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Gueule de truie

Justine NIOGRET


Illustration de Ronan TOULHOAT

CRITIC (Rennes, France)
Dépôt légal : février 2013, Achevé d'imprimer : décembre 2012
Première édition
Roman, 268 pages, catégorie / prix : 17 €
ISBN : 979-1-090648-04-3
Format : 13,0 x 19,9 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     L'Apocalypse a eu lieu.
     Pour les Pères de l’Église, elle a été causée par Dieu lui-même. Comme la Terre est morte, ils n’ont plus qu’un seul but : détruire le peu qui reste, afin de tourner une bonne fois pour toutes la page de l'humanité.
     À leur service, Gueule de Truie, inquisiteur. Dès le plus jeune âge, on lui a enseigné toutes les façons de prendre la vie. Caché derrière le masque qui lui vaut son nom, il trouve les poches de résistance et les extermine les unes après les autres.
     Un jour, pourtant, il croise la route d'une fille qui porte une boîte étrange, pleine de... pleine de quoi, d'abord ? Et pourquoi parle-t-elle si peu ? Où va-t-elle, et pourquoi prend-elle le risque de parcourir ce monde ravagé ? En lui faisant subir la question, Gueule de Truie finit par se demander si elle n’est pas liée à son propre destin, et si son rôle à lui, sa véritable mission, n'est pas de l'aider à atteindre l’objectif qu'elle s'est fixé, et peut-être même d’apprendre à vivre.
 
     Née en 1979 en Bretagne, Justine Niogret a obtenu de nombreuses récompenses pour ses deux premiers romans, Chien du Heaume et Mordre le Bouclier. Avec Gueule de Truie, elle bouscule les codes et les genres et nous donne à lire une histoire poignante et sauvage, aussi inoubliable que La Route de Cormac McCarthy.
Critiques

Pardonnez-nous.

Le monde est déjà mort. C’est autre chose. C’est pire. C’est après. (p.140)

Dans un monde post-apocalyptique, Gueule de Truie, Inquisiteur masqué, poursuit sa mission : exterminer les restes de vie qui demeurent pour accomplie la volonté divine. Dieu a ouvert la bouche pour un nouveau Déluge – un déluge de bombes, peut-être. Les souvenirs de la vie d’avant s’effacent déjà chez la plupart des gens, comme chez la fille. Gueule de Truie n’a pas de souvenir, pas de visage, pas droit à la pensée, pas de nom. Il est l’instrument, la main qui broie. Mais même la main qui broie se questionne un jour sur ce qu’elle a à broyer.

Gueule de Truie rencontre la fille, il ne la tue pas, et cette absence entre eux ouvre l’inquisiteur. Il cherche pourquoi. Il cherche le mot juste qui lui permettra de comprendre. Le roman est un road-trip en style descriptif, les dialogues sont râpeux, atones. Parce que les Gens d’après le Flache ne parlent pas. Ils grognent des appétits ou répètent des syntagmes au sens oublié – slogans publicitaires devenus prières. Gueule de Truie quitte les Pères et ouvre son masque pour la fille. La fille qui est possédée par une boîte métallique au contenu mystérieux qui l’attache, la remplit et la force à continuer son chemin. Gueule de Truie la suit, et des failles et des pensées surgit son propre chemin, sa propre quête brumeuse. La quête du mot qui, toujours, fait dévier son poing lorsqu’il veut la frapper. Mais pas de romance ici. Le monde se fait plus étrange, plus et moins familier à la fois. Hallucinations et monstres. Épiphanies ratées. L’apocalypse a déjà eu lieu, et n’a rien dévoilé. La terre est recouverte de forêts et d’ignorance.

Ce mot-quête, on le devine ineffable. Numineux désespoir. Il est par-delà la vie, du moins autre que la vie. Sens aliéné des choses. La main de Gueule de Truie se referme sur des fumées. Une autre vie est là, qu’il refuse, qu’il méprise : la vie de la chair. Masque, manteau et gants, il est une coquille de cuir et de métal refusant toute sensation. C’est pourtant son point de vue, baignant le roman, qui charge le monde d’une sensorialité extrême. La route, les arbres, les pierres, les maisons, tout semble se muer en un animal lascif et dévorant.

Une ouverture noire au milieu du sol, un escalier effondré et des marches comme des dents qu’on aurait écrasées. […] Les feuilles et les herbes dures se glissent dans la bouche, y pendent, animaux et tentacules. Lents. Lourds. Rampant en silence. Avançant vers la langue. (p.119)

Serait-il impossible que le mot vienne par la chair, quand le pardon s’accorde avec de longues pinces en fer ?

