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Soyez donc maçon...

Raymond WERMELINGER




NOUVELLES ÉDITIONS BAUDINIÈRE , coll. Collections populaires d'aujourd'hui
Dépôt légal : 1978
186 pages, catégorie / prix : 38 FF
ISBN : 2-85986-006-1   
Genre : Science-Fiction


 
    Critiques    
     Hasard des fêtes de fin d'année : j'ai profité fin décembre des trouvailles faites par un de mes frères chez un soldeur (vous pouvez d'ailleurs réitérer vous-mêmes l'expérience : j'ai vu un exemplaire de ce livre au « Book'in » de Béziers, et je ne doute pas qu'on en trouve plein d'autres en cherchant) (et pour pas cher, peuchère). Il en faisait cadeau à un autre membre de ma famille (qui est vaste), mais j'ai réussi à le feuilleter, puis à le lire dans les heures creuses entre deux réveillons.

     Soyez donc maçon... se présente comme un roman policier, œuvre de notre Wermelinger, contrebassiste qui plante ses radis dans le Lot... on ne recherche pas ici la vraisemblance ; je verrais plutôt dans ces modestes légumes, comme dans le conseil transmis par le titre, un écho dès envolées parmentières d'Alain Dorémieux (rédacteur en chef de Fiction dans les années 60-70, il conseilla, via la revue, la culture des pommes de terre aux aspirants-auteurs). Et de fait, dès la préface, Klotz (il la signe de ce nom, tandis qu'il réserve celui de « P. Cauvin » aux interventions éditoriales) révèle la prédilection de Wermelinger (et donc sans nul doute la sienne propre) pour Philip K. Dick (qui n'était pas tout à fait à la mode à l'époque), mais aussi Nathalie Henneberg, qui ne l'a jamais guère été, et ne risque pas de le devenir.

     Rien de surprenant donc à ce que cette histoire de privé en chapeau démarre sur Mars (et sur les chapeaux de roues). Vite interrompue par une lettre courroucée de l'éditeur, P. Cauvin, qui rappelle notre écrivain en herbe aux règles du genre, et à ses conventions essentielles au succès commercial. Et l'auteur, pas contrariant, de recommencer un autre premier chapitre à New York, puis, sur injonction du paternaliste M. Cauvin (« écrivez-donc sur ce que vous connaissez »), un troisième départ, situé cette fois-ci, couleur locale oblige, dans un Paris curieusement peuplé de patronymes gascons (Larresingle, Bordepaille...)

     L'irrépressible SF ne cessera pourtant pas de pointer le nez tout au long de l'ouvrage, dont la cohérence externe (tentatives lamentables au point d'en être drôlatiques d'un apprenti-tâcheron, mais commentaires aussi sur les « règles » que l'on propose aux écrivains inexpérimentés — on se croirait dans le Bulletin Remparts) tente de se retrouver une cohérence interne (tous les personnages inventés au fur et à mesure finissent par se rencontrer).

     Cauvin démolit au passage tous les clichés qui florissent dans son gagne-pain ; il ne manque jamais de nous signaler dans ses lettres de correction les erreurs qui auraient pu nous échapper à une première lecture. Il est dommage qu'il ne joue pas le jeu jusqu'au bout, se tirant par une pirouette de la difficile tâche de faire fiction de sa méta-fiction. Ça n'en reste pas moins un des bouquins les plus drôles que j'aie lu récemment.

     À l'époque de la sortie de ce livre, la SF française (parée de l'adjectif « nouvelle ») ne dédaignait pas de jouer sur les formes, dans le sillage enthousiaste de la New Wave. Et les interventions autoriales allaient se banaliser quelques années plus tard au Fleuve Noir, lieu s'il en fut de la littérature populaire francophone (il est vraiment inquiétant que ce lieu cesse d'être à petit feu en ce moment). Je ne sais pas si la SF avait suivi de près cette expérience de Klotz (déjà célèbre dans le polar à l'époque, me semble-t-il ; les experts peuvent-ils éclairer ma lanterne ?). Il prenait les choses sur un ton nettement plus ludique que les auteurs à la mode à l'époque (ou du moins dans le visage qu'ils présentaient au sein des collections de Kesselring par exemple).

     On ferait de ce bouquin un bon film d'avant-garde rigolo, à la Maurizio Nichetti. Mais cette avant-garde-là n'est-elle pas déjà passée de mode ? Peu importe. J'ai apprécié le bouquin comme un délicieux artefact tiré des strates obscures de son époque.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/11/1994 Yellow Submarine 112
Mise en ligne le : 22/9/2004


 

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