Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
L'Île habitée

Arcadi STROUGATSKI & Boris STROUGATSKI

Titre original : Obitaemyj ostrov, 1971

Cycle : L'Univers du Midi  vol.

Traduction de Jacqueline LAHANA
Traduction révisée par Viktoriya LAJOYE
Illustration de LASTH

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (119)
Dépôt légal : mars 2010
448 pages, catégorie / prix : 24 €
ISBN : 978-2-207-26091-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Échoué sur une planète archaïque dont les habitants n'ont jamais entendu parler de la valeur suprême de la vie humaine ni de la Déclaration universelle des droits de l'homme, le jeune Maxime découvre une dictature qui ne dit pas son nom, un régime politique très militarisé, aux accents ubuesques, qui utilise des tours radio pour contrôler la population. Alors qu'il pourrait accepter cette situation, d'autant plus facilement que les ondes de contrôle n'ont aucun effet sur lui, Maxime décide d'entrer en résistance,
     Roman initiatique au personnage principal très vite privé de sa candeur initiale et de son sourire éblouissant, conte philosophique au cours duquel ce même personnage apprend à se méfier des apparences, à se rebeller mais aussi à renoncer, L'Île habitée est le plus politique des romans des frères Strougatski.

     Arkadi et Boris Strougatski, nés respectivement en 1925 et 1933, sont les auteurs de science-fiction russes les plus connus au monde. Arkadi est mort en 1991.

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Inhabited Island (The) , 2008, Fyodor Bondarchuk
 
    Critiques    
[Critique commune à Stalker et L'ile habitée de Boris et Arcadi Strougatski]

     Après Il est difficile d'être un dieu l'année dernière (critique in Bifrost n°56), la collection « Lunes d'encre » poursuit la réédition des œuvres majeures des frères Arkadi et Boris Strougatski avec — toujours sous de très belles couvertures de Lasth — deux titres particulièrement marquants, L'Ile habitée et, bien sûr, le célébrissime Stalker, ou Pique-nique au bord du chemin [...] 1.

     Si L'Ile habitée ne saurait prétendre à semblable statut, ça n'en est pas moins à son tour un roman fort intéressant, très proche dans ses thématiques d'Il est difficile d'être un Dieu (le camarade Patrice Lajoye, dûment interrogé à ce sujet, a confirmé que les deux romans pouvaient être considérés comme faisant partie d'un « cycle » plus ou moins informel et comprenant en outre Tentative de fuite, antérieur, puis Scarabée dans la fourmilière et Les Vagues éteignent le vent), mais en bien plus convaincant.

     Le roman débute d'une manière atrocement banale que n'aurait pas reniée Jack Vance. Maxime, un jeune Terrien du GRL (Groupe de Recherches Libres) s'échoue sur une planète « archaïque » (dont le stade de développement correspond approximativement à celui de la Terre des années 1960, en somme...). Bientôt rebaptisé Mak Sime, il y fait la découverte d'un terrible régime totalitaire, une dictature militaire qui s'en prend aux « dégénérés ». Ceux-ci souffrent considérablement des ondes émises par des tours implantées à travers la majeure partie de l'île habitée, et c'est ce qui permet de les identifier. Mais — lâchons le mot, puisque la quatrième de couverture ne s'en prive pas — , la véritable fonction de ces tours est tout autre : elles permettent le contrôle de la population ; et c'est parce que les « dégénérés » y sont insensibles qu'ils constituent une menace pour le régime... Mak Sime n'accepte pas cet état de fait : il rejoint bientôt le maquis et se fait résistant, prêt à tout pour renverser le régime « fasciste » des Pères Inconnus...

     A la lecture de ce roman (bien plus long que les deux précités), il est une chose qui frappe immédiatement : on n'en revient tout simplement pas qu'un tel ouvrage (« le plus politique des romans des frères Strougatski », dit la quatrième de couverture — euphémisme !) ait pu être publié en Union soviétique en 1971 ! Aussi avons-nous de nouveau fait appel aux lumières du camarade Lajoye pour tenter d'expliquer cette étrangeté. Il y a tout d'abord le personnage de Maxime, qui est censé être le Komsomol parfait, le surhomme, l'homo sovieticus. Certes... Mais malgré tout, et quand bien même le régime qui nous est présenté est qualifié de « fasciste », il n'est guère difficile de lire entre les lignes... Mais il est vrai qu'il est toujours possible de faire un double discours, dans une optique brejnévienne. En outre, la popularité des Strougatski les rendait relativement intouchables, et enfin l'Union des écrivains ne s'intéressait plus à leur cas, contrairement aux années 1960, dans la mesure où elle ne les envisageait que comme écrivant des ouvrages puérils... Aussi le roman échappa-t-il largement à la censure, et seuls quelques passages concernant le fonctionnement interne des Pères inconnus, guère primordiaux, durent-ils être réintégrés (ils furent néanmoins plus nombreux que pour les deux autres romans, semble-t-il). Etonnant, tout de même...

     Quoi qu'il en soit, c'est bien ce caractère éminemment politique qui fait tout l'intérêt du roman (par ailleurs très enlevé et palpitant, même si parfois un peu gros... et on avouera que le « surhomme » Maxime a quelque chose de profondément agaçant !) : la réflexion sur le politique, notamment sur le volontarisme politique et la notion de progrès, est tout à fait passionnante — et pertinente hors de tout contexte historique spécifique, même si on constatera que la situation actuelle de la Russie rend la lecture de L'Ile habitée d'autant plus troublante...

     Un chef-d'œuvre et un très bon roman d'une actualité et d'une pertinence étonnantes : la collection « Lunes d'encre » nous a gâtés avec ces deux très belles rééditions des frères Strougatski. On en conseillera vivement la lecture à tous les amateurs de grande science-fiction, quelle que soit ses origines : la meilleure littérature n'a jamais eu de frontières.

Notes :

1. La partie consacrée à Stalker dans cette recension n'a pas été reproduite ici. [note de nooSFere]


Bertrand BONNET
Première parution : 1/7/2010 dans Bifrost 59
Mise en ligne le : 29/11/2012


 
retour en haut de page
Dans la nooSFere : 64896 livres, 63159 photos de couvertures, 59605 quatrièmes.
8086 critiques, 35552 intervenant·e·s, 1416 photographies, 3682 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.