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Le Dernier loup-garou

Glen DUNCAN

Titre original : The Last Werewolf, 2011

Cycle : Le Dernier loup-garou vol.

Traduction de Michelle CHARRIER

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (140)
Dépôt légal : décembre 2012
368 pages, catégorie / prix : 22,50 €
ISBN : 978-2-207-11044-7   
Genre : Fantastique 

Photographie de couverture : (c) Plainpicture / Lenz.



    Quatrième de couverture    
     « Un livre magnifique, plein de suspense. Un hurlement d'indignation, brutal et lunatique. Un roman haletant, sexy, sanglant, accouché dans l'horreur pour donner naissance à quelque chose d'entièrement neuf, de fascinant et majestueux. »
Nick Cave

     Jake Marlowe est le dernier de sa race.
     Pourchassé par des tueurs fanatiques qui ont juré de lui trancher la tête, protégé contre son gré par une organisation secrète désireuse de vivre au grand jour, Jake a décidé d’arrêter de fuir. La prochaine pleine lune sera sa dernière.
     « Va où tu peux, meurs où tu dois. »
     Mais pour le vieux loup-garou suicidaire et blasé, rien ne va se dérouler comme prévu.
     Par définition, l'amour est imprévisible.

     Glen Duncan est l'auteur d'une dizaine de romans, dont Moi, Lucifer (Denoël, 2011). Le dernier loup-garou, traduit en quinze langues, est son plus grand succès. Ridley Scott en a acquis les droits cinématographiques.
 
    Critiques    
     Glen Duncan est connu en France pour son titre Moi, Lucifer, un roman en forme d'autobiographie, celle du Diable. Rien de moins ! Avec Le dernier loup-garou, l'écrivain réitère l'exercice en nous proposant un nouveau personnage, Jake Marlowe, dernier représentant de son espèce. Raconté à la première personne, ce récit met en scène un homme blasé par près de 200 ans d'une vie qui lui a permis de tout explorer. Surveillé et pourchassé par un groupe d'humains au fait de l'existence des autres espèces, devenu un enjeu d'importance pour les vampires, il prend peu à peu conscience de la précarité de sa situation et de son irrésistible envie de vivre.
     À la lecture des premières pages, et malgré ce statut d'espèce en voie de disparition, difficile tout de même d'avoir de l'empathie pour Jake Marlowe, personnage aussi controversé que Lucifer. Dépassant les garde-fous mis en place par l'espèce humaine pour cohabiter sereinement en société, la nature de notre loup verse clairement dans la psychopathie mâtinée d'une bonne dose de narcissisme, et ce, même sous forme humaine. Dommage que, dans ces premiers chapitres, notre animal soit en plus un peu trop anesthésié et indifférent pour susciter plus qu'une attente frustrée. Franchement, où est l'intérêt de lire les ressassements nombrilistes d'un type qui n'y croit plus et se vautre dans ses petits plaisirs mesquins en attendant la fin ?
     Heureusement, l'intervention musclée de deux des membres les plus éminents de l'OMPPO (Organisation Mondiale pour la Prédation des Phénomènes Occultes) réveille la bête et surtout son désir de vivre. Et on les en remercie, parce que le récit prend enfin de l'ampleur et devient plus nerveux en intégrant une bonne dose de suspense. Le côté égocentrique du personnage s'atténue et devient une facette appréciable de son caractère. Son ironie blasée donne un aspect comique très second degré qui contrebalance la pression de l'intrigue.
     Deux histoires s'entremêlent : le présent empreint de lassitude, mais accompagné de son lot de surprises, et le passé relatant sa transformation et ses premiers pas. Récit à l'intérieur du récit, le narrateur revient, sans complexe et avec force sensations, sur les meurtres perpétrés en raison de sa nature lycanthrope et plus particulièrement sur ceux qui ont marqué et forgé sa vie d'après. Oubliez le gentil Jacob de la série Twilight ou les sympathiques membres de la meute créée par Patricia Briggs dans son cycle Mercy Thompson, ce loup-garou-là est un véritable frère d'arme de Dexter ou de Patrick Bateman d'American Psycho. Il tue, sans état d'âme, avec un plaisir extatique, pas moins d'une victime chaque mois au moment de la pleine lune, ce qu'il justifie par les impératifs de son espèce. Le ton est délectable et jubilatoire, à la limite du malaise parfois, mais toujours approprié à ce personnage cynique. De digressions en chemins de traverse, il se confie, se questionne, et raisonne sur ses actes et ses choix, l'ensemble s'accompagnant d'une bonne dose de sexe et d'hémoglobine. Âmes sensibles, s'abstenir !
     Humanisé par son irrésistible envie de vivre, ses interrogations et surtout par l'attitude froide et irrévérencieuse de ses poursuivants, on se prend à considérer ce loup-garou avec fascination au même titre que ces magnifiques tigres du Bengale, devenus pour certains des mangeurs d'hommes. Et malgré une histoire somme toute assez convenue, merci à Glen Duncan de nous rappeler que le loup-garou n'est pas un gentil toutou apprivoisé comme de récentes parutions voudraient nous le faire croire, mais un animal mortel et cruellement majestueux !

