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Confessions d'un automate mangeur d'opium

Fabrice COLIN & Mathieu GABORIT


Illustration de Franck ACHARD
MNÉMOS, coll. Icares n° (4)
Dépôt légal : octobre 1999
252 pages, catégorie / prix : 16,77 €
ISBN : 2-911618-45-9
Genre : Science Fiction 


Couverture

    Quatrième de couverture    
     Rappelez-vous Paris... 1899 ! La tour Eiffel se dresse au milieu du Champ-de-Mars, ses entrecroises d'aciers s'élevant tel un doigt inquisiteur pointé vers le ciel, un monument à la gloire de l'industrie moderne... Les fiacres et les usines gigantesques, la transition d'un monde aux traditions millénaires à l'emballement technologique... Et vous souvenez-vous des milliers d'aéroscaphes, ces étranges machines volantes qui bourdonnaient dans le ciel ? De tous ces automates cuivrés, toujours prêts à rendre service, et des images du téléchromo ?
     Non ? Alors vous allez découvrir un Paris du XIXème siècle comme vous ne l'avez jamais imaginé : une ville noyée dans le brouillard des moteurs à vapeur, un lieu sous l'emprise des grandes puissances de l'industrie et de la politique où la comédienne Margaret Saunders tente de percer le mystère qui entoure la mort de sa meilleure amie. Mais rien n'est simple quand on doit enquêter sur la fin tragique d'une jeune femme tombée du ciel et qui s'est écrasée sur le parvis de l'Opéra Garnier... Même avec l'aide de son demi-frère Théo, médecin dans un asile d'aliénés, Margo se heurte à un écheveau de mystères impossibles à démêler... Un savant fou, un poète fiévreux et une substance miraculeuse nommée l'éther, tels sont les ingrédients d'une sulfureuse potion que Margaret doit boire jusqu'à la lie... ou jusqu'à la folie...

     Fabrice Colin et Mathieu Gaborit sont parmi les auteurs les plus prometteurs de la SF et de la Fantasy. Leurs ouvrages Vestiges d'Arcadia et Revolutsya les ont naturellement amenés à écrire ce roman steampunk, un genre littéraire qui dépeint un XIXème siècle imaginaire et trépidant, entre Jules Verne et Dickens, où la science s'allie au merveilleux.


    Prix obtenus    
Bob Morane, roman français, 2000

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    Critiques    
     Après un fort intrigant prologue, qu'il faudra relire une fois le roman terminé pour en comprendre tout le sens, puis une déroutante et astucieuse première page où l'on est projeté au coeur d'une tragédie shakespearienne, Colin et Gaborit nous emmènent dans un univers parallèle, un autre XIXème siècle, probablement différent en raison de la découverte d'une énergie extraordinaire — l'éther —, dont les propriétés fabuleuses et encore mal connues ont permis à la recherche scientifique et à la technologie de faire un bond de géant.

      Ils écrivent alors ce que l'on pourrait brandir comme un "manifeste du mouvement steampunk", qui reprend l'ensemble de l'imagerie du genre... Tout y est : les fiacres et aéronefs, l'Exposition Universelle, la naissance de la neuro-psychiatrie moderne, la belle tragédienne, le poème d'un auteur défunt, l'enquête brumeuse, les secrets de l'armée britannique, les vapeurs d'opium, ou les célébrités — comme Sarah Bernhardt, Charcot ou Villiers de l'Isle Adam... et bien sûr la reine Victoria !
     Les références sont nombreuses... Le savant Posthumus, à la fois génial et fou comme il se doit, et son araignée mécanique paraissent tout droit sortis de Wild Wild West ; Metropolis se construit aux portes de Paris ; l'aliéné n° 19 n'aurait pas été déplacé dans Dracula ; la thématique de Frankenstein imprègne l'atmosphère... et il est même difficile de ne pas évoquer à la fin le dessin animé Basil, détective privé !

