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Coldheart Canyon - 1

Clive BARKER

Titre original : Coldheart Canyon, 2001

Cycle : Coldheart Canyon  vol.

Traduction de Jean ESCH
Illustration de André SANCHEZ

J'AI LU (Paris, France), coll. Millénaires n° (6097)
Dépôt légal : septembre 2004
378 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 2-290-32743-3   



    Quatrième de couverture    
     Roumanie, 1920. Alors qu'il accompagne la star.de cinéma américaine Katya Lupi de retour dans son pays natal, son mentor et Pygmalion Willem Mathias Zeffer, prêt à tout pour assouvir ses moindres caprices, tombe en admiration devant une fresque représentant une étrange scène de chasse. Nichée dans une sombre pièce de la Forteresse, un monastère reculé, elle en tapisse les murs et fourmille de détails fascinants, obscènes et impies. Zeffer parvient à acheter l'œuvre et la fait démonter pièce par pièce pour la reconstruire à Los Angeles.
     De nos jours, à Hollywood. Todd Pickett est une vedette au firmament de la gloire, mais les goûts du public changent et sa réussite artistique et commerciale commence à battre de l'aile. À la suite d'une opération de chirurgie esthétique qui tourne mal, il a besoin de se cacher quelque part pendant plusieurs mois, le temps que ses cicatrices s'estompent. Pickett s'installe alors dans une grande maison de Coldheart Canyon, un endroit si reculé de la Mecque du cinéma qu'il n'est mentionné sur aucune carte...

     Né en 1952 à Liverpool, Clive Barker est romancier, nouvelliste, scénariste de BD, auteur de théâtre, peintre et cinéaste, chantre d'un univers baroque, extrême et érotique placé sous le signe des métamorphoses de la chair. On lui doit notamment en littérature Le jeu de la damnation, Le royaume des devins ou Galilée, et au cinéma Hellraiser, Le pacte, Cabal et Le maître des illusions. Il prépare actuellement un nouveau film, Tortured Soûls -Animae Damnatae, travaille à un nouveau recueil de nouvelles fantastiques et continue le cycle d'Abarat qu'il écrit pour la jeunesse.
 
    Critiques    
     Hollywood, c'est pour beaucoup Tinseltown, la « ville du clinquant ». Une fabrique de rêve et d'étoiles, où tout le monde est heureux, riche, beau et jeune pour l'éternité. Mais pour une étoile qui naît, combien de destins brisés, d'espoirs fracassés, combien de mensonges, de crimes, de trahisons ? Lorsqu'on l'observe sous son jour le plus sombre, Hollywood la glamoureuse n'a plus rien de merveilleux. Elle apparaît au contraire comme une arène cruelle, où quelques individus sont livrés en pâture à l'adulation du plus grand nombre ; un monde où la gloire est une drogue à accoutumance qui mènera impitoyablement ses accros aux pires extrémités. Une gigantesque broyeuse d'identités. Cela, des cinéastes comme Robert Altman ou les frères Coen l'ont déjà montré dans des films (The Player, Barton Fink) où l'idéal hollywoodien en prend pour son grade. David Lynch, avec son fascinant Mulholland Drive, obscurcit davantage le tableau en lui apportant une dimension fantastique et cauchemardesque.
     C'est dans cette lignée que s'inscrit Clive Barker avec Coldheart Canyon. Dans cette première moitié du récit, il s'attache aux pas de Todd Pickett, une superstar de l'écran dont l'éclat commence imperceptiblement à pâlir. Son ambition plafonne, comme ses cachets ; les producteurs menacent de bientôt lui préférer de jeunes loups plus musclés et moins ridés. Bref, il doute. Pensant que cela résoudra une partie de ses problèmes, il accepte de subir une opération de chirurgie esthétique qui promet de le rajeunir de dix ans. Mais rien ne se passe comme prévu : Pickett fait une grave réaction allergique qui doit le laisser défiguré pendant plusieurs semaines. Son apparence physique étant son fonds de commerce, il n'a alors pas d'autre alternative que de fuir temporairement les flashes de la presse à scandales, en attendant de retrouver son visage de jeune premier. Ce refuge, il le trouvera à Coldheart Canyon, une propriété située sur les hauteurs de Los Angeles, qu'on croirait pourtant coupée du monde. Ce que Pickett ignore en s'y installant, c'est que dans les années 20, la maîtresse des lieux se nommait Katya Lupi, une gloire du muet originaire de Roumanie — terre de mystères s'il en est. Et que le pygmalion de la belle Katya, Zeffer, a fait reconstituer dans la propriété une fresque effrayante et obscène qu'il a ramenée de la ville natale de sa protégée. Mais Todd Pickett va vite apprendre à connaître l'étrange population qui vit en ces lieux...

