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Féerie pour les ténèbres, l'intégrale - 1

Jérôme NOIREZ


Cycle : Féerie pour les ténèbres (omnibus)


Illustration de Aurélien POLICE

BÉLIAL' , coll. Kvasar
Dépôt légal : janvier 2012
Recueil de romans, 624 pages, catégorie / prix : 25 €
ISBN : 978-2-84344-108-0   
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     De partout, l’En-Dessous vomit la Technole. Sans que l’on sache pourquoi, sourd cette bouillie toxique et nauséabonde qui, en un autre temps, dans un univers bien différent, fit la fierté des hommes, le symbole même de leur domination sur le monde. Des hommes qui, aujourd’hui, exploitent les rebuts de cet univers disparu, mythique, dans des gisements à ciel ouvert aux allures de décharges en quête des oripeaux d’une gloire révolue...
     Dans les rues de Caquehan la noire, capitale tentaculaire du royaume, Obicion enquête. Et l’officieur de justice a fort à faire. Le crime est odieux. Une jeune fille. Une adolescente. énucléée. Gorge tranchée ouverte en croix. Là où, précisément, pour la première fois, la Technole fit son apparition... Et à l’horreur s’ajoute l’étrangeté la plus absolue car très vite, il s’avère que les os de la victime sont en... plastique.
     Ainsi débute Féerie pour les ténèbres, œuvre gigantesque, drôle et cruelle, aussi épouvantable qu’attendrissante, un monstre littéraire unique, manière de rencontre improbable entre François Rabelais, Lewis Carroll, Jérôme Bosch et Louis-Ferdinand Céline, à travers laquelle Jérôme Noirez tisse une cartographie romanesque saisissante, un objet littéraire démesuré.
     Si Féerie pour les ténèbres fut initialement publié en trois parties, la présente édition, définitive, propose en deux forts volumes dans la collection « Kvasar » l’intégrale de l’œuvre complètement révisée par l’auteur, soit trois romans, auxquels s’ajoutent, et ce pour la première fois, six longues nouvelles...
     Au sommaire du premier volume de cette intégrale :
     — Féérie pour les ténèbres (roman)
     Chat écorché ne craint plus l’eau froide (interlude)
     — Le Sacre des orties (roman)

    Sommaire    
1 - Olivier GIRARD, Un mot de l'éditeur, en guise d'introduction, pages 13 à 13, introduction
2 - Féerie pour les ténèbres, pages 17 à 285, roman
3 - Chat écorché ne craint plus l'eau froide, pages 287 à 301, nouvelle
4 - Le Sacre des orties, pages 303 à 607, roman
 
    Critiques    
     (Critique des tomes 1 et 2)

