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Neurotwistin'

Laurent QUEYSSI



Illustration de GYNUX

LES MOUTONS ÉLECTRIQUES (Lyon, France), coll. Nouvelles et Romans n° (8)
Dépôt légal : mars 2006, Achevé d'imprimer : mars 2006
Roman, 272 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 2-915793-17-4
Format : 13,0 x 20,0 cm  
Genre : Science-Fiction

Avec des illustrations de Rémy Cattelain, Laurent Claret, Al Covial, Frédéric Grivaud, Gynux, Afif Khaled, LIcooljo, Patrick Marcel, Rica, Tanxxx, Nicolas Trespalle.



    Quatrième de couverture    
     Années 1990 : Harry est une grenouille au cerveau modifié, capable de converser et de réfléchir comme un humain. Mais le batracien est aussi écrivain. L’œuvre de sa vie s’appelle Neurotwistin’, série dont l’essentiel de l’action se déroule dans les...
     Années 1960 : Mary Gentle, Brian Taylor et les autres agents de l’Unité 3 luttent contre de mystérieux terroristes dont le but principal semble être la destruction du réseau mondial encore à l’état expérimental, l’intanciel, et l’anéantissement des premiers animaux modifiés.
     À travers deux récits parallèles, les mystères qui préoccupent l’auteur tout autant que les héros de sa fiction vont être peu à peu dévoilés. Uchronie qui piétine et encense le cyberpunk, Jerry Cornelius, Modesty Blaise, James Bond, les Invisibles et les Beach Boys, Neurotwistin’ dégaine l’arsenal pop pour plonger dans l’esprit de ceux qui veulent « changer le monde ».
 
     Laurent Queyssi est musicien, traducteur de romans et de comics, intervieweur des plus grands bédéastes actuels. Il prépare un volume de la collection « Bibliothèque rouge » sur James Bond, tant tous les grands mythes des années « pop » irriguent sa culture et son œuvre.
 
    Critiques    
     « L'intelligence continue de faire peur. » (p.158)

     Grenouille « améliorée à coup d'implants » — comme d'autres animaux sur lesquels des expériences similaires ont été menées — , Harry a acquis non seulement une intelligence mais aussi une sensibilité humaine. S'il peut toujours défouler ses pulsions sexuelles auprès de ses congénères qui coassent stupidement, il ne peut donc plus tomber amoureux que de véritables humaines...
     De plus, il connaît un grand succès en tant qu'écrivain, grâce à sa série d'espionnage intitulée Neurotwistin', « an amazing psycho-pop adventure » qui se déroule dans les années 1960...

     Pour son premier roman 1, Laurent Queyssi a su créer un univers aussi attrayant qu'original. Il s'agit d'une uchronie où la conquête spatiale n'a pas eu lieu, la recherche scientifique s'étant à la place orientée vers les implants, l'intelligence artificielle et la création d'un réseau mondial appelé « intanciel ». La divergence a eu lieu en 1957, lorsque Nicolaï Amosoff a découvert la technologie des implants neuronaux.
     La forme est également originale. Le très attachant et mélancolique Harry nous livre en vrac mémoires, confidences et réflexions quant à son destin si particulier, mais ces pensées vagabondes se mêlent étroitement aux épisodes de son roman-feuilleton d'espionnage que l'on suit en parallèle. S'y imbriquent également d'autres documents comme des lettres et même un script pour une adaptation télévisée. Le tout truffé de références aux années pop — avec même un des Beach Boys en guest star — et à la SF.
     Et dans cette sorte de journal intime fragmentaire, la réalité entre rapidement en résonance avec la fiction : les motivations des méchants de Neurotwistin' tournent autour de leur conviction que leur monde n'est pas tel qu'il aurait du être, tandis que les animaux modifiés et « l'ère de l'information » paraissent aussi menacés dans le monde réel. Faut-il remettre en question le réel ?