     Coldheart Canyon, c'est la mauvaise conscience de Tinseltown, son point de tangence avec l'enfer, le lieu de toutes les débauches, où les fantômes des gloires passées se retrouvent encore pour des orgies que seul un Jérôme Bosch classé X aurait pu concevoir. Le Hollywood dépeint par Clive Barker est un Hollywood de fiction, mais à peine : quelques personnages — les principaux — ont été inventés, mais tous les autres sont des gloires de l'écran passées et présentes plus ou moins explicitement nommées. La fibre fantastique du roman repose entièrement sur le décalage supposé entre la vie publique et la vie privée de ces monstres sacrés, en arguant du fait que l'une dut nécessairement se nourrir de l'autre. Dans cette étrange propriété, on échangeait jadis son âme contre l'immortalité. C'est justement le genre de marché qui pourrait tenter Todd Pickett, vedette en perte de vitesse, à plus forte raison s'il lui est proposé par une jeune femme débordante de sex-appeal. Celle-ci se présente comme Katya Lupi, propriétaire du domaine trois quarts de siècle plus tôt...
     Coldheart Canyon, c'est en définitive le vrai protagoniste de cette première moitié de récit. On songe, bien sûr, au mythe du vampire (on n'est pas roumain sans raison !), mais également au Portrait de Dorian Gray, précédent fameux où une œuvre d'art assure la jeunesse éternelle d'un individu. Vampires, démons, fantômes, hybrides monstrueux, tout finit par se mélanger dans cet univers en lisière de la réalité, adroitement mis en scène par Clive Barker.
     Roman troublant, dérangeant, et extrêmement habile dans sa manière de jouer sur la fascination malsaine qu'exerce Hollywood sur chacun d'entre nous, Coldheart Canyon est un texte particulièrement bien ficelé, tout du moins dans sa première moitié, qui devrait communiquer à tout lecteur normalement constitué l'envie de découvrir la deuxième.

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 8/10/2004 nooSFere


     Ainsi donc, la collection « Millénaires » jette ses derniers feux avec la publication de ce nouveau Clive Barker, auteur majeur, créateur puissant et au talent empruntant les média les plus divers (écriture bien sûr, mais aussi peinture et cinéma, sans oublier, parmi les nombreuses cordes tendues sur l'arc de sa muse, l'élaboration d'attractions foraines !).

     Clive Barker écrivain, ce sont entre autres les six recueils des « Livres de sang », Imajica, le formidable Galilée et surtout, surtout, un roman extraordinaire, sorte de livre monstre : Sacrements (critiqué dans le Bifrost24). Bref, un parcours littéraire certes non exempt de déceptions (on se souvient notamment de Cabale), mais d'un niveau global exceptionnel...

     Un nouveau roman de Clive Barker, donc. A 36 euros. Un prix qui a de quoi calmer les curieux, et qui nous laisse espérer pour le moins un chef-d'œuvre. Voyons...

     Résumer de manière probante un bouquin aussi vaste relève de la gageure. On se contentera de dire qu'ici, Clive Barker se livre à la mise en pièce morale, cynique mais sans aucune complaisance, d'un microcosme très particulier, à la fois ouvert sur le monde à travers le prisme de la médiatisation et extrêmement clos : celui du cinéma hollywoodien — que l'auteur connaît bien puisqu'il y évolue lui-même. Pour ce faire, Barker nous immerge dans la vie de Todd Pickett, manière de Tom Cruise, star à la notoriété planétaire mais en perte de vitesse. Ainsi, après une opération esthétique plus ou moins ratée, il part se reposer, se terrer plutôt, quelques mois dans une retraite grandiose dénichée par son agent, Coldheart Canyon, propriété gigantesque et décrépite, d'une démesure baroque, perdue dans un coin reculé d'Hollywood. Sauf qu'il s'y passe de bien étranges choses, dans cette propriété, et qu'elle n'est pas à proprement parler inoccupée... Ainsi Pickett va-t-il rencontrer la véritable propriétaire des lieux, une jeune femme se présentant comme Katya Lupi, star oubliée du cinéma muet vivant en recluse dans son repaire, un lieu où, dans les années 20, elle ne cessa d'orchestrer des orgies cruelles et immorales auxquelles le tout Hollywood participait. Une jeune femme, donc, d'une mortelle beauté... et âgée d'environ cent ans ! Quel est le secret de la magnétique Katya ? Qui provoque les bruits étranges dans les jungles environnant la villa ? Et ces créatures qui semblent y errer ? Quel est l'abominable secret enfoui dans le cœur glacé de Coldheart Canyon ?

     Long. Souvent brillant, certes, mais long. Ainsi pourrait on résumer l'impression qui demeure après lecture de ce nouveau Barker. On y retrouve l'essence du talent de l'auteur : sa capacité à nous faire basculer en deux phrases dans un univers décalé et inquiétant, la richesse et l'épaisseur des personnages, toujours très loin de la caricature... Son talent et, bien sûr, sa matière et ses fascinations : pour la chair, contrefaite ou béatifiée, le sexe (dans la même ambivalence), l'attrait pour le monstrueux et le difforme, les personnages et thématiques bibliques, les lieux creusés et syncrétiques (Coldheart Canyon fait bien sûr penser à la figure centrale de la demeure dans Galilée) qui sont souvent les véritables personnages de Barker, le vieillissement et la putrescence... Ici, Barker se livre enfin à un laminage en règle d'Hollywood et ses pratiques, sa vanité et sa vacuité, sa fascination pour l'apparence et le paraître (par définition voués à l'impermanence), fascination qui, finalement, est la véritable genèse de la monstruosité mise en scène dans le roman. Un constat sans appel, impitoyable.

     On l'a dit, Coldheart Canyon aurait probablement gagné en force et impact dans un dégraissage. Mais le talent de Barker est tel que dans ces longueurs mêmes on ne s'ennuie pas, du moins pas vraiment, et force est de constater que même si certains passages sont décidemment interminables, ces longueurs, pour agaçantes qu'elles soient, ne sont pas totalement inutiles à l'échafaudage global du livre. Et de conclure en réalisant que si Coldheart Canyon n'est certes pas le meilleur roman de Barker, qu'il est loin de la puissance visionnaire de Sacrements ou même des saveurs moites et empoisonnées de Galilée, on tient néanmoins là un véritable Barker, et c'est déjà beaucoup...

ORG
Première parution : 1/4/2005 dans Bifrost 38
Mise en ligne le : 4/8/2006


 
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