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Le Mort qu'il faut tuer

B.R. BRUSS



Illustration de Michel GOURDON

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Angoisse n° 199
Dépôt légal : 2ème trimestre 1971
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Le professeur Scheerling, illustre savant de réputation mondiale, qu'on appelait « L'Ermite de la Tour Blanche », est-il mort dans des conditions aussi étranges que tout d'abord on affirme ? L'a-t-on tué ? S'est-il suicidé ?
     Mais pourquoi avait-il pris une retraite prématurée, non loin de Hercenat, sa petite ville natale, dans un lieu isolé, sur un plateau désert ? Pourquoi y avait-il fait construire une vaste demeure, pourvue d'un important laboratoire ? Pourquoi n'y avait-il jamais personne ?
     Peut-être le saura-t-on plus tard...
     Mais, entre-temps, des faits bizarres, inexplicables et dramatiques — dont le docteur Blaine deviendra le narrateur, après en avoir été le témoin avec son ami le chirurgien Nesly — se seront produits dans la riche et agréable de Hercenat et dans ses environs.
 
    Critiques    

Après avoir réédité avec beaucoup d’à-propos ses deux plus anciens romans de science-fiction (Et la planète sauta et L’apparition des surhommes), il faudra s’occuper un jour prochain de quelques-uns des meilleurs livres de Roger Blondel/B. R. Bruss parus dans la collection « Angoisse ». Nous pensons notamment à Terreur en plein soleil, à Maléfices et surtout à La figurine de plomb. Bruss, à travers ces romans composés avec beaucoup de soin et d’efficacité, assume de façon brillante la descendance littéraire de Maurice Renard et se montre un des rares auteurs encore capables d’exploiter (comme le fit Jean-Louis Bouquet) cette veine fantastique spécifiquement française en laquelle Renard excella.

Avec Le mort qu’il faut tuer, son dernier livre, composé comme de coutume avec rigueur et qui ne faillit en rien à la tradition du merveilleux scientifique, où, selon ce qu’écrivait Hubert Matthey, dans son Essai sur le merveilleux, tout obéit à la plus élémentaire logique, Bruss nous conte une étrange histoire que l’auteur du Docteur Lerne n’eût pas désavouée. Tout commence, assez curieusement avec la mort inopinée du Pr. Scheelring, biologiste et électronicien de renommée mondiale, retiré dans une petite ville française pour s’y livrer à l’abri des regards indiscrets à ses expériences. Le Dr. Braine - le narrateur est averti de la mort du savant quelques minutes avant l’instant fatal, par Scheelring lui-même. Le médecin, qui a d’abord cru à une supercherie, trouvera le corps inanimé de l’illustre professeur dans son laboratoire. A l’annonce de cette mort, le monde s’émeut ; la petite cité d’Hercenat s’enfièvre. Et le mystère grandit lorsqu’on apprend que le savant a exprimé le désir d’être inhumé dans un cercueil de verre placé dans une casemate blindée dont on détruira le système d’ouverture.

C’est alors le lent et terrible crescendo de la peur. Le Dr. Braine est amené à constater, de façon d’abord espacée, d’étonnantes mutations sur des êtres humains. Un pouce qui se met soudain à grandir démesurément, un nez qui rétrécit inexplicablement. Les cas vont bientôt se multiplier, tandis que tous les médecins consultés avoueront leur incompétence. Parallèlement, d’étranges phénomènes atmosphériques - soudaines mini-tornades aux conséquences mortelles - sévissent un peu partout dans la région semant la terreur dans la campagne autour d’Hercenat : Braine est lui-même victime d’une micro-tempête qui manque lui coûter la vie. L’épidémie de mutations s’accroît ; Braine tente une amputation qui cause la mort immédiate du patient : le mécontentement fait place à la colère. Plusieurs morts mystérieuses achèvent de semer la panique dans la cité que ses habitants commencent à fuir. Braine et ses collègues, restés impuissants devant l’ampleur de ces phénomènes paranormaux, se perdent en conjectures. Entre-temps, une équipe de savants s’est installée dans les vastes laboratoires de Scheelring afin d’y enquêter sur les expériences mystérieuses auxquelles se livrait le savant. Le comportement des hommes de science devient très vite étrange. Et puis, soudain, c’est le drame : le laboratoire prend feu, la vérité éclate. Scheelring n’est pas vraiment mort. Braine découvre la confession du savant et, si le mystère entourant les épouvantables séquelles de la mort du savant reste entier - Ce que nous savons de la nature est si peu de chose ! Sous les entités connues, il y a d’autres entités, sous les univers, d’autres univers, sous nos lois physiques, d’autres lois physiques, - leur cause lui en est maintenant connue. Il n’y a qu’une solution : détruire le corps de Scheelring. Le feu purifie tout, et le cauchemar lentement agonise.

Le récit est bâti de façon très classique. Il y a le crescendo habite, le délicieux suspense qui s’étire, sans artifice, au fur et à mesure que l’auteur accumule les charges d’explosifs qui provoqueront l’apothéose. Comme Renard - celui du Péril bleu notamment. - il sait ménager soigneusement ses effets, susciter la peur avec subtilité. Sa langue est certes moins châtiée que celle de son célèbre prédécesseur mais on sait que la littérature dite populaire exige de ses auteurs une écriture qui ne doit rien au polissage flaubertien. Il convient de noter cependant que jamais le style de Bruss - qui, lorsqu’il signe Roger Blondel, est un écrivain remarquable - ne se relâche, que jamais il ne s’égare ou ne devient vulgaire : cela, nous semble-t-il, a son importance. Une longue partie de ce roman est vouée à la plus pure terreur médicale, décrite minutieusement, avec cette complaisance qui ne manque pas de faire songer à André de Lorde, sans toutefois confiner à l’un des travers bien connus des auteurs de la collection. Au contraire, Bruss semble vouloir relever le niveau habituel, où tout est grand-guignolesque au pire sens du terme, pour en revenir à l’un de ses thèmes favoris : la possession d’un être par des forces obscures. Cette fois, c’est un savant génial qui, peu à peu, a perdu le contrôle de lui-même, à mesure qu’il acquérait des connaissances extraordinaires. Il y a, au-dedans de lui une voix mystérieuse, plus lointaine que celle qui terrifiait le héros de Terreur en plein soleil, une voix qui est pour le Pr. Scheelring son « génie » et dont il ne sera délivré que par la Mort. Il est mort, en effet, mais la voix ne s’est pas tue. Et l’horreur commence.

Peut-être pourrait-on reprocher à Bruss de n’avoir pas traité ce thème fort original d’une manière plus achevée. Mais c’est là se montrer bien exigeant, alors que la collection « Angoisse » ne nous habitue plus guère, ces temps-ci, à des ouvrages de la qualité de celui-là.


François RIVIÈRE
Première parution : 1/12/1971 dans Fiction 216
Mise en ligne le : 3/3/2019


 
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