     Cet étonnant cocktail se montre particulièrement séduisant d'autant que, pour une fois, on ne déplore aucune longueur dans le récit. Au contraire, on lit avec autant d'intérêt la pseudo fiction intercalée que l'histoire principale, car les deux aspects, dont les tonalités s'opposent, s'équilibrent pourtant de manière parfaite — fait fort rare dans ce genre d'exercice où l'une des parties s'avère souvent moins intéressante. Cela témoigne sans doute de la rigueur de la construction, rigueur que la fantaisie pétillante du récit ne rend pas immédiatement perceptible mais que l'on devine lorsque les fils cachés de l'intrigue se nouent.
     Bref, par bien des aspects, Neurotwistin' se montre un ouvrage des plus réjouissants. Il a d'ailleurs suscité suffisamment d'enthousiasme pour que plusieurs dessinateurs aient participé au jeu : leurs dessins ajoutent encore à l'humeur joyeusement pop de l'ensemble. Un épatant premier roman !


Notes :

1. Extension d'une nouvelle homonyme publiée dans l'Anthologie Passés recomposés.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 8/5/2006 nooSFere


     Harry est une grenouille au cerveau modifié capable de parler. Mieux, Harry est capable de tenir une conversation, d'écrire des romans de gare et de tomber amoureux de sa secrétaire qui s'apprête à convoler en justes noces avec un... humain, cela va de soi. Harry, qui habite Paris, dans le 18e, et se promène parfois sur de grandes jambes cybernétiques, est connu dans le monde entier non seulement parce qu'il est doué de parole, mais aussi grâce à sa série Neurotwistin', des romans d'espionnage bas de gamme, psychépop, très Chapeau melon et bottes de cuir pour tout dire, dans lesquels Mary Gentle, Brian Taylor et les autres membres de l'unité 3 poursuivent un étrange terroriste, surnommé à juste titre « le Magicien ». Evidemment, Laurent Queyssi a bien potassé son Maître du haut château pour les nuls, et peu à peu se dessine un lien entre la genèse d'Harry la grenouille bavarde et les événements narrés dans sa série d'espionnage Neurotwistin'.

     En mars et avril 2006, les Moutons électriques publiaient (selon leurs dires) deux premiers romans français : Manhattan Stories de Jonas Lenn (critiqué dans Bifrost n°43) et Neurotwistin' de Laurent Queyssi. Dans les deux cas, il y a déception et légère tromperie sur la marchandise : Manhattan stories est un recueil de quatre enquêtes avec un personnage et un décor récurrents ; Neurotwistin' est l'expansion maladroite, étonnamment falote, d'une nouvelle plutôt sympathique (publiée dans l'anthologie Passés recomposés, aux éditions Nestiveqnen). Malgré le syndrome du chewing-gum étiré au point d'en perdre toute saveur, subsistent quelques petites choses formidables dans Neurotwistin' version longue, des détails qui font mouche, des réflexions qui hisseraient le récit si celui-ci était présent, mais patatras !, d'histoire intéressante on ne trouve point dans ces 272 pages. La vie d'Harry est certes pleine d'anecdotes croustillantes, de tendresse (n'ayons pas peur du mot), mais elle laisse trop la place à sa série Neurotwistin', poussive, dont l'intrigue à logique floue tient plus des Monty Python victimes d'une gastro-entérite carabinée que de John Le Carré.

     Neurotwistin', premier roman sympathique et raté, où apparaissent entre autres Kim Philby et Jerry Cornélius, peut cependant se targuer d'une qualité essentielle : il nous rappelle la vaillance de deux de ses nombreuses sources d'inspiration : Le Programme final de Michael Moorcock (critiqué dans Bifrost n°31) et Les Puissances de l'invisible de Tim Powers (critiqué dans Bifrost n°33). Au final, on oubliera sans mal ce premier roman anecdotique, tout en gardant à l'esprit que Laurent Queyssi est désormais un auteur à surveiller.

