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Qui a peur de la mort ?

Nnedi OKORAFOR

Titre original : Who Fears Death, 2010
Première parution : États-Unis, New York : Daw Books, juin 2010

Traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT
Illustration de Joey HI-FI

PANINI BOOKS , coll. Éclipse n° (37)
Dépôt légal : novembre 2013
Première édition
Roman, 528 pages, catégorie / prix : PB17
ISBN : 978-2-80943-355-5
Format : 14,0 x 21,0 cm  
Genre : Fantastique

Suivi éditorial et correction : studio Zibeline & Co.



    Quatrième de couverture    
Afrique, après l'apocalypse.
Le monde a changé de bien des façons,
mais la guerre continue d'ensanglanter la terre. Une femme
survit à l'anéantissement de son village et au viol commis par
un général ennemi avant de partir errer dans le désert dans l'espoir
d'y mourir. Mais au lieu de cela, elle donne naissance à une petite
fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable.

Persuadée que son enfant est différente, elle la nomme
Onyesonwu, ce qui signifie dans une langue ancienne :
« Qui a peur de la mort ? »

À mesure qu'elle grandit, Onyesonwu comprend qu'elle porte
les stigmates de sa brutale conception. Elle est ewu : une enfant du
viol que la société considère comme un être qui deviendra violent
à son tour, une bâtarde rejetée par les deux peuples.

Mais sa destinée mystique et sa nature rebelle
la poussent à se lancer dans un voyage qui la forcera
à affronter sa nature, la tradition, les mystères spirituels
de sa culture, et à apprendre enfin pourquoi
elle a reçu le nom qu'elle porte.

     Nnedi Okorafor nous livre un récit poignant et mystique, s'inspirant de légendes africaines et de faits réels pour créer un conte moderne, onirique et unique. En traitant de sujets tabous, comme le viol, l'excision, ou les génocides tribaux, Nnedi Okorafor puise dans l'histoire de l'Afrique pour écrire l'un des chefs-d'œuvre du fantastique du XXIe siècle. Une histoire d'une intensité émotionnelle unique, dure, violente, mais pleine d'espoir.

     Qui a PEUR DE LA MORT ? a été récompensé du prestigieux World Fantasy Award en 2011, nominé au Nebula Award et au Locus Award, ainsi qu'à de nombreux prix littéraire de la communauté afro-américaine.

    Prix obtenus    
World Fantasy, roman, 2011
Imaginales, roman étranger, 2014
 
    Critiques    

            Demain, l’Afrique, après une terrible catastrophe qui a provoqué en grande partie la fin