvent lorsque j'ai à rendre compte d'un ouvrage de SF d'un certain âge : à lire par curiosité. Mais les amateurs de science-fiction ne sont-ils pas par nature des gens curieux.

Denis PHILIPPE
Première parution : 1/4/1973 dans Fiction 232
Mise en ligne le : 11/3/2018


 

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