Nathalie TELL
Première parution : 10/1/2013 nooSFere


 
     Jake est une légende. Du genre monstrueux. Dernier de son espèce depuis que l'Organisation Mondiale pour la Prédation des Phénomènes Occultes a éliminé Wolfgang le Berlinois, il s'attend désormais à périr, une balle en argent en plein cœur. Pourtant, la perspective ne lui fait pas peur, du moins elle ne l'effraie plus. Il l'envisage même sereinement, comme une libération, après environ cent soixante-quatre années à fuir, à changer d'identité et à se cacher entre deux pleines lunes. Pour cette raison, il écarte toutes les propositions de Harley, son ami et confident, se refusant à laisser son destin lui échapper une fois de plus. Tiraillé par une faim de loup lui fouaillant sans pitié les entrailles, pourchassé par Grainer, le numéro 1 de la Chasse à l'OMPPO, prêt à sonner l'hallali pour lui donner le coup de grâce, Jake n'a plus guère de temps à perdre pour choisir où il doit mourir.
     A l'opposé de la figure spectrale du vampire, le loup-garou incarne dans la littérature et le cinéma fantastique une sauvagerie bestiale. Pont entre l'homme et la bête, ses manifestations se caractérisent surtout par leur férocité impitoyable provoquée par une faim insatiable. A la lecture du Dernier loup-garou, on se rend vite compte que Glen Duncan connaît les fondamentaux de la lycanthropie. Eléments mythologiques et folkloriques comme ajouts cinématographiques, l'auteur britannique a révisé ses classiques. Toutefois, il ne se contente pas de les rejouer, comme un habile faiseur, brodant une énième version de la Malédiction. Il investit le genre avec une bonne dose d'humour, de sexe explicite et de violence, adoptant ici le point de vue de la bête. Quoi de plus naturel dans un monde ayant érigé la prédation en modèle économique. Sous la plume de Jake, l'humanité paraît totalement inhumaine. Plus que le loup-garou qui ne fait après tout que répondre à un impératif inscrit dans sa chair. Lorsque la pleine lune se lève, le monstre se dépouille du libre choix dont se targuent les hommes. Une liberté dont ils usent avec froideur pour détruire le monde, déterminés à le mener à sa perte. Ainsi, le prédateur devient philosophe, auscultant la civilisation humaine d'un œil désabusé, sans pour autant parvenir à abdiquer toute empathie pour elle. Car Jake n'apparaît pas comme un individu satisfait de sa condition, un être dépourvu de toute conscience morale et par voie de conséquence voué au nihilisme. Trop lâche pour se suicider, il lutte constamment contre les instincts de la bête. Un combat voué à l'échec, alors il fume et boit, consacrant une part de sa fortune à redresser quelques torts, à défaut de sauver le monde. Une manière en valant bien une autre pour oublier le tribut sanglant qu'il prélève périodiquement, et le crime épouvantable commis dans sa prime jeunesse monstrueuse. Une façon d'apaiser sa conscience... Qui pourrait le lui reprocher, en ce bas monde comme au-delà, puisque même Dieu est mort ?
     A la lecture du Dernier loup-garou, on doit se rendre à l'évidence. La personnalité de Jake est vraiment la grande réussite du roman de Glen Duncan. Ses réflexions désenchantées sur le monde — comme il va mal — , à la limite de la misanthropie, et son ironie grinçante réjouissent autant qu'elles accablent le lecteur. Elles font oublier les ficelles narratives, souvent un peu faciles, d'une intrigue un tantinet convenue, heureusement contrebalancée par quelques rebondissements et autres morceaux de bravoure. Des séquences quasi-cinématographiques propices à une adaptation sur grand écran. Un script serait d'ailleurs en cours de développement, affaire à suivre...
     Même s'il n'innove pas — George R. R. Martin a fait de même avec Skin Trade -, en épousant le point de vue du monstre, Glen Duncan tente d'impulser un nouveau souffle à un genre perclus de stéréotypes. Et, s'il ne s'affranchit pas complètement de ceux-ci, l'auteur les utilise d'une façon fort distrayante, accouchant d'un roman adulte, au ton moderne, un tantinet gore, où la décontraction partage le devant de la scène avec la noirceur. On ne vous cache pas que l'on attend avec curiosité la suite, Tallula Rising, d'ores et déjà disponible outre-Manche, et bientôt traduite chez « Lunes d'encre » nous souffle notre petit doigt.

Laurent LELEU
Première parution : 1/4/2013 dans Bifrost 70
Mise en ligne le : 20/1/2018


 

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