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La Dimension des miracles revisitée

Robert SHECKLEY

Titre original : Dimension of Miracles Revisited, 2000

Cycle : La Dimension des miracles  vol. 2

Traduction de Jean-Marc LOFFICIER
Illustration de GRILLON

BLACK COAT PRESS , coll. Rivière Blanche - Fusée n° 3
Dépôt légal : septembre 2007
236 pages, catégorie / prix : 17 €
ISBN : 978-1-934543-17-7
Format : 12,8 x 20,3 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     « Ayant dirigé la plus vaste organisation de police secrète dans l'histoire de l'univers, je crois que je suis admirablement qualifié pour réussir dans la publicité ! »
Baron Corvo

     Robert Sheckley est l'un des plus grands écrivains de science-fiction américaine, réputé pour son humour grinçant et ses satires délirantes se moquant des poncifs du genre. Ses romans, Echange Standard et La dimension des miracles anticipaient brillamment la série du Routard Galactique de Douglas Adams. Sheckley fut aussi un auteur de thrillers, adaptés au cinéma, tels La dixième victime, Le prix du danger et Le temps meurtrier (Freejack).

     La Dimension des Miracles Revisitée est le dernier roman rédigé par Robert Sheckley avant sa mort en 2005. Le vagabond cosmique Tom Carmody retourne au Centre Galactique, où il se trouve, malgré lui, impliqué dans un complot visant à renverser le Roi de l'Espace Infini. Le roman pullule de personnages hauts en couleur tels Sheesh, le vénal Envoyé Royal, Ethel, la Mauvaise Sorcière de Fouilly-la-Vase, le Baron Corvo, chef de la police secrète, la Princesse Robin, le Joueur-de-tours, dispensant tous la philosophie anarchiste de l'auteur.

    Sommaire    
1 - Jean-Marc LOFFICIER, Avant-propos, pages 7 à 7, Introduction
2 - Robert SILVERBERG, Bob le flambeur, pages 9 à 11, Préface, trad. Jean-Marc LOFFICIER
 
    Critiques    
     Convoqué par le Roi de l'Espace Infini, Tom Carmody reprend le chemin du Centre Galactique...

     Voilà un roman que j'ai abordé non sans une certaine appréhension. D'une part, parce que voilà plus de vingt ans que j'ai lu mon dernier Sheckley — une relecture serait-elle aujourd'hui à la hauteur de mes souvenirs ? D'autre part, parce qu'il s'agit ici du dernier roman de l'auteur, qui n'a pas trouvé d'éditeur en Amérique — ne s'agit-il pas d'une œuvre « déclinante », à l'image par exemple des derniers romans de Jack Vance, sympathiques mais peu inspirés ?

     La surprise fut d'autant plus heureuse : j'ai adoré ce roman où l'on retrouve intacts la verve, le grain de folie et le nonsense sheckleyen. Si La Dimension des miracles était une sorte d'Odyssée burlesque où Tom Carmody peinait à retrouver le chemin de la Terre, cette Dimension des miracles revisitée évoque irrésistiblement Alice au pays des merveilles : dans une sorte de conte enfantin, nous errons dans le Centre Galactique à la rencontre de personnages extravagants tels un roi qui se découvre anti-monarchiste, un envoyé royal qui fait commerce de faux-souvenirs, une camériste qui décrit et commente en temps réel les actions et pensées de sa princesse comme s'il s'agissait de faits déjà accomplis, un cendrier et un briquet qui se disputent sur leur conception de l'univers — est-il en équilibre sur le dos d'un petit crabe ou d'un tatou de taille moyenne ? — , un rêveur juif pourchassé pour ne pas avoir le Cachet Faisant Foi, un « Auteur de recherche » nommé Gogol... ou encore le Caveat... Le quoi ?1

     Autour de cette galerie de personnages insensés, l'intrigue part d'un banal complot politique pour aboutir au Ragnarok, à une fin des temps où l'univers change de main, passant d'une Entité divine au facétieux Joueur-de tours (le « Trickster » qui, comme pour rendre hommage à Alice, s'autorise d'ailleurs à parodier un certain chat2). En chemin, la Réalité est parfois mise à mal3, mais malgré l'apparente désinvolture de la narration, malgré l'enchaînement d'épisodes loufoques, le conte se transforme en fable où la morale est au moins triple : il y aurait peut-être moyen de vivre sans gouvernements4, l'étranger n'est pas synonyme de danger et tout système organisé se voit de toute façon condamné à s'auto-renverser5. Une morale joyeusement anarchiste qui pourrait constituer le testament de Sheckley, le legs qu'il laisse à l'univers entier, un univers trop vaste pour que l'homme n'y soit pas irrémédiablement égaré.

