Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Lombres

China MIÉVILLE

Titre original : Un Lun Dun, 2007
Première parution : Londres, Royaume-Uni : MacMillan, janvier 2007

Traduction de Christophe ROSSON
Illustration de China MIÉVILLE
Illustrations intérieures de China MIÉVILLE

AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France), coll. Jeunesse
Achevé d'imprimer : octobre 2009
644 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-84626-214-9
Format : 13,0 x 19,9 cm   
Genre : Fantastique

Vernis sélectif.



    Quatrième de couverture    
     Par une entrée dérobée, Zanna et Deeba pénètrent dans la ville délirante de Lombres. Ici sont échoués les choses perdues ou cassées de Londres et même quelques-uns de ses habitants, comme Brokkenbroll, le patron des parapluies cassés, ou Hemi, le garçon a moitié fantôme.
     Lombres, c'est Londres de l'autre côté du miroir, une ville merveilleuse aux charmes étranges qu'un sombre nuage nommé Smog rêve de détruire.
     Une ville effrayée qui attend un héros...
 
« Offrez Lombres à un ado et pensez à le lui emprunter
quand il aura fini de le lire. » Wired
 
     China Miéville est né en 1972, auteur de romans fantastiques, il vit et travaille à Londres. Lauréat du Bristish Fantasy Award, il a remporté deux fois le prestigieux prix Arthur C. Clarke.

    Prix obtenus    
Locus, roman pour la jeunesse, 2008
Elbakin, roman jeunesse francophone, 2010
 
    Critiques    
[Recension de la VO parue en 2008 chez Del Rey]

     Le moins que l'on puisse écrire, c'est que China Miéville a pris tout le monde de court en écrivant un roman jeunesse. Si on l'a connu auteur de romans sociaux et engagés, on ne l'attendait pas sur le terrain des contes folkloriques et de l'hommage à des textes tel qu'Alice au pays des merveilles.

     A l'instar du Neverwhere, de l'autre écrivain surdoué du fantastique anglais, Neil Gaiman, Un Lun Dun relate les péripéties d'une jeune héroïne dans les rues fantasmagoriques d'un Londres transformé et méconnaissable. Un Lun Dun, c'est en fait la déformation d'UnLondon. Une altération patronymique qui s'applique à toute la ville et revêt de nombreuses formes, aussi bien syntaxiques que physiques. Les quartiers d'UnLondon regroupent des communautés sub-culturelles marquées, avec parfois une ghettoïsation profonde — ce qui permet à l'auteur de renouer avec certains de ses thèmes récurrents, comme le racisme. Toujours est-il que les fantômes, les morts sont parqués dans un seul et même lieu, tout comme les artistes, d'ailleurs, et que le pôle décisionnaire se trouve sur un pont capable d'apparaître de manière aléatoire à n'importe quel endroit sur le fleuve. Un centre de pouvoir insaisissable, en somme. Sur le fond, China Miéville reste cohérent. C'est sur la forme qu'il innove. Une innovation qui paie : Un Lun Dun a obtenu le prix Hugo du roman jeunesse 1.

     L'histoire s'engage avec deux mignonnes petites londoniennes, Zanna et Deeba. Elles ont douze ans et n'ont d'autre souci que celui de bien travailler en classe. Pourtant, la vie de Zanna va prendre un tour étrange lorsque plusieurs évènements surviennent successivement : elle rencontre un renard incroyablement docile, voit un graffiti sur un mur qui lui est destiné, sa maîtresse l'appelle « Shwazzy », son père manque de la renverser au volant de sa voiture et un parapluie cassé vient se coller à sa fenêtre le soir même. Mue par une curiosité surnaturelle, Zanna, accompagnée de Deeba, se retrouve au beau milieu de la nuit, au fond d'un bâtiment abandonné, occupée à tourner une manivelle... Les gamines sont alors projetées dans une ville qui ressemble à Londres, mais un Londres autre, ce que confirment bientôt de nombreux détails. Et comme il n'y a aucun moyen de faire demi-tour, les deux amies commencent à errer dans UnLondon.

     Dans ce livre, et ça ne surprendra personne, l'univers de China Miéville se veut aussi foisonnant et aussi généreux en inventions que celui d'Alice au pays des merveilles. L'idée n'est pas de recycler les idées de Lewis Carroll, mais bien de construire un monde au moins aussi cohérent (ou aussi incohérent) où l'on retrouverait en toile de fond le même sens de l'absurde. C'est ainsi que Deeba et la Shwazzy (l'élue) côtoient ou croisent le chemin de créatures extraordinaires et merveilleuses comme les poubelles ninjas armées de nunchakus (Binjas en VO), les araignées-fenêtres renfermant des chasseurs de trésors égarés, des bus volants dont certains sont munis de pattes, des mouches géantes servant de montures, des girafes carnivores et terriblement dangereuses, des créatures-mots, des animaux de compagnie pour cartons d'emballage... Et cette faune hétéroclite habite des lieux hors du commun qui sont les déformations littérales et réelles des lieux les plus célèbres de Londres — Westminster Abbey se trouvant rebaptisée Webminster Abbey (à cause des araignées-fenêtres, bien entendu !). Dans le jeu syntaxique et linguistique, Miéville s'en tire avec les honneurs, non sans un élégant sens de l'absurde. Les clins d'œil sont nombreux, tout comme les pichenettes assenées aux célèbres références du moment ; Miéville se permet ainsi d'envoyer valser le concept du jeune héros à la destinée exceptionnelle qui vaincra celui-qui-faut-pas-qu'on-dise-son-nom-sinon-on-est-mort.

