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Enfin la nuit

Camille LEBOULANGER



Illustration de LERAF

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (283)
Dépôt légal : août 2011, Achevé d'imprimer : juillet 2011
192 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : 978-2-84172-554-0
Format : 14,5 x 20,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     « Le ciel était embrasé. On avait bien donné des explications à la télévision, histoires de guerres, de catastrophes, d’ennemis, d’alliés. Des noms, d’autres, beaucoup de noms qui se croisaient sans grande cohérence entre eux. Alors, du coup, les gens étaient dans la rue, le regard plongé dans le feu du ciel. Le grand embrasement. Ravage. La nuit était plus claire que le plein jour. Les lampadaires devenaient inutiles. Le ciel s’était allumé le 23 janvier, sur le coup de 22 h 30. Et si, sur le moment, personne ne comprenait vraiment ce qu’il se passait, il faudrait bien admettre, une semaine plus tard, que la nuit ne retomberait plus jamais. »
 
     Un flic, Thomas, et une adolescente, Sophie, se mettent en route vers le sud. Pour aller où ? Peu importe, ils sont vivants, ils avancent, dans ce monde aveuglant où la nuit a disparu et où le jour continuel rend fou. Peu à peu, Thomas laisse derrière lui une tombe sur un rond-point et une maison en cendres, passe la frontière...
 
     Dans ce roman envoûtant, à la fois road movie et expérience post-apocalyptique, la violence le dispute à l’humour noir.
 
    Critiques    
     Un 23 janvier, la nuit disparaît. Du moins en France. Ailleurs, on ne sait guère. Le ciel se teinte d'un jaune éblouissant et l'hiver est aboli par tant d'ensoleillement. Quant aux gens, les voici déboussolés. Les uns meurent, les autres fuient — mais pour aller où ? Fuir et tout abandonner derrière lui, c'est ce que fait Thomas, un policier. Au cours de son errance, il rencontre Sophie, une ado de seize ans avec qui il poursuit sa route, jusqu'à une gare où des gens désœuvrés attendent un train. D'où vient le train ? Pour aller où ? Viendra-t-il seulement ? Personne ne le sait ; tout le monde attend. Par la suite, Thomas poursuit seul son chemin dans des paysages désolés, jusqu'à rencontrer Etienne, un autre flic qui a aimé une autre Sophie...

     De Camille Leboulanger, tout jeune auteur, on a pu lire « 78 ans » dans l'anthologie Ceux qui nous veulent du bien (chez la Volte), une nouvelle qui brille par... pas grand-chose. Son insignifiance, peut-être, qui donnait peu d'attentes sur ce court et premier roman.

     Enfin la nuit ne s'attarde guère sur le phénomène à l'origine de l'intrigue. Quelques hypothèses sont vaguement évoquées, et c'est tout. Que la nuit cesse est une chose pour laquelle on peut bien suspendre son incrédulité, pour peu que les conséquences du phénomène soient correctement exploitées. Ici, on se demande bien pourquoi ce jour éternel provoque une telle mortalité en France, pourquoi l'électricité cesse de fonctionner quasiment partout, pourquoi la faune et la flore sont moins affectées que les humains. Cette légèreté dans le traitement de ce qui est quand même qualifié de « fin du monde » déçoit autant qu'elle agace.

     De toute évidence, l'intérêt se situe davantage du côté des personnages, des êtres que la vie bosselle mais pour lesquels on pourra avoir quelque difficulté à éprouver de l'empathie. Seule la mort de Sophie amène un bref sursaut d'émotion, car aussi brutale qu'inattendue. Pour le reste, le détachement du lecteur vis-à-vis de Thomas est le même que celui de Thomas par rapport au monde. Et puis il y a Etienne, l'alter ego de Thomas, que l'on aperçoit sporadiquement dans des chapitres narrés à la première personne et dont on ne saisit guère l'apport à l'histoire. Dédoublement de personnalité ? Même pas. Et ce qui aurait pu être un enjeu narratif (la rencontre des deux hommes) tombe à plat. De fait, Enfin la nuit manque cruellement d'horizon d'attente : le jour perpétuel n'est pas assez pesant pour que l'on souhaite avec ardeur le retour de la nuit.

     Enfin la nuit n'est pas sans faire penser à La Route de Cormac McCarthy. Quoiqu'ici on se situe plutôt sur un chemin de campagne, chemin qui ne mène pas aussi loin que souhaité. A vrai dire, on se demande quelle était la destination proposée par l'auteur. Néanmoins, la balade n'est pas désagréable à lire, avec une écriture volontiers cynique et faisant la part belle à l'humour noir et aux formules qui font mouche. Au final, on peut se montrer curieux de savoir ce que ce jeune auteur proposera par la suite, en espérant que le résultat s'avère davantage abouti.

Erwann PERCHOC
Première parution : 1/10/2011 dans Bifrost 64
Mise en ligne le : 22/2/2013


 
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