     Bref, profitez de cette édition exclusive, inédite à l'échelle mondiale, que nous offre Rivière Blanche. Un Sheckley, ça ne se laisse pas passer !


*

     Citations :

     1/
     « Le Caveat, néanmoins, n'avait pas confiance en elle.
     Le quoi ?
     Un examen rapide de notre récit démontrera que le Caveat, que nous connûmes autrefois sous le nom du Prix, n'a pas encore été introduit, et ce à cause de forces extérieures aux Comptrôleurs de cette histoire. Nous nous excusons donc pour le dérangement, mais il est maintenant nécessaire de le faire entrer en scène. Désolé de ne pas avoir le temps d'expliquer ce qu'il est, comment et pourquoi il est là, à quoi il ressemble, ou de vous donner n'importe quel autre détail à son sujet. Notre récit doit continuer. » (p.119)

     2/
     « Il sourit — un vrai sourire malicieux de Joueur-de-tours — et commença à disparaître » (p.203)

     3/
     « On entendit soudain un grand coup de tonnerre et la foudre illumina brièvement le ciel. La réalité, qui détestait les ruptures de continuité, le faisait savoir. L'espace d'un instant, Tom se trouva en conversation avec un homme vêtu comme un clergyman, puis un perroquet, puis un lama tibétain, avant de disparaître.
     Nous sommes presque en fin de chapitre. Comment trouvez-vous ce récit ? Que pensez-vous qu'il va arriver ? Où en sont nos différents protagonistes ? Les réponses à ces questions ne peuvent pas être fournies tant que la réalité est en panne. C'est l'évidence même. Ou alors, il faudrait que vous les inventiez vous-mêmes, mais si vous n'en êtes pas capables, alors vous risquez de vous retrouver au même point, qui est nulle part, seul, face à face avec vos tautologies.
     Il vaut mieux attendre que la réalité redémarre. » (p.169)

     4/
     « Après le départ du Baron, il y eut une brève période d'interrègne, pendant laquelle personne ne gouvernait, chacun faisant ce qu'il lui plaisait. Rien de très mauvais ne se produisit, mais tout le monde savait que cela ne pouvait durer. Les êtres intelligents ont l'habitude qu'on leur dise ce qu'il faut qu'ils fassent, et ensuite de se plaindre à ce sujet. Dès lors que plus personne n'était là pour leur donner des ordres, les habitants du Centre Galactique vaquaient à leurs occupations, l'air vaguement effrayé et confus, certains qu'une révolte massive des éléments asociaux n'était qu'une question de jours. Les-dits éléments asociaux, eux, ne se percevaient pas comme tels, mais plutôt comme des gens épris de liberté, ce qui n'est pas la même chose. En l'absence de gouvernement, ou de figure d'autorité, ils attendaient, eux aussi, patiemment, d'avoir quelqu'un contre qui se dresser. » (p.213)

     5/
     « — Je tiens de la plus haute autorité, dit Tom, qu'il n'y a pas de place pour les Rêveurs étrangers au Centre Galactique.
     — Tu sais sans doute cela, dit Odin, mais as-tu poursuivi le raisonnement ? Que ce refus des étrangers est peut-être ce qu'il y a de fondamentalement mauvais au Centre Galactique ?
     — Comment le Centre pourrait-il être mauvais ? demanda Tom. Il est ce qu'il est, après tout.
     — Et cela aussi est mauvais ! Qu'est-ce qui te fais croire que ce qu'il est est aussi ce qu'il devrait être ?
     — Et pourriez-vous me dire ce qu'il devrait être ?
     — Même si je le pouvais, je ne le ferais pas ! Le devrait être est fonction de ce qui arrive ensuite. Chaque homme, quand il est mûr, doit de forger sa propre destinée et décider pour lui-même de son sens. Ce qui arrive ensuite n'a jamais de sens au moment même où on le vit ; ce n'est seulement qu'après, bien après, qu'on en découvre le sens, quand on a l'opportunité d'y réfléchir. Vous espériez une merveilleuse aventure lors de ce voyage, n'est-ce pas, Tom ? Des péripéties qui remueraient votre âme et vous donneraient un but et fourniraient un sens à votre vie. Mais la notion de sens n'est pas statique, n'est pas quelque chose qui ne change jamais, quelque chose qui peut être décidé une bonne fois pour toute. Avez-vous enfin compris que le but de tout système organisé, fût-il une galaxie entière, est de s'auto-renverser ? » (p.229)