Rafaelle GANDINI MILETTO (site web)
Première parution : 26/2/2021 nooSFere


 
     Après avoir exposé sa conception d'une fantasy pas si fantaisiste que ça avec l'ultra-primé Chien du heaume et sa suite Mordre le bouclier, Justine Niogret s'attaque aujourd'hui au genre post-apocalyptique avec Gueule de truie (très animalier, tout ça). Un genre à nouveau ultra-codifié ayant ses classiques ; mais, à en croire le communiqué de presse, ce roman fait preuve d'une ambition indéniable : on n'hésite pas à le comparer à l'excellent Plop de Rafael Pinedo (récemment publié chez l'Arbre vengeur), et la quatrième de couverture en rajoute encore une couche en prétendant qu'il s'agit d'un récit « aussi inoubliable que La Route de Cormac McCarthy »... Diantre ! C'est que ça doit être bien, alors...
     Mais ne nous emballons pas trop vite.
     Donc, l'apocalypse a eu lieu. Le Flache (le roman fait régulièrement usage de termes trafiqués, mais rassurez-vous, on est très loin du superbe Enig Marcheur de Russell Hoban). Comme de bien entendu, ce monde d'après la fin est cauchemardesque. Les Pères — incarnations fascistoïdes d'une Eglise dévoyée — pour qui la destruction est l'œuvre de Dieu, considèrent ladite œuvre comme devant être menée à son terme, histoire que le Jugement Dernier puisse enfin avoir lieu. Aussi dressent-ils des Cavales, des tueurs impitoyables, afin d'exterminer les Gens qui restent. Une Cavale ne pense pas, elle n'est que la main de Dieu : elle se contente de tuer, voire d'amener aux Pères certains éléments pour les livrer à la Question.
     Gueule de Truie n'a pas toujours porté ce nom étrange. A l'origine, c'était un petit garçon comme les autres... Ce sont les Pères qui l'ont baptisé ainsi, lui imposant d'arborer un masque sinistre. Vingt ans plus tard, Gueule de Truie est une Cavale particulièrement efficace. Une ordure de première, une machine à tuer dénuée de sentiments, haine et dégoût mis à part. Et il fait sacrément bien son ignoble boulot, traquant les Gens — la viande — avec une habileté sans pareille, et tuant de ses mains nues des dizaines de victimes plus ou moins dégénérées.
     Mais nous croisons aussi dans ce roman une fille — la fille — , qui voyage en solitaire avec pour seule possession ou presque une petite boîte dont elle ne se sépare jamais. Qu'y a-t-il dans cette boîte ? Vous aimeriez bien le savoir, hein ?
     Bien évidemment, les routes de Gueule de Truie et de la fille se croiseront. Et cette rencontre bouleversera leur destin... un destin sous le sceau d'une relation ambiguë mêlant amour, haine, sanglots et douleurs aussi bien physiques que morales.
     C'est la joie.
     Si elle abandonne ici son esthétique médiévalisante, la plume de Justine Niogret continue de faire des merveilles. Le ton est sec, cruel, désespéré ; le roman, d'une noirceur étouffante, ne laissant aucune échappatoire (à moins que l'amour ? mais il a tendance à faire « boum »...). La forme, sous ces deux aspects, est pour beaucoup dans la réussite de Gueule de truie, malgré une tendance à verser dans le cryptique de temps à autre.
     Ce qui nous amène au fond. Et là, le bilan est plus mitigé. Rien que de très classique ici, en somme. Justine Niogret joue avec les codes du récit post-apocalyptique, et le fait très bien. Mais elle n'apporte pas forcément grand-chose de neuf. Et si ses personnages sont bien campés (Gueule de Truie en premier lieu), si l'on ne s'ennuie pas à les suivre dans leurs pérégrinations, troubles et disputes, le fait est que le propos reste obscur. Certes, il y a la religion, les tabous, l'égoïsme, et, par-dessus tout, l'amour, avec son cortège de maux, son caractère aberrant, improbable, absurde, la violence qui le sous-tend. Ce n'est pas inintéressant, mais ça ne fait pas beaucoup avancer le schmilblick.
     Qu'on ne s'y méprenne pas : Gueule de truie est un bon roman. Il est bien écrit, ne manque pas d'ambition, et vaut bien qu'on s'y attarde. Seulement, dans un genre aussi codifié et aussi prolifique, il appelle tout naturellement la comparaison. Or, le Niogret nouveau fait tout de même figure de parent pauvre ; un rejeton doué, mais qui arrive un peu tard. Et si sa violence et sa cruauté peuvent le rapprocher de Plop, si le périple de la Cavale et de la fille ne manque pas de moments émouvants pouvant (de très loin...) évoquer La Route (sans même parler de la thématique religieuse, mais à ce stade, on aurait plutôt envie de citer Un cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller, aux antipodes), Gueule de Truie n'en est pas moins quelque peu anodin face à ces grands titres du genre — ne poussons pas mémé dans les orties radioactives...
     C'est néanmoins un roman efficace, qui cogne dur, que l'on sent passer, et c'est déjà très bien. Mais qui a de quoi laisser un brin perplexe, aussi, et ne convainc pas totalement. Entre l'exercice de style et la thématique très personnelle, Gueule de Truie balance avec plus ou moins de brio. Reste une lecture appréciable qui ravira les amateurs du genre, donc, mais ne révolutionne rien et a du mal à sortir du lot. En même temps, était-ce vraiment le but ? On ne devrait pas lire les communiqués de presse et les quatrièmes de couverture...