     Je pense appartenir à cette race de lecteurs boulimiques qui dévorent avec passion une bonne partie de tous ces romans qui ressortant de nos genres favoris, SF, fantastique et même — gasp ! — fantasy et bit-lit, et ce depuis aussi longtemps que je sais lire, ce qui me permet de partager avec vous de temps en temps ceux que j’ai apprécié le plus pour une raison ou pour une autre. Et il m’arrive, très rarement, d’avoir ce bonheur ultime : dès les premières pages d’un roman, réaliser que je tiens entre les mains un chef d’oeuvre ! C’est ce qui vient de se passer avec « Féerie pour les ténèbres » de Jérôme Noirez, deux épais volumes — avec de très belles couvertures d’Aurélien Police — pour lesquels je ne remercierai jamais assez Olivier Girard et les Editions du Bélial d’avoir eu le courage éditorial de publier.
     J’avoue ne pas savoir comment vous en parler, comment rendre justice à cette oeuvre inclassable : certes l’on peut se dire que c’est de la fantasy — l’action se déroule principalement à Caquehan, capitale des Terres royales, et dans divers territoires et comtés d’un univers plus ou moins médiéval — mais c’est aussi de la SF avec ces rebuts de la Technole — les déchets et les ruines technologiques de notre civilisation moderne, jaillissant à flots continus du monde de l’En-Dessous, territoire souterrain habité par des créatures effrayantes- qui envahissent la surface depuis quelques dizaines d’années et ont ainsi bouleversé les équilibres politiques et économiques d’un monde survolé par les centiloges, ces comètes carrées ou rectangulaires qui s’écrasent toutes dans la région du Centre. Jérôme Noirez nous présente les vies, en parallèles qui s’entrecroisent — si j’ose dire — , de plusieurs personnages principaux comme Obicion, officieur de justice, Gourgou et Grenotte, deux orphelins sauvageons qui ne craignent que d’être adoptés par une famille, Malgasta, femme mercenaire, Jobelot, le sonneur de psaltérion, des rioteux — les habitants de l’En-Dessous — comme Meurlon l’esmoigné ou Mesvolu le fraselé ou encore Quinette, la petite chienne pathétique. Et bien d’autres encore comme Orbarin Obaprim, le roi-charcutier, Chincheface, l’empereur chirurgien fou, Lentise le capitaine au visage ravagé par les tentacules de méduse, Ostre l’Ourselet, le chasseur des Brohls, fruit de ces unions si communes entre chasseurs et ourses ménagères au foyer, ou Estrec de Gourios, féeur devenu la Technole. Cet inventaire vous donne une faible idée de la richesse de cette « Féerie » qui est un enchantement : dans une langue qui n’appartient qu’à lui, foisonnement d’un vocabulaire créé de toute pièce pour décrire choses, plantes et animaux et de verbes inventés dont on saisit immédiatement la signification, il nous raconte une histoire pleine de poésie et de cruauté, de tendresse et de férocité, où les personnages agissent en suivant une logique à la Lewis Carroll car nous sommes dans l’univers d’une Alice sous acide mais je pourrais évoquer aussi Jonathan Swift, le marquis de Sade, Lautréamont ou Robert Sheckley. Pour vous donner une petite idée de l’esprit, quelques titres de chapitres au hasard : « Chat écorché ne craint plus l’eau froide », « L’enfer n’est même pas pavé », « Qui trop tenaille mal supplicie »ou « Thopasion se fait traiter de ’lichure de pagouse’ ».
     Cette prose magnifique, où chaque mot compte et s’apprécie, est mise au service d’une des critiques les plus impitoyables que j’ai lu de notre société de consommation, avec ces rebuteux et cette société qui ne vivent plus que de la récupération avide de produits inutiles et incompris — comme ces marchands qui servent « lentilles et couscous fraîchement sortis des conserves ! » ou « Cassoulet de Castelnaudary avec ou sans ravioli, c’est le même prix ! » — , et de notre civilisation devenue folle et inculte, à l’image des clivages et des haines qui partagent et animent toutes les factions des comtés, sans parler des religions intolérantes que manifestement l’auteur n’apprécie guère : les tableaux de Sainterel, la ville sainte qui ne vit que la religion, de son pape Octonaire, de son inquisition et de ses défenseurs comme les chevaliers lazériques (aussi lépreux et pourris de maladies que leurs chevaux) sont d’une férocité joyeuse, décrivant des horreurs sans nom auprès desquelles les démembrements et éviscérations pratiqués comme un art et une science par les fraselés paraissent empreints de compassion et de douceur... Et l’hérésie de ce monde, le Doctrinal Centripète, ne vaut guère mieux !

     En 1100 pages d’une densité sans égale, Jérôme Noirez n’a pas manqué un seul des travers de notre monde et de ses habitants, rien ne lui a échappé.
     Je n’avais pas lu les trois romans originaux qui ont été réécrits pour l’occasion, accompagnés de six nouvelles complétant le cycle dont deux inédites mais le résultat est là : un chef d’oeuvre que je qualifierais, pour terminer, en termes oenologiques. Vous avez là une Melchisédech de l’un des plus grands crus de Bourgogne, puissant et capiteux, au bouquet incomparable, qui se déguste à petites gorgées gourmandes, en savourant chacune d’entre elles !

Jean-Luc RIVERA
Première parution : 1/5/2012 ActuSF
Mise en ligne le : 27/1/2013


[Critique des tomes 1 et 2]

     Auteur rare et régulièrement célébré par ses lecteurs fidèles, Jérôme Noirez attaque 2012 avec une actualité pour le moins chargée. Après ses expériences en littérature jeunesse — expériences qui ont donné de nombreux titres aussi remarquables que décalés — , le voilà qui revient avec 120 journées chez Calmann-Lévy (sorte de méta-histoire autour des célèbres Cent-vingt journées de Sodome du Marquis de Sade), et l'édition définitive du désormais culte « Féerie pour les ténèbres ». Aujourd'hui publiée au Bélial' (qui semble abonné aux pavés), la trilogie originale est désormais rassemblée en deux épais volumes, sous une couverture irréprochable d'Aurélien Police. Pour celles et ceux qui voudraient se frotter à l'œuvre de Noirez, la porte d'entrée peut sembler massive, mais, surprise, elle se révèle légère, impeccablement huilée et, pour tout dire, magnifique. Rétif aux étiquettes et voué à une littérature à la fois personnelle et originale, Jérôme Noirez se lâche dans cette première œuvre aux allures de monstre livresque, au style riche et musical, aux enchaînements parfois trop évidents (sans doute le seul et unique reproche qu'on pourra lui faire), mais à l'ambiance proprement sidérante et à l'intelligence redoutable. Retouchée par le même Jérôme Noirez — aguerri et critique — , agrémentée de plusieurs textes inédits, cette nouvelle édition s'impose d'elle-même. Aux lecteurs d'y voir la pierre fondatrice de l'œuvre future, ou le fleuve textuel ironique d'un auteur attachant et sardonique. Ici, l'horreur le dispute à l'humour, le polar à la fantasy, le gros au maigre, dans un décor décrépit de fin du monde. Emporté par la richesse et le souffle de l'histoire, on avance dans le récit comme un gamin dans un train fantôme, à la fois excité et blasé par les squelettes en plastique et autres monstres de foire qu'on sait minables et faux, mais qui — sait-on jamais — risquent de s'animer brusquement pour nous emporter dans un lieu sombre et maléfique, d'où personne ne revient jamais. Autant dire qu'une fois la dernière page tournée, on reste étonné par la profondeur du voyage, et on constate assez vite que la littérature française contemporaine régulièrement vantée dans les pages culture des hebdomadaires les plus select n'a jamais été capable de pondre un truc aussi brillant. Preuve (en fallait-il une ?) que c'est bien du côté de la SF (au sens large) qu'on trouve aujourd'hui l'innovation, le risque et la vitalité.

