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Little Brother

Cory DOCTOROW

Titre original : Little Brother, 2008

Traduction de Guillaume FOURNIER
Illustration de Jeannie HARRELL

POCKET Jeunesse (Paris, France)
Dépôt légal : janvier 2012
448 pages, catégorie / prix : 18,80 €
ISBN : 978-2-266-18729-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Fan de nouvelles technologies et de jeux video en réseau, Marcus, 17 ans, mène une vie sans histoires... même s'il défie parfois les caméras de surveillance du lycée ou pirate quelques sites Internet.
     Jusqu'au jour où il est pris dans les mailles d'un service anti-terroriste, emprisonné et torturé. Marcus décide alors de combattre les abus du pouvoir en utilisant ses talents informatiques. Un acte de résistance, qui se transformera en un vaste mouvement de rébellion...

     « Ce livre n'aurait jamais vu le jour sans le roman magnifique, bouleversant, de Geroge Orwell, 1984. Le meilleur roman jamais écrit sur une société qui déraille. »
     Cory Doctorow

    Prix obtenus    
John W. Campbell, Jr. Memorial, [sans catégorie], 2009
 
    Critiques    
     Cory Doctorow est jusqu’à maintenant passé inaperçu en France. Un roman qui n’a guère marqué les esprits (Dans la dèche au royaume enchanté, Folio SF), une nouvelle dans Galaxies et une dans Solaris, c’est à peu près tout ce que le lecteur francophone a eu l’occasion de lire. Pourtant, l’auteur canado-britannique a de quoi séduire le lectorat SF : représentant de l’Electronic Frontier Fondation pendant plusieurs années (une ONG de défense de la liberté d’expression sur Internet), il est aussi cofondateur du blog Boing Boing, certainement le plus important site web sur la culture cyberpunk au sens large. Spécialiste de la gestion des droits numérique, il diffuse ses textes sur Internet en licence Creative Commons avant de les publier dans l’édition traditionnelle. Little Brother arrive en France précédé d’une réputation flatteuse : paraissant dans une collection jeunesse (young adult aux USA), il a été nominé en 2009 pour le prix Hugo du meilleur roman, face à Neil Gaiman, Neal Stephenson, Charles Stross et John Scalzi.

     Marcus est un adolescent de dix-sept ans de la région de San Francisco féru de technologie. Il sèche l’école un après-midi avec quelques amis pour participer à un jeu quand des terroristes détruisent un pont, le Bay Bridge, noyant du même coup une ligne de métro et faisant quelques milliers de morts. Pris dans la panique, les jeunes fuient un abri et se font arrêter violemment par un groupe du DHS (le department of homeland security, département de la sécurité intérieure, une organisation fondée par George W. Bush suite aux attentats du 11 septembre) qui les emprisonnent sur une île de la baie. Suspectés d’avoir participé à l’acte terroriste, ils sont interrogés brutalement jusqu’à ce qu’ils donnent leurs codes de téléphone portable et de mails pour que le DHS puisse tout fouiller. Libéré au bout de quatre jours à condition de ne surtout pas parler de cet enfermement, Marcus retourne chez lui et décide de se venger en utilisant les moyens technologiques à sa portée. Sauf que l’attentat sert de prétexte au gouvernement pour faire voter un Patriot Act II, généralisant une surveillance resserrée de toute la population soi-disant pour lutter contre le terrorisme.

     Liberté d’expression, contrôle démocratique du gouvernement ou policier de la société, utilisation de l’informatique et d’internet comme contre pouvoir, voire comme moyen de mener une résistance anonyme : difficile d’avoir des thématiques plus actuelles au moment où les lobbys de défense des ayants droit poussent des lois liberticides aussi bien aux États-Unis qu’en France, et quand on voit apparaître de véritables mouvements de lutte politique sur Internet, aussi bien dans les dictatures que dans nos démocraties. A l’opposé d’Orwell et de son big brother auquel il fait explicitement référence, Doctorow a choisi de placer son récit à notre époque et dans notre monde. Participant de longue date à ses activités par le biais de l’EFF, il dresse un portrait frappant de ce qu’apportent ces nouvelles technologies, aussi bien pour la répression, avec le fichage généralisé de la population, que pour la résistance démocratique, de l’anonymisation des informations jusqu’à leur brouillage. L’auteur en profite pour décrire diverses techniques informatiques rigoureusement exactes. Si les quelques pages de vulgarisation sont plutôt pointues, elles ne traînent pas en longueur et ne devraient donc pas ennuyer les lecteurs les moins geeks. Du côté romanesque, l’écrivain maitrise tout autant son sujet : le récit sans temps mort est un véritable page-turner. On pourra juste regretter quelques personnages trop archétypaux, voire aux réactions un peu simplistes (le père de Marcus par exemple).