Bertrand BONNET
Première parution : 1/4/2013 dans Bifrost 70
Mise en ligne le : 18/1/2018


     Gueule de Truie est le troisième roman de Justine Niogret, l’auteur(e) de Chien du Heaume et Mordre le Bouclier. Après la fantasy, elle s’attaque ici à la science-fiction post-apocalyptique en relatant la traque de survivants par des fanatiques religieux.

     « Dieu a ouvert la bouche et le monde est mort. » Le monde de Gueule de Truie est un paysage de cendres, un décor rongé où les souvenirs d'antan ont fondu, où l'on a oublié les mots. Le monde d'après le « Flache ». Autant vous le dire : le roman commence dur. Très dur. Car Justine Niogret prend le point de vue d’un « Cavale » endoctriné depuis l’enfance. Inquisiteurs au service d’une église mystérieuse décidée à achever l’œuvre de Dieu en décimant les derniers humains, les Cavales passent ces derniers à la question à l’aide de méthodes dignes du Moyen-Âge. Pour vous donner une idée : ces inquisiteurs arborent des masques monstrueux qu’ils ne quittent jamais, faits de peau (animale, espérons…) et de pièces de métal. Notre « héros » se voit attribuer un masque évoquant une tête de porc, d’où son nom.

     Par certains aspects, Gueule de Truie évoque Dehors les Chiens, les Infidèles, de par son thème principal (l’intégrisme religieux) et son parti pris (relater l’intrigue à travers les yeux des fanatiques), autre roman d'un(e) auteur(e) français(e) : Maïa Mazaurette (également à l'origine d’un roman post-apo : Le Pire est Avenir). Cette comparaison permet de constater, au risque d’aller un peu vite en besogne, que la fantasy et le post-apo sont aujourd’hui des genres incontournables en France, pour ce qui est de la littérature de genre. Ensuite : la génération des trentenaires français a une vision résolument pessimiste de l’avenir (on se demande bien pourquoi…). On pense aussi, par moments, aux Cénobites de Hellraiser, pour leur aspect terrifiant mais également pour le caractère logique, implacable, dépassionné des sévices qu'ils font subir à leurs victimes. Mais trêves de comparaisons, Gueule de Truie se suffit à lui-même.

     Justine Niogret prend donc un gros risque en nous relatant le destin d'un tortionnaire antipathique, en nous faisant partager son regard sur les choses et son évolution psychologique. L'autre risque consiste à tomber dans le cliché en l'humanisant via - évidemment - une rencontre avec une femme. Le schéma narratif est ultra balisé mais le récit fourmille de bonnes idées qui, si elles ne sont pas follement originales, lui confèrent une certaine crédibilité (le mélange de haine, de rage et de frustration habitant Gueule de Truie, son esclavage consenti au service d'un ordre sans visage, le vocabulaire français oublié par les survivants...).

     Soyons honnêtes : Gueule de Truie est loin d'être un « page-turner ». Semble-t-il inspiré par l'atmosphère de La Route de Cormac McCarthy, le roman adopte le même rythme contemplatif et il ne se passe pas grand chose, si ce n'est la découverte de paysages dévastés. En revanche, il se passe beaucoup de choses dans la tête de notre anti-héros, et en cela l'intrigue reste avant tout une quête introspective et l'histoire d'un homme psychorigide apprenant à vivre. Beaucoup de métaphores, donc : tout est sujet à interprétation, et peut-être trop quand le symbolisme devient fumeux.


     Ainsi, l'auteur délaisse vite un postulat de départ fascinant et, plutôt que d'explorer les méandres de cette secte terrifiante, s'en débarrasse rapidement pour se concentrer sur une longue séance d'auto-psychanalyse dans un cadre de plus en plus irrationnel, au point de se demander s'il ne s'agit pas d'un « bad trip » dans le cerveau d'un fou. Le point culminant est atteint avec un final totalement délirant, où le réel n'a définitivement plus sa place.

Florent M. (lui écrire)
Première parution : 8/3/2013 nooSFere

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