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Des fusées dans la Grande Ourse

Fred HOYLE & Geoffrey HOYLE

Titre original : Rokets in Ursa Major, 1969

Traduction de Chantal de RICHEMONT

DUNOD
Dépôt légal : 1971
Essai, 192 pages, catégorie / prix : 16 F  


 
    Critiques    

Depuis Le nuage noir, l’ex-apôtre de la théorie de la création continue à faire son petit bonhomme de chemin dans le monde de la science-fiction, et son fils Geoffrey a déjà été son compagnon de route le temps de quelques romans (Fred Hoyle a également collaboré avec John Eliot). Ces Fusées dans la Grande Ourse représentent l’utilisation d’un thème familier par un auteur habile connaissant bien la science à laquelle il fait des emprunts ; le récit est manifestement destiné à avoir une suite, et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles un déséquilibre intérieur gênant se manifeste dans le développement de l’action.

Le thème familier est celui de l’invasion du système solaire par des extraterrestres dont l’humanité ne soupçonnait point l’existence. Des variantes sont introduites. Ainsi, les auteurs montrent bien le départ d’une fusée devant « accomplir une mission dans les astres de la constellation d’Ursa Majo », mais ses passagers ne reviennent pas avertir les Terriens du danger qui les menace : ils envoient simplement un message dans leur engin. La raison de cette menace est en outre nouvelle aussi, et vraisemblable par son absurdité même : les envahisseurs ont jadis eu à souffrir d’une race d’aspect humanoïde, et ils identifient tout naturellement les humains avec leurs ennemis d’antan. Mais, à partir de là, l’action débouche sur un space-opera assez conventionnel, alors même que les ressources employées par les combattants restent plus proches de l’extrapolation scientifique que de l’arsenal du Parfait Petit Héros de l’espace. Le roman s’achève sur l’indication que, contrairement à un épisode de l’histoire du XXe siècle, l’Humanité a gagné une bataille alors qu’elle n’a pas gagné la guerre.

Une des principales recettes de feu Ian Fleming consistait à rester toujours exact et vraisemblable dans les épisodes mineurs des aventures qu’il prêtait à James Bond : reconnaissant les routes, les villes et les hôtels décrits accessoirement, le lecteur était tenté de prêter une réalité analogue aux super-criminels affrontés par Bond et à l’immensité de leurs ressources. Les Hoyle ont apparemment voulu appliquer la même technique du détail : leur narrateur assiste à la préparation d’un grog, constate que sa montre ne marche pas bien, perd du temps à franchir un barrage de police, et ainsi de suite. Mais l’impression de réalité, de scènes vé­cues, qui se dégage de tels détails est combattue par la désinvolture avec laquelle le même personnage rencontre des extraterrestres, travaille avec le chef de ceux-ci et accomplit une mission spatiale extrêmement importante dans le cadre du conflit. Il se dégage de ce déséquilibre une impression d’irréalité que Fleming savait éviter alors même que Bond affrontait les périls les plus « hénaurmes ». Peut-être faut-il voir là une conséquence de la manière dont les deux auteurs se sont partagé l’écriture de leur récit ? Si tel est le cas, on ne le saura que lorsque le tandem Hoyle-Hoyle aura atteint la célébrité de l’équipe Pohl-Kornbluth. Mais force est de constater que le présent roman ne parait pas devoir les conduire, à une carrière aussi brillante que celle des auteurs de Planète à gogos....

La traduction, soignée et exempte de lourdeurs pénibles, porte la signature de Chantal de Richemont. Dans le présent volume, le roman proprement dit est suivi de dix pages de notes, éclaircissant divers points scientifiques soulevés par les auteurs dans le cours du récit. Les sujets abordés dans ces notes vont des simples constellations au classement des étoiles selon le diagramme de Hertzsprung-Russell en passant par les thermophiles, les trajectoires célestes et les hypothétiques particules baptisées quarks. Ces notes, dont l’auteur n’est point nommé, ne figurent pas dans l’édition anglaise du roman ; elles sont claires et simples, et pourront rendre service aux lecteurs peu au courant des questions scientifiques abordées par les Hoyle.


Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/1/1972 dans Fiction 217
Mise en ligne le : 3/3/2019


 
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