     En accord avec ses opinions politiques marquées, l'écrivain anglais profite du voyage pour égratigner les détenteurs du pouvoir de UnLondon, leur gestion de la ville discriminatoire et en particulier leur politique environnementale catastrophique qui explique la mission de la Shwazzy : elle doit s'opposer au Fog, ce brouillard formé par la pollution de Londres, ici doué d'intelligence, qui tente de prendre possession de la ville...

     Bourré d'humour, pétri de références, joyeusement écologique, Un Lun Dun est un bouillon d'idées aussi farfelues les unes que les autres. Une lecture plus que recommandable, et un premier roman jeunesse remarquable.

Notes :

1. Petite erreur d'inattention du chroniqueur qui a confondu les prix Hugo et Locus. [note de nooSFere]


Emmanuel BEAUJOT
Première parution : 1/1/2009 dans Bifrost 53
Mise en ligne le : 30/9/2010


     Du Londres du Roi des Rats (critique in Bifrost n°44) à la Nouvelle-Crobuzon de Perdido Street Station (critique in Bifrost n°33), on connaît le goût de China Miéville pour les territoires urbains étranges dont il a fait son terrain de jeu de prédilection. Il récidive avec ce nouveau roman, dans un contexte toutefois assez différent puisqu'il s'agit d'une œuvre destinée à la jeunesse.

     Deux adolescentes, Zanna et Deeba, se trouvent embringuées à la suite de quelques rencontres incongrues dans une histoire qui va les conduire à Lombres, version surréaliste et farfelue de la capitale britannique, cité bâtie de bric et de broc, où les immeubles sont faits de vieux appareils électroménagers ou de 33 tours rayés, et dont quelques hauts lieux viennent à l'occasion nous rappeler leur pendant londonien.

     Les habitants de cet univers foutraque, qu'un Lewis Caroll n'aurait pas renié, sont au diapason : fantômes et demi-fantômes, poubelles adeptes des arts martiaux, mots incarnés en bestioles plus ou moins fréquentables ou carton de lait vide faisant office d'animal de compagnie. Et dans le rôle du grand méchant de service : le Smog, noir nuage pensant en provenance directe de notre monde pollué.

     Dans un premier temps, China Miéville se focalise sur la découverte de ce monde baroque et fait montre d'une imagination débridée et réjouissante à lire. Du côté de l'intrigue, on a l'impression d'assister à un faux départ. Les enjeux sont certes exposés clairement, mais rien ne se passe comme prévu, celle que les prophéties annonçaient comme l'élue (la Shwazzy) se retrouve très vite hors-jeu, et la piste balisée qu'on pensait devoir emprunter aboutit à un cul-de-sac. Il est alors temps pour Miéville de remettre les compteurs à zéro et pour son histoire de démarrer vraiment. Jusqu'au terme de ce roman, l'auteur n'aura de cesse de mettre à mal tous les stéréotypes de ce genre de récit. Ce n'est pas la moindre de ses qualités.

     Plus classique sans doute est le rôle qu'il va attribuer à son héroïne principale. Malgré l'aspect bizarroïde de ses habitants et de leurs mœurs, ces derniers apparaissent par certains côtés très conformistes, figés dans leurs convictions, voire détestables lorsqu'ils se retranchent derrière leurs préjugés, à l'exemple du racisme et des idées reçues qu'ils nourrissent à l'égard des fantômes. Il faudra toute la candeur et le bon sens d'une gamine d'une dizaine d'années pour remettre en cause leurs croyances et permettre à leur société d'évoluer enfin.

     Le résultat est d'autant plus réussi que China Miéville a su trouver le ton juste qui convenait à cette histoire, un esprit bon enfant permanent qui parvient à dédramatiser les situations les plus sombres sans jamais verser dans la niaiserie. On s'amuse donc beaucoup à voir ses héros poursuivis par des menaces aussi improbables que des troupeaux de girafes carnivores et autres monstres hybrides. Et les illustrations de l'auteur qui parsèment le texte sont tout à fait au diapason.

     Mené à un rythme soutenu, sans temps morts ou presque, Lombres, malgré sa taille imposante, se lit d'une traite. Et s'il s'agit d'une œuvre pour la jeunesse, on aimerait que davantage de romans destinés à un public adulte se jouent aussi bien des clichés et fassent montre d'une telle inventivité.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/4/2010 dans Bifrost 58
Mise en ligne le : 17/7/2011


 
retour en haut de page
Dans la nooSFere : 65787 livres, 65290 photos de couvertures, 60556 quatrièmes.
8089 critiques, 36070 intervenant·e·s, 1453 photographies, 3688 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.