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Harmonie

PROJECT ITOH

Titre original : Hamoni, 2008

Traduction de Christophe CUQ

PANINI BOOKS , coll. Éclipse n° (25)
Dépôt légal : juillet 2013
Première édition
Roman, 360 pages, catégorie / prix : 14 €
ISBN : 978-2-80943-206-0
Format : 12,0 x 19,2 cm  
Genre : Science-Fiction

Couverture : kras99 - photolia.com.



    Quatrième de couverture    
     Dans un futur proche, l’humanité a atteint un idéal social grâce à une morale toute puissante et à une nanotechnologie médicale de pointe. La vie humaine est devenue la ressource la plus précieuse au monde, et la société s’assure de la protéger grâce au WatchMe, un réseau mondial auquel chaque être humain est connecté.

     Tuan Kirie travaille pour l’Organisation Mondiale de la Santé. Chargée d’enquêter sur une série de suicides qui semblent être l’oeuvre d’un groupe terroriste manipulant WatchMe pour prendre la société en otage, elle devra plonger dans son passé pour empêcher le monde de sombrer dans la folie.

     La liberté à un prix, mais sommes-nous prêt à le payer ?

     Project Itoh est l’un des plus grands auteurs japonais de science-fiction. Harmonie fut récompensé des prestigieux prix japonais Seiun Award et Nihon SF Taisho. En 2010, après la mort de Project Itoh, le roman reçut le prix spécial du jury lors des Philip K. Dick Awards 2010.
 
    Critiques    
     Suite à une catastrophe ayant failli entrainer le monde dans le chaos, une technocratie médicale a pris le pouvoir sur la majeure partie de la planète. La santé de chacun est contrôlée par des puces implantées dans le corps et reliées au réseau WatchMe, qui empêche tous les comportements à risque : impossible de consommer de l’alcool ou de la drogue, voire de manger trop gras. Tuan Kirie, jeune japonaise travaillant pour l’OMS après une adolescence rebelle au cours de laquelle elle a essayé de se tuer avec des amies, échappe plus ou moins en système en effectuant des missions dans les territoires non contrôlés par le WatchMe. Lors d’un retour au Japon, elle assiste à un évènement sans précédent : plus de 4000 personnes se suicident au même instant, apparemment sans concertation. Derrière cette action semble se profiler une lutte de pouvoir entre deux groupes clandestins auxquelles est peut-être liée une de ses connaissances de jeunesse.

     Six mois après la renaissance des éditions éclipse sous la forme d’une collection de l’éditeur Panini est sorti au mois de juillet, dans une grande discrétion, ce roman inédit de Project Itoh, pseudonyme du japonais Satoshi Itoh, décédé prématurément à 34 ans en 2009 alors qu’il terminait Harmonie, roman couronné quelque mois plus tard du prix Seiun, l’équivalent japonais du Hugo.

     Ce qui frappe en premier le lecteur est la crédibilité du monde d’Harmonie. Cette dystopie médicale, la société « admédistrative », est d’une grande cohérence. Ici, pas de dictateur omnipotent et ses troupes de choc, mais une surveillance de tous les instants, doublée d’une censure totale pour éviter tout contenu violent, y compris en allant jusqu’à l’amnésie historique, qui fait étrangement écho à certaines tentatives actuelles de suppression des risques (comme le principe de précaution) ou au filtrage massif effectuée par certains acteurs de l’Internet. Project Itoh fait preuve d’une grande maitrise de ses personnages : jonglant entre deux époques (l’adolescence et l’âge adulte de Tuan), il leur inculque une vraie personnalité, leur donne un souffle qui porte le roman d’un bout à l’autre sans faiblir. Loin des clichés habituels des dystopies, l'auteur crée un univers original et pourtant terriblement proche, permettant ainsi au lecteur d’effleurer de nombreuses questions éthiques et philosophiques. Harmonie est l’un des meilleurs livres de science-fiction publié en France cette année ; on ne peut que déplorer que sa parution française soit pour l’instant passée à peu près inaperçue et espérons que l'éditeur saura mieux communiquer sur ses prochaines pépites.


René-Marc DOLHEN
Première parution : 30/11/2013 nooSFere


            Harmonie, par la force des choses dernier roman de l’auteur qui se faisait appeler Project Itoh, a été couronné de multiples prix au Japon, et a aussi obtenu le Prix spécial du Jury aux Philip K. Dick Awards 2010. Et autant le dire de suite, c’était bien légitime. On s’étonnera d’autant plus qu’il n’ait pas encore rencontré davantage d’écho en France, alors que c’est à n’en pas douter une des publications les plus alléchantes d’ « Éclipse », éditeur depuis peu devenu collection dans le giron de Panini.