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 20/10/2007 nooSFere


     Robert Sheckley a tiré sa révérence en 2005. Il doit bien se marrer, maintenant qu'il a rejoint Fredric Brown et John Sladek. Mais il n'est pas parti comme ça, le bougre ! Il nous a laissé rien moins qu'un dernier roman : La Dimension des miracles revisitée. Nous retrouvons donc ici Carmody, le héros de La Dimension des miracles (dont la dernière édition française, au Livre de Poche, indisponible, date de 1989), qui était parti chercher son prix au Centre galactique. Le premier tome de ce diptyque se concentrait sur Tom, et le long chemin qui devait le ramener à la Terre. Le fameux Centre galactique n'était qu'évoqué au tout début du roman. Dans La Dimension des miracles revisitée, Sheckley nous convie à une visite guidée de cet étrange royaume qu'est le Centre galactique. Il apparaît vite qu'il s'agit d'un royaume d'opérette dirigé par un souverain fantasque, qui n'en fait qu'à sa tête. Le mystérieux Baron Corvo, plus proche de Fouché que de son excentrique homonyme terrien, s'occupe d'y faire régner l'ordre et la sécurité. Carmody y jouit du statut d'un véritable dieu. On ne compte pas les reliques et autres objets qu'il aurait laissé ici ou là. Objets qui font surtout la fortune des marchands du temple. Bref, tout irait pour le mieux si on ne complotait pas pour renverser le roi. C'est dans ce contexte que débarque Carmody, convoqué par le roi. Sauf que le roi est en fuite, et que personne ne sait s'il est même encore en vie ! Autant le dire tout de suite, il est difficile de résumer un roman de Sheckley, et celui-ci ne fait pas exception à la règle : au contraire ! Roman polyphonique, l'auteur y croise les destins et les intrigues avec bonheur. On y retrouve avec grand plaisir cette ambiance de joyeux foutoir délirant, où la loufoquerie le dispute au délire le plus échevelé. On y verra entre autres un cendrier et une cigarette confronter leurs visions réciproques de l'univers. On en apprendra aussi beaucoup sur le commerce légal des armes illégales. Sans parler des interventions de l'auteur et autre bug de la réalité ! J'en passe et des meilleures, car Sheckley ne se limite pas au délire. Sans avoir l'air d'y toucher, il tire à boulets rouges sur la xénophobie et le racisme. La Shoah est même évoquée avec une pudeur poignante. Il s'interroge également sur la nature et la légitimité même du pouvoir. Sous l'humour, Sheckley glisse avec grand talent de la réflexion et même de l'émotion. On a presque l'impression par moment de lire du Sturgeon. Saluons donc Rivière blanche pour son heureuse initiative. Initiative Préfacée par Robert Silverberg, qui plus est ! Profitons-en aussi pour rappeler combien Sheckley nous manque. Il serait grand temps que les éditeurs français ressortent Oméga, Pèlerinage à la Terre ou La Dimension des miracles. Toutefois, quand on sait que cette Dimension des miracles revisitée n'a pas trouvé preneur ailleurs qu'en France, et même pas aux USA ou au Royaume-Uni, on est effondré. Il serait vraiment dommage, voire impardonnable, que la mort physique de Sheckley s'accompagne de sa mort éditoriale. Ce livre est enfin, aussi, l'excellente occasion de (re)découvrir Sheckley : ne la ratez pas !

Olivier PEZIGOT
Première parution : 1/1/2008 dans Bifrost 49
Mise en ligne le : 27/1/2009


 
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