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Noir

K. W. JETER

Titre original : Noir, 1998

Traduction de Marie de PRÉMONVILLE
Illustration de Erik DE VILLOUTREYS

J'AI LU (Paris, France), coll. Millénaires n° (6074)
Dépôt légal : décembre 2002
468 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 2-290-32729-8   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dans un futur proche, Los Angeles est devenue une métropole rutilante et attractive, enclave privilégiée au sein d'un monde qui s'enfonce petit à petit dans un inéluctable marasme économique et social. Mais derrière cette façade dorée se dissimule un univers labyrinthique souterrain, où les nantis se pressent en quête de plaisirs interdits.
     McNihil, ex-flic désabusé reconverti en privé, s'est fait chirurgicalement altérer la vision pour appréhender son environnement en noir et blanc, comme dans un vieux film de Bogart. Il s'est spécialisé dans les enquêtes sur les contrefaçons et travaille pour l'une des rares mais puissantes corporations qui semblent tout contrôler dans ce monde sombre et interlope. Appelé à élucider le meurtre d'un jeune cadre, il va rapidement se lancer sur la piste d'un simulateur on line ouvrant sur un maëlstrom d'expériences érotiques parmi les plus taboues...

     Fidèle disciple de Philip K. Dick, K.W. Jeter fusionne ici roman noir et anticipation, et reprend à son compte la thématique de la frontière ténue séparant réalité et virtualité. Mais il incorpore à ce canevas ses propres réflexions et obsessions — la fascination pour les univers rétro-futuristes, et une vision résolument sombre des lendemains qui nous attendent — pour en faire une oeuvre complexe, dérangeante et novatrice.

     Né en 1950, K.W. Jeter partage avec un égal bonheur son talent entre science-fiction (il est l'inventeur du courant steampunk, qui réécrit le futur tel qu'il pouvait être conçu au XIXe siècle) et le fantastique, où il excelle dans les ambiances de claustrophobie et de paranoïa. La critique américaine a salué en lui « celui qui a fait éclater une fois pour toutes notre conception limitée de la science-fiction ».
 
    Critiques    
     Dans un futur proche, DynaZauber, une des corporations les plus puissantes et les plus influentes, se retrouve avec le cadavre d'un de ses cadres sur les bras. Pour résoudre ce meurtre, la firme fait appel à McNihil, ex-flic reconverti en privé. Un drôle de privé, qui refuse de vivre dans son temps. Son truc, c'est les polars noirs des années cinquante : il s'est fait greffer sur les yeux un système sophistiqué qui lui permet d'appréhender le monde comme dans un film à la Bogart, noir et blanc compris. McNihil n'aime pas DynaZauber. Mais lorsqu'il examine le cadavre, il aime encore moins ce qu'il voit — une vision qui le ramène à un passé douloureux qu'il préférerait oublier. C'est pourquoi il refuse tout net de travailler sur cette affaire. Mais DynaZauber ne l'entend pas de cette oreille car, justement, ce passé fait de McNihil l'homme de la situation. Contraint et forcé, le privé remonte la piste du meurtrier, qui le conduit vers son pire cauchemar : l'Angle. Un no man's land, un territoire virtuel où règne le chaos et où toutes les expériences sont permises, surtout si elles font parties du domaine du tabou...

     K. W. Jeter, sans conteste l'un des auteurs modernes les plus intéressants, l'un des plus exigeants, aussi, a encore frappé. Sauf que cette fois il s'est fait mal aux phalanges : son roman n'est pas une réussite. L'idée était pourtant alléchante et le mélange, polar noir des années cinquante/cyberpunk, tout à fait convainquant. Si l'histoire en elle-même n'a rien d'une innovation, son traitement, qui passe par le filtre suranné et très cliché d'un vieux film de privé usé et désabusé, clope au bec, chapeau mou et whisky lové dans le creux de la main, offre un contraste fascinant avec le monde cyberpunk fermement ancré dans l'ultra-technologie et le virtuel qui l'entourent. Malheureusement, le livre souffre de longueurs et de maladresses qui rendent le récit difficile à suivre. Et, pour la plupart, ce sont des défauts inhérents au cyberpunk. Des pages et des pages d'exposition sous forme de vastes monologues introspectifs et une action incroyablement longue à se mettre en place, de la poésie urbaine passablement glauque qui noie la compréhension sous un déluge de mots et rend l'histoire difficile à appréhender. Une complaisance dans la description des scènes de sexe orgiaques et des exécutions sanglantes et cliniques qui fait bâiller d'ennui. Bref, une histoire qui s'essouffle et un lecteur qui souffre et s'impatiente rapidement s'il n'est pas pris par la magie des mots.