            Nous sommes dans la seconde moitié du XXIe siècle. Après les terribles affrontements du Maelström, qui ont bien failli conduire l’humanité à l’extinction, s’est mise en place une étonnante utopie sous la houlette des admédistrations, aidées par les progrès de la recherche médicale et de la nanotechnologie. La vie humaine est désormais placée au centre des préoccupations, considérée comme un bien de la société. Les WatchMe implantés en tout un chacun, et les conseils médicaux qui vont de pair, assurent l’existence prolongée d’une humanité sans excès de graisse (ni déficit, d’ailleurs), sans maladies, du rhume au cancer, sans vices non plus (l’alcool et le tabac ont été violemment condamnés, et la caféine est sur le point d’y passer). Un cauchemar blanc, aseptisé, d’une froideur clinique, où la compassion et la bienveillance étouffent. Le « vivisme », cet avatar moderne d’hygiénisme nazillon mêlé de bien-pensance, en plaçant la vie au premier plan, a créé une société invivable.

            [souvenir]

            Quand Tuan Kirie était adolescente, elle avait pour meilleures amies, outre l’effacée Cian, l’intrigante et suprêmement intelligente Miach Mihie. Celle-ci s’était lancée dans une guerre impitoyable contre le vivisme, qui a débouché sur la tentative de suicide conjointe des trois jeunes filles. Seule Miach y est passée.

            [/souvenir]

            Maintenant, Tuan travaille pour l’Hélix, une branche de l’OMS… qui sème la guerre à force de bonnes intentions. Mais Tuan n’écume pas les champs de bataille par compassion : ce qui l’intéresse, c’est l’alcool et le tabac. Contrainte cependant de rentrer au Japon du fait de ses entorses à la moralité publique, elle assiste bientôt au suicide de son amie d’enfance Cian. Mais Cian n’est pas la seule à être enfin passée à l’acte : au même moment, partout dans le monde, ce sont plus de six mille personnes qui ont tenté de se donner la mort, et près de la moitié y sont parvenues.

            Malgré son implication personnelle – ou justement, pour cette raison –, Tuan enquête. Car ce suicide collectif inattendu, atteinte suprême aux objectifs des admédistrations, semble bien être l’œuvre d’une faction terroriste… Et notre héroïne va ainsi découvrir les dessous de la société viviste.

            [déclaration]

            Harmonie est un roman brillant.

            [/déclaration]

            Project Itoh nous dépeint ici une société terriblement crédible, et d’une horreur impressionnante sous ses façades de bienveillance et de santé. Le cauchemar blanc du vivisme ne manque pas de nous renvoyer à certaines dérives contemporaines, et c’est bien l’évolution de notre société qui est ici questionnée ; la société occidentale comme la société japonaise, d’ailleurs : à cet égard, on ne peut s’empêcher de penser par moments, notamment dans les premières pages du roman, vibrantes de colère et d’absurdité, à certaines œuvres nippones telles que Les Bébés de la consigne automatique ou Battle Royale, pour rester dans le genre. Mais Project Itoh ne se contente pas d’attaquer les fondations et de démolir (même s’il fait cela très bien) ; en allant jusqu’au bout de la logique viviste, c’est, au-delà de la société, l’homme qui est finalement interrogé, d’une manière très subtile bien que radicalement matérialiste – Greg Egan n’est pas loin (on pense à la superbe nouvelle « Des raisons d’être heureux », dans Radieux), notamment dans la fascinante conclusion.

            Pour autant, Harmonie n’est pas sans défauts.

            [liste : item]

            [i : La plume est franchement médiocre, les deux niveaux de traduction (japonais, puis anglais, puis français) n’ayant sans doute rien arrangé.]

            [i : L’intrigue de techno-thriller est parfois un peu lourde.]

            [i : Les souvenirs impliquant Miach sont d’ailleurs souvent plus intéressants que la trame principale.]

            [/liste]

            Mais cela n’enlève rien à l’essentiel : roman riche et indéniablement intelligent, Harmonie emporte sans peine l’adhésion. Aussi peut-on fermer les yeux sur ces quelques menues faiblesses, et reconnaître en l’ultime roman de Project Itoh un remarquable livre de science-fiction, à même de faire réfléchir le lecteur sans pontifier pour autant. C’est une denrée assez rare en ce moment ; on aurait d’autant plus tort de s’en priver.

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Bertrand BONNET
Première parution : 1/4/2014 dans Bifrost 74
Mise en ligne le : 24/3/2020


 
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