     Dans la première moitié du roman, on peut donc, selon son tempérament, être agacé ou amusé par cette imagerie foisonnante et volontairement exagérée d'un XIXème siècle fantasmé... Si l'on accepte de jouer le jeu, on sera bien sûr enthousiasmé par la surenchère d'une action trépidante — dans la tradition du roman-feuilleton mais avec un style élégant et moderne qui ne cherche pas à imiter celui des feuilletonistes du XIXème —, et d'un décor délirant surgi de l'esprit de deux écrivains sans doute aussi fous que le savant qu'ils mettent en scène...
     Mais l'amusement initial cède ensuite la place à un intérêt bien moins superficiel... L'enquête que nous pensions simple devient un épais mystère riche de prolongements et d'implications qui nous mèneront fort loin — dans de mystérieuses sépultures d'Angkor entre autres... —, et qui permettront d'aborder intelligemment quelques thèmes majeurs de la science-fiction — comme celui du monstre et de l'humain. Nous sommes obligés de le reconnaître : nous sommes captivés et bluffés !

     Ce roman très "visuel" pourrait sans doute être adapté tel quel au cinéma. Mon principal reproche, bien mince, serait d'ailleurs le dénouement trop spectaculaire, trop "explosif", trop "cinématographique", alors qu'il aurait été possible d'approfondir encore les thèmes abordés. En dehors de cela, le roman est une belle réussite, à la hauteur de ses ambitions et de nos espérances.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Théophraste de Barrias Archimbault est un jeune médecin spécialisé dans la psychiatrie — pardon : dans l'aliènisme, comme on dit à son époque. Défenseur de certaines théories d'avant-garde sur la détention et le traitement des ma1ades mentaux, il veille sur une poignée de fous depuis le centre d'un étrange bâtiment qu'il a fait ériger à l'hôpital Sainte-Anne.
     Margaret Saunders est une jeune actrice, amie tendre de Sarah Bernhardt, qui connaît son premier grand triomphe sur les planches de Roméo et Juliette. Elle est aussi la soeur de Théo.
     Ensemble, ils vont devoir enquêter sur la mort mystérieuse d'une des meilleures amies de Margaret, une jeune femme morte après avoir été jetée hors d'un cab volant. Justement, Théo a de grandes théories sur les dangers de la nouvelle technologie issue de l'emploi de l'éther, cette mystérieuse substance verte qui permet désormais de faire voler tout un tas de véhicules dans le ciel parisien, de faire tourner les usines et de produire de l'électricité à volonté. La jeune morte aurait-elle été victime d'une crise de folie suite à son exposition involontaire à une fuite d'éther ? Grande est la méfiance de Théo vis-à-vis de la vapeur verte car tous les malades dont il s'occupe en furent les victimes.
     Mais rapidement, les choses se compliquent : pourquoi menace-t-on la vie du père de la jeune morte ? Qui était cet étrange automate quasi-intelligent qui s'est enfui à bord du cab volant ? Quel rapport avec un poème obscur, ressemblant fort aux oeuvres d'un défunt protégé du comte Villiers de l'Isle Adam ?
     Après le réjouissant Equilibre des paradoxes de Michel Pagel (Fleuve Noir), voici un autre très bel exemple de steampunk conjugué à la française : un roman situé dans un Paris de 1899 totalement décalé par rapport à notre passé, un Paris dominé par la tour Eiffel, fêtant les merveilles de l'Exposition universelle, mais envahi d'engins volants, de passerelles en fer forgé, de coupoles d'envol, de mécaniques grinçantes et d'automates étonnants. Ecrites à quatre mains par deux des plus talentueux jeunes auteurs de l'écurie Mnémos, ces Confessions d'un automate mangeur d'opium sont une oeuvre enthousiasmante d'imagination rétro, de délires feuilletonesques (ah, l'enlèvement sur la Seine et la course-poursuite qui s'ensuit ! Et les sous-sols du terrifiant docteur Posthumus !) et d'énergie narrative. Pas un instant l'intrigue ne faiblit, Margo et Théo cavalent à travers tout Paris, à la recherche d'une vérité toujours plus inquiétante. De nombreux indices sont livrés au lecteur, que cela soit dans le cours de l'enquête proprement dite, ou lors de songes prémonitoires de Margo (toujours l'attrait de Colin pour le domaine des rêves, je suppose). Parfaitement maîtrisée, l'écriture de ce roman s'avère d'une élégance idéale pour le genre steampunk : un mélange d'archaïsmes charmants et de vigueur actuelle. En fait, si je devais trouver un quelconque défaut à ce roman qui m'a littéralement subjugué, ce serait peut-être quant à la nature même de l'éther : son origine ne nous est jamais donnée, son aspect reste mystérieux (cristaux ? gaz ?)... Sorte de sublimation des effets de la vapeur (STEAMpunk !) de l'absinthe et de l'opium dans l'imaginaire de la fin du XIXe siècle, l'éther aurait cependant nécessité, me semble-t-il, un semblant d'explication pour satisfaire l'appétit de rationalité des amateurs de science-fiction. Sinon, tout juste peut-on regretter l'absence totale d'humour dans un roman pourtant riche en délires, et une fin un rien trop lente. Mais ce ne sont que des détails : Confessions d'un automate mangeur d'opium est d'un formidable plaisir de lecture, un roman d'aventure dérangé et passionnant.