     Le tout n'est pas vraiment indigeste, mais pèse quand même sur l'estomac. Il reste malgré tout quelques perles qui mettent franchement mal à l'aise, notamment un discours limite fascisant de la part du héros, qui fait dresser les cheveux sur la tête et pourrait choquer les âmes sensibles. Un discours quelque peu maladroit, certes, mais non sans humour. A ne surtout pas prendre au premier degré !

Sandrine GRENIER
Première parution : 1/10/2003 dans Bifrost 32
Mise en ligne le : 9/1/2005


     Longtemps partagé entre ses romans fantastiques, les suites qu'il a données à Blade Runner (d'après le roman originel de son ancien camarade Philip K. Dick) et divers épisodes des sagas Star Wars et Star Trek, l'écrivain américain K.W. Jeter revient enfin à une science-fiction personnelle dans ce roman, centré sur la Californie du Sud dans un proche avenir. Si les contours politiques, économiques et sociaux de ce monde sont un peu difficiles à cerner au début, l'ambiance qui y règne est bien définie par le titre du livre.
     À partir du Los Angeles de nos jours, la méga-ville du Gloss s'étend sur toute la bordure du Pacifique (si le reste du monde existe encore, il ne compte pour rien, au moins pour les habitants du Gloss...), reliée par un immense chemin de fer en boucle, car les deux sont interdits aux avions suite à la prolifération de machines terroristes qui abattent tout appareil volant. Contrairement aux attentes des doux rêveurs utopistes d'aujourd'hui, Internet n'a pas libéré l'humanité des contraintes matérielles, les grandes corporations continuent de dominer les hommes et l'argent (ou plutôt le crédit) reste tout-puissant. Le fossé entre nantis et miséreux semble plus grand que jamais, mais personne n'échappe aux lois d'airain de la finance. Si les SDF sont obligés de porter des abris attachés chirurgicalement dans le dos, les cadres supérieurs doivent changer toutes les nuits de cubapt, même si ce dernier est luxueux, afin de ne pas acquérir de mauvaises habitudes qui pourraient abaisser leur productivité. Les morts eux-mêmes ne peuvent trouver le repos éternel, car ceux qui sont débiteurs au moment de leur décès sont maintenus artificiellement en état d'activité jusqu'au remboursement de la dernière traite. Et ainsi de suite...
     Restent les plaisirs interdits, comme ceux auxquels s'adonnait Travelt, un jeune cadre travaillant pour DynaZauber, qui goûtait aux expériences érotiques offertes par un réseau clandestin dénommé l'Angle, sous la direction de l'énigmatique Verrity. Des expériences si extrêmes que les adeptes doivent utiliser les agents artificiels, les « errants », pour y prendre part. Mais quelque chose d'imprévu est arrivé ; Travelt est retrouvé mort et la corporation fait appel à McNihil, ex-flic spécialiste du recouvrement des droits de propriété intellectuelle. Mais McNihil, passablement désabusé par le monde qui l'entoure, au point de se faire altérer la vision de façon à donner aux objets et aux personnes une apparence semblable à celle des films « noirs » d'Hollywood des années 30 et 40, ne veut rien savoir. Du moins jusqu'au moment où il apprend que Verrity est mêlée à l'affaire. Car il a une revanche à prendre sur cette femme, même au prix d'une dernière descente aux enfers de l'Angle...
     Jeter nous livre cette histoire très sombre, et parfois franchement macabre, avec une prose vive et imagée, dans un style proche de celui de James Ellroy et autres écrivains de l'aile hardcore du roman noir américain. Plus qu'une construction réfléchie de l'avenir, il s'agit visiblement d'une attaque au vitriol des mœurs qui prédominent en Amérique (et surtout à Los Angeles) en ce tournant de millénaire, non dénuée de notes d'humour. Le traitement réservé aux pirates de copyright par exemple, fera sans doute sourire les auteurs, artistes et autres créateurs victimes de ce genre d'agissements. Cela dit, à cause de leur excès de violence, certaines scènes du roman sont dures à avaler, et on a du mal à rester dans la peau du bien-nommé McNihil, qui se conduit parfois en parfait psychopathe. Mais comme exemple de fusion réussie entre les deux genres, SF et roman noir, il serait difficile de trouver mieux sur le marché littéraire.


Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/4/2003 dans Galaxies 28
Mise en ligne le : 1/9/2005


 
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