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La Nuit a dévoré le monde

Pit AGARMEN




Robert LAFFONT (Paris, France)
Dépôt légal : août 2012
228 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 978-2-221-13286-9   

Couverture : (c) Marcus Palmgren / Link Image.



    Quatrième de couverture    
Depuis longtemps l'homme a atteint le stade ultime
de la décadence et de la cruauté. Il n'y avait sans doute
qu'un pas pour qu'il se transforme en monstre...

     Une épidémie a changé la plupart des êtres humains en créatures démoniaques, avides de chair et de sang. On a vite compris leur nature : ce sont des zombies. Rien n'a pu les arrêter, ni la police, ni l'armée. Ils ont tout ravagé.
     Antoine Verney est un survivant par hasard. Il n'a rien d'un héros. Il se retrouve à la fois prisonnier et protégé dans un immeuble parisien, alors que dans les rues les morts-vivants pourchassent les derniers humains.
     Du haut de sa tour, tel Robinson sur son île, Antoine apprend à survivre et se confronte à la terreur. Armé d'un fusil, il découvre avec surprise qu'il peut tuer et qu'il a même un certain talent pour ça.
     C'est un double combat qu'il va devoir mener, pour s'inventer une nouvelle vie et ne pas sombrer dans la folie.

     Pit Agarmen est le pseudonyme d'un écrivain français qui a publié de nombreux romans et essais. Il reprend ici les codes du roman d'horreur pour mieux les subvertir.

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
La Nuit a dévoré le monde , 2018, Dominique Rocher (long métrage)
 
    Critiques    
     Antoine Verney, la trentaine et narrateur de cette histoire, se trouve être le seul survivant d’une soirée entre amis branchés à Pigalle. Non pas qu’elle ait tourné au pugilat, mais pendant qu’il dormait à l’écart (Antoine est un asocial), les gens se sont transformés en zombies. Dans le monde entier. Qui n’est pas encore mort et revenu à la vie pour dévorer son semblable le sera sous peu car les zombies ont la force du nombre et l’endurance de l’éternité. Antoine les observe du haut de l’appartement de son amie, devenu le sien et barricadé contre toute intrusion. Il se prépare à une longue solitude qui n’est pas pour lui déplaire, tout bien considéré.
     « Je ne ressortirai plus. Je suis un Robinson, les zombies sont mon océan ».
     Il va quand même falloir s’occuper, trouver un rythme pour ne pas tomber dans la dépression. S’occuper des plantes, faire le ménage, s’entretenir physiquement, écrire. Car Antoine était écrivain, il décide donc de poursuivre son œuvre même si le public potentiel s’est considérablement réduit. Trouver à manger en explorant les appartements, mais seulement les mitoyens car il est hors de question de marcher dans la rue qui appartient désormais aux morts-vivants. Et les regarder déambuler, leur inventer des vies.
     Antoine se sent de mieux en mieux dans ce monde-là, en sécurité et surtout seul, loin de ce qu’il a toujours tenté de fuir : « Etre dans un quartier à la mode comme Pigalle a un grand avantage : je peux flinguer les ombres de la jeunesse dépensière et égoïste, la bourgeoisie branchée, faussement préoccupée des pauvres, prédatrice et qui parle fort ». Il tient là sa revanche sur une société qui l’a toujours méprisé, lui l’auteur de roman de gare à l’eau de rose : « ils m’ont débarrassé d’une société que je haïssais ».

     Tout comme Robert Neville auquel on pense forcément, Antoine Verney est un survivant dans un monde hostile, dévasté. Il est l’unique représentant de l’espèce humain, au moins dans le quartier, et comme il ne peut en sortir, il est désormais seul au monde. Les zombies lui confèrent donc un statut légendaire qu’il endosse et assume comme le plus égoïste des hommes. Il ne connaîtra jamais, pas plus que le lecteur, la cause de la mutation, mais il cherche à en comprendre les raisons :
     « Les zombies arrivent au moment juste. C’était leur tour d’entrer sur scène. Ils viennent terminer la destruction de l’humanité que nous avions commencé avec les guerres, la déforestation, la pollution, les génocides. Ils réalisent notre plus profond désir. Notre propre destruction est le cadeau que nous demandons au Père Noël depuis la naissance de la civilisation. Nous avons enfin été exaucés ».
     Les zombies comme juste châtiment pour l’humanité, en lieu et place d’épidémies ou de catastrophes naturelles que la science-fiction a inventées depuis les années 70. Ce qui nous situe quasi dans un monde post-apocalyptique où l’homme lutte pour survivre. Ici, Antoine Verney ne se bat pas vraiment, il shoote les zombies depuis son balcon mais ne les affronte pas. On est loin des scénarios à la Resident Evil ou dans la veine de Walking Dead : c’est la réflexion qui prime, non sans ironie. Celle par exemple de ne pas être au final tout à fait seul et de s’en réjouir malgré toute la misanthropie affichée.