     Destiné à un public « jeune adulte » (je ne conseillerai pas le livre à des ados de moins de 15 ans), Little brother est une grande réussite qui, par ses thématiques actuelles, passionnera sans problème un lectorat plus mûr.


René-Marc DOLHEN
Première parution : 1/2/2012 nooSFere


     Laboratoire d'expérimentations formelles et générateur d'images vertigineuses, la SF apparaît aussi porteuse d'un discours critique, pour ne pas dire politique. Nul besoin de remonter jusqu'à H. G. Wells pour s'en convaincre. On renverra néanmoins les étourdis à la lecture des romans La Guerre des mondes et Quand le dormeur s'éveillera pour combler leurs lacunes.

     Avec Little Brother, Cory Doctorow lorgne davantage du côté de George Orwell, le titre étant une allusion transparente au magnus opus de l'auteur britannique. Une intuition confirmée par le pseudo du héros sur la Toile : Winston (W1n5t0n, pour faire plus geek), un détail loin d'être anodin pour le lecteur de 1984. Du reste, les remerciements en fin d'ouvrage viennent ôter les ultimes doutes.

     Nanti outre-Atlantique d'une réputation d'activiste, militant pour la liberté d'expression dans les nouveaux médias et l'Internet, Doctorow met ses actes en accord avec ses paroles. Ainsi ses écrits sont-ils placés sous licence Creative Commons et de fait téléchargeables gratuitement sur le Net.

     Peu publié dans nos contrées, un fait regrettable étant donné le caractère excitant de ses idées, l'auteur canadien effectue un retour en grand format chez Pocket Jeunesse. Et on se prend à espérer que cette seconde parution, après celle de Dans la dèche au Royaume enchanté chez Folio « SF » (sans oublier bien sûr le texte au sommaire du présent Bifrost), apparaisse comme le signe annonciateur de la publication de ses autres titres, tous plus intéressants les uns que les autres.

     Un mot rapide de l'histoire. Après le 11 septembre 2001, les Etats-Unis sont à nouveau les victimes d'une attaque terroriste. La cible : le Bay Bridge à San Francisco. Patriot Act II : mise entre parenthèses des droits constitutionnels ; le gouvernement donne tout pouvoir à un service anti-terroriste qui s'empresse de mettre la ville au pas. Parmi ses victimes figurent Marcus et sa bande. Des jeunes, fans de nouvelles technologies, de jeux vidéo en réseau, mais surtout des adolescents attachés à leur liberté. Révolté par leurs pratiques, Marcus choisit de défier les chiens de garde de l'Etat. Pour le meilleur et pour le pire. De quoi se forger une éducation citoyenne sur le tas. De quoi se coltiner avec la réalité.

     Même s'il n'apparaît pas comme le cœur de cible visé, Little Brother s'avère tout à fait recommandable pour un adulte, a fortiori s'il s'intéresse à la biométrie, la cryptographie, le piratage sur le Net, et à tous les dispositifs de contrôle censés améliorer la sécurité au détriment de la liberté. De toute façon, Little Brother devrait concerner toute personne en contact avec un circuit imprimé. Autant dire tout le monde, compte tenu de la prégnance de la technologie dans notre réalité quotidienne. Sans faire du roman de Cory Doctorow un petit vade-mecum du rebelle, on ne peut nier la charge critique dont il se fait le vecteur. Certes, on peut lui reprocher un excès de didactisme, au détriment de la narration, le fameux show don't tell, pourtant l'intrigue demeure suffisamment crédible pour faire oublier ce détail et peut-être aussi un dénouement un tantinet optimiste.

     Alors que Guantánamo, Abou Ghraib, mais aussi tous ces autres centres d'interrogatoire délocalisés dans des pays « amis » peu regardants en matière de droits de l'homme, hantent encore les mémoires, Little Brother ne paraît aucunement exagéré. Cory Doctorow restitue de manière très convaincante l'atmosphère de paranoïa prévalant après un attentat terroriste. Critique à peine voilée de l'administration Bush, le roman de l'auteur canadien rappelle aussi une évidence : la technologie ne doit pas être une réponse à la peur. Une société renonçant à sa liberté pour davantage de sécurité fait le jeu du terrorisme et se coupe de ses racines démocratiques.

     Auteur trop rare sous nos longitudes, Cory Doctorow écrit ici un roman malin et stimulant. Little Brother recèle une charge libératrice autrement plus convaincante que l'ensemble des nouvelles du recueil commandé aux éditions La Volte par la Ligue des Droits de Ceux qui nous veulent du bien). Ne passez pas outre, quitte à l'emprunter à vos enfants.

Laurent LELEU
Première parution : 1/4/2012 dans Bifrost 66
Mise en ligne le : 10/6/2013


 
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