André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/12/1999 dans Bifrost 16
Mise en ligne le : 10/1/2002


     Et Jules Verne accoucha de jumeaux !
     En rapprochant leurs univers, Gaborit et Colin ont produit un roman qui dépasse la simple somme de leurs contributions. Ne serait-ce que du point de vue de l'écriture : ce roman à deux voix — celles des deux héros — , parfaitement harmonisées, est encore plus abouti que les dernières productions respectives de l'un et de l'autre. Outre le fait qu'elle soit écrite à quatre mains — je suppose que Gaborit et Colin utilisent le clavier de l'ordinateur plus que le stylo — cette œuvre est intimement placée sous le signe de la rencontre : rencontre des littératures anglaise et française, de Wells et de Verne, de Sue et de Dickens, de Stevenson et de Villiers de l'Isle-Adam. On pourrait citer des références à la pelle, les feuilletonistes du XIXe, Sherlock Holmes, etc. Ces Confessions en fourmillent. Non pas des références prétentieuses et inutiles, placées comme de vains ornements, mais plutôt des réminiscences, bien assimilées, qui participent au processus de création littéraire.

     Margo, une jeune actrice qui joue Shakespeare — elle incarne Juliette — tente d'élucider la mort mystérieuse de sa meilleure amie, tombée d'un fiacre volant sur le parvis de l'Opéra Garnier. Elle mène l'enquête en compagnie de son frère Théo, médecin aliéniste qui s'intéresse de près à l'impact de l'éther sur le comportement humain — principale source d'énergie de ce monde uchronique, l'éther est omniprésent. Sous un ciel parisien grouillant de machines volantes — comme une illustration réalisée par un Benett sous acide — , au milieu des fastes de l'expo universelle, des vapeurs d'opium et des automates, le frère et la sœur rebondissent d'énigme en énigme et croisent des personnages dignes des Mystères de l'Ouest. Colin et Gaborit font preuve d'une grande maîtrise du suspens qu'ils traitent à la façon des feuilletonistes de la fin du siècle dernier.

     Mais que vient faire, dira-t-on, la critique d'un livre estampillé steampunk — aussi brillant soit-il — , de science-fiction donc, dans une revue vouée corps et âme à la fantasy ? D'abord Colin et Gaborit sont des auteurs de fantasy ; et puis le steampunk tel qu'ils le pratiquent est un peu particulier. Comme dans Bohème, la précédente incursion de Gaborit dans le genre, on a ici affaire à une technologie baroque, une technologie qu'on pourrait qualifier de « fantasyste » dans le sens où elle n'est pas validable intégralement par la science de l'époque : si beaucoup de composantes technologiques de cet univers s'inspirent directement de Verne et de Wells, qui eux s'attachaient à exploiter le potentiel technico-scientifique du moment, Colin et Gaborit ajoutent des éléments plus exotiques, tels les automates et l'éther, ce dernier présentant une certaine parenté avec l'Écryme, la substance étrange qui a submergé le monde de Bohème.

     Roman fin de siècle — fin de millénaire — moderne et jubilatoire, pour terminer celui-ci en feu d'artifice. La jeune génération de la fantasy, dont on disait qu'elle était encore un peu verte, nous livre ici un roman subtil et coloré, une sorte de manifeste ou de pierre qui devrait servir à bâtir un bien bel édifice, à la frontière des genres, des mondes, des littératures, des époques. N'ayons pas peur des mots, un chef-d'œuvre qui devrait donner lieu à une suite, un autre épisode. C'est tout ce qu'on peut souhaiter.

ALIÉNOR
Première parution : 1/5/2000 dans Faeries 1
Mise en ligne le : 1/10/2004


 

 
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