     Impossible de chroniquer ces deux pavés sans insister sur le travail du son. On sait Jérôme Noirez musicien, le constat est assez logique 1. Reste que les noms propres, noms communs et autres objets merveilleux sont désignés par des mots aux sonorités gutturales, imagées, drôles ou inquiétantes, et que le procédé contribue grandement à installer l'ambiance teintée de malaise qui habille l'ensemble. On est à Caquehan, on traverse la plaine des Rioteux, on aborde l'île de Sponlieux après avoir vogué sur la mer Clapotante, on suit les aventures de Grenotte et Gourgou, on voyage par l'esprit dans l'En-Dessous, on découvre tout un monde à la fois cohérent et sale, humide et ténébreux, peuplé d'humains et de créatures dégénérées ou dangereuses (ou les deux), gouvernés par le roi Orbarin Oraprim. Et malgré l'opulence des décors, le foisonnement des personnages, l'empilement des situations et l'imbrication des intrigues, jamais le lecteur ne s'y perd. On avance à la bougie, rassuré par la présence de l'auteur qu'on imagine tout proche et moqueur. Auteur moqueur, certes, mais auteur malin, auteur qui sait tenir son lecteur en haleine. Témoin, ce début aux allures de polars, où l'inspecteur Obicion traite une affaire sordide. Une jeune femme retrouvée morte... dont l'autopsie révèle assez vite que ses os sont en plastique. Car oui, le monde de Noirez n'a vraiment rien de simple. « Féerie pour les ténèbres » s'inscrit dans une temporalité quasi médiévale, aux touches de modernité pourrissante, où science et magie évoquent quelque chose d'inaccessible, entre le post-apocalyptique et l'onirisme surréaliste. Partout, la Technole suinte. Et la Technole, c'est (sans doute) des résidus de notre monde à nous, lecteurs, dont s'emparent les habitants du monde de Noirez pour faire avancer le récit. Dès lors, comment ne pas parler ici de fantasy poreuse pour définir ce qui, justement, échappe à toute définition ? Bref, pour Obicion, enquêteur vieillissant et désabusé, on sent que la tâche s'annonce compliquée, d'autant que la morte est la fille d'un féeur disparu, ces types capables de dériver en esprit dans les profondeurs du monde, au risque de s'y perdre. Ailleurs, on suit les aventures de Malgasta, jeune fille courageuse dans un monde de pleutres, bien décidée à éradiquer du tyran, mais qui risque gros sans vraiment le savoir. Et puis il y a Grenotte et Gourgou, enfants sans parents aux orifices bavards. Et d'autres, beaucoup d'autres... Si l'ensemble déroute, répétons-le, Jérôme Noirez sait parfaitement où il va, et le lecteur est ébahi, sonné, mais jamais assommé. Complots, combats, décors grandioses et plomberie, « Féerie pour les ténèbres » est un coup de maître. Un machin qui laisse pantois, un truc qu'on prête aux amis sourire en coin, en leur murmurant tiens, vas-y, essaie-moi ça, tu m'en diras des nouvelles. Un morceau de bravoure, tout simplement, dont l'envoûtante beauté et la douloureuse intelligence emportent de la première à la dernière ligne. Impressionnant.

Notes :

1. A ce sujet, on renverra le lecteur curieux à l'écoute de la bande-son du cycle composée par l'auteur, et disponible gratuitement sur le site de l'éditeur : www.belial.fr, . [NDRC]


Patrick IMBERT
Première parution : 1/4/2012 dans Bifrost 66
Mise en ligne le : 18/7/2013


 
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