Thomas DAY
Première parution : 1/10/2006 dans Bifrost 44
Mise en ligne le : 13/3/2008


     Depuis leur création, les éditions des Moutons Électriques font montre d'un soin tout particulier apporté aux ouvrages qu'ils publient au compte-goutte. Neurotwistin', le tout premier roman signé par un jeune auteur prometteur, ne déçoit pas. Avec un talent certain, Laurent Queyssi signe en effet un roman déjanté qui, c'est sûr, ravira les fans de romans de SF cocasses et caustiques.

     Le pitch ? La vie plus que curieuse d'une grenouille « intelligente ». Doué d'un drôle de logos, Harry est le genre de grenouille au cerveau modifié, ou plutôt, pourrions-nous dire, « humanisé ». Impossible de passer à côté de cet être vivant aussi étrange que loufoque ! Harry, le narrateur et auteur du livre, raconte sa difficulté de vivre dans un monde où il se trouve être la seule grenouille pensante. Pourquoi ? Est-ce parce que, tel qu'il s'obstine à le dire et le penser : « L'intelligence continue de faire peur » ?... De fait, c'est avéré, les implants dont Harry a bénéficié ont fait de lui une grenouille hors norme, capable à la fois d'une sensibilité humaine des plus délicates, comme de pulsions sexuelles qui en font un batracien unique en son genre. Avec ça, ajoutez un vrai talent d'écrivain, et vous êtes en présence de la seule grenouille capable de vous écrire des récits d'espionnage et un journal intime fragmenté et déjanté.

     Tel est le pari de Laurent Queyssi : nous conter la vie d'une grenouille saine et intelligente dans un monde malade et stupide. Y mêler de belles aventures d'espionnage uchroniques prenant place dans les années 60. Après vous être fait à l'idée qu'une grenouille puisse à la fois mieux penser et mieux écrire que vous ne pourriez le faire, tâchez aussi d'oublier qu'il y a eu la moindre conquête spatiale. La science s'est en effet orientée, si l'on s'en tient au texte de Harry, vers la recherche en matière d'implants et d'intelligence artificielle. En a résulté la création d'un réseau mondial appelé « intanciel ». Cette fracture avec le réel que nous croyons si bien connaître, a eu lieu durant l'année 1957, alors que Nicolaï Amosoff faisait cette magnifique découverte en matière de technologie des implants neuronaux. Ajoutez-y encore quelques terroristes furibards qui n'ont en tête qu'une seule chose : faire exploser le réseau mondial encore à l'état d'expérimentation, et vous tenez, c'est garanti, l'un des ingrédients qui font de ce roman un détonnant objet où se rencontrent James Bond, Les Beach Boys, Jerry Cornélius, ou encore un bel hommage au Cyberpunk.

     Le cocktail, je vous l'accorde, est explosif. Et le roman plutôt original. Une originalité qui tient surtout à la très grande culture de l'auteur en matière de rock'n'roll, comics, romans d'espionnage et d'anticipation — Neurotwistin' explore en effet tous les domaines de la culture et de la contre-culture.

     La toute première partie du roman, qui nous raconte avec humour et non sans cynisme l'histoire d'une grenouille aux neurones humains et aux aventures chaotiques, n'est qu'un prétexte pour explorer, sous un autre angle, la question de la modification génétique, la question éthique des implants neuronaux. On y verra peut-être même une remise en question existentielle de la définition même de l'homme et de l'animal. Et la magie du récit fonctionne. On suit avec beaucoup d'attention les péripéties de ce vert héros, d'ailleurs illustrées, avec un talent certain, par quelques compositions de dessinateurs tels Rémy Cattelain, Al Covial, ou encore Tanxxx. Ces intrigues feront la joie des amateurs du genre, et la philosophie décalée du héros de Laurent Queyssi, pris en sandwich entre fiction et réalité, vous fera vraisemblablement réfléchir. Notre bonne grenouille aux neurones génétiquement modifiés a un avantage sur l'ensemble de l'humaine espèce : Harry est une grenouille qui vous veut du bien. Une grenouille heureuse. Et vous ?

Marc ALPOZZO
Première parution : 1/5/2007 dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 4/3/2009


 
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