     Aucun doute que Pit Agarmen donne une réelle épaisseur à son histoire de zombies qui laisse au placard le gore et le ridicule. C’est peut-être dommage que l’écrivain français à l’origine de ce roman ait eu envie ou besoin d’écrire sous pseudonyme (qui est l’exacte anagramme du nom sous lequel il publie en littérature blanche). L’Olivier a pourtant déjà accueilli quelques romans post apocalyptiques, et non des moindres. Soulignons que le fond est dense et que la forme est belle ce qui n’est pas toujours le cas quand il s’agit de morts-vivants.
 

Sandrine BRUGOT MAILLARD
Première parution : 27/8/2012 Mes Imaginaires
Mise en ligne le : 27/1/2013


 
     Un joli titre, une belle illustration de couverture, un pseudonyme énigmatique et accrocheur, un roman court comme on les aime. Voilà qui commence plutôt bien. Allez ! On se risque à survoler la quatrième de couverture, si si, c'est mal mais tant pis : Une épidémie a changé la plupart des êtres humains en (...) zombies (...) Antoine Verney est un survivant (...) protégé dans un immeuble (...) armé d'un fusil (...) il découvre qu'il peut tuer (...) s'inventer une nouvelle vie et ne pas sombrer dans la folie, etc. Aïe, aïe, double aïe ! Un nouveau livre de zombies, encore ! Et puis le thème du seul survivant sur terre, difficile de ne pas penser à Richard Matheson et son très grand Je suis une légende. Alors quoi ? Pas beaucoup d'alternatives. Soit l'auteur est narcissique et cinglé au point de dépasser ces quelques considérations, soit pour lui la question ne se pose même pas et il a des choses à nous raconter. Pour la première option, on ne s'avancera pas. En revanche, en ce qui concerne la seconde, on en est convaincu. Car oui, La Nuit a dévoré le monde est un texte passionnant, troublant, parfois dérangeant mais toujours captivant. En tout cas juste et honnête. Voyez plutôt...
     Antoine est un écrivain de série B, voire Z, genre bouquins à l'eau de rose... Invité dans une de ces soirées parisiennes mondaines qu'il exècre, notre héros, après une cuite mémorable dans une pièce isolée de l'appartement, se réveille quelques heures plus tard, la tête dans le coin (oui, on peut le dire aussi). Dans le grand salon, plus d'invités, rien qu'une immense mare de sang. A l'extérieur, le monde s'est transformé et des hordes de zombies poursuivent les gens pour les dévorer. Rien ne peut les arrêter, l'humanité va être exterminée. La nuit a dévoré le monde. Seule issue pour Antoine, s'enfermer et tenter de survivre. Au travers de son journal intime, nous suivrons son combat mais aussi sa vision du monde, l'ancien, le nouveau et peut-être le futur.
     Si l'aspect « zombiesque » du récit peine à surprendre en lui-même, le talent de conteur de Pit Agarmen fonctionne à plein régime — un régime nourri par une critique aussi aiguë qu'acerbe de notre société de consommation et qui évite le convenu. Un angle d'approche engagé, donc, mais supporté par un sens critique solide et étayé. Du pensé, voire du vécu. « C'est la fin du monde, ou plutôt du monde tel que nous le connaissions, tel que nous l'avions domestiqué et vaincu », « Finalement, la nature nous a éliminés à l'aide de versions monstrueuses de nous-mêmes. » En plus de cette approche « politique », l'auteur nous offre un personnage touchant, un anti héros paradoxal, empreint de certitudes mais malgré tout pétri de doute, habité par la nécessité de sa survie et parfois complètement insouciant, tantôt au plus profond du désespoir et de la solitude, tantôt porté par une euphorie frisant la folie. Un personnage complexe que Pit Agarmen a pris le temps de fouiller avant de nous le restituer. Mais finalement qui parle vraiment dans ce texte ? Quelqu'un a dit : « Toute écriture porte en elle quelque chose de l'ordre de l'intime, de la réalité vécue. C'est de la douleur. Une souffrance couchée sur le papier. » (Quizz : a. Václav Havel, b. Lénine, c. Mao, d. le chroniqueur qui n'a pas eu le temps de trouver une vraie citation pour étayer son propos). Bref, ici l'auteur se livre. Il s'expose et son texte transpire d'émotions. Techniquement, les chapitres sont courts, incisifs. L'écriture est ciselée, presque économe mais directe et exclusivement tendue vers le but recherché : dire et se dire. Mention spéciale pour la scène de contact entre le héros et un zombie : effroyable, sublime, tragique, poignante. Entre littérature « blanche » et littérature de genre, au-delà de tout clivage, Pit Agarmen livre ici un ouvrage puissant et tout à fait recommandable.
     Et notre grand quizz : réponse d. Bravo ! Encore un militaire qui vient de gagner une tringle à rideaux !

Hervé LE ROUX
Première parution : 1/1/2013 dans Bifrost 69
Mise en ligne le : 11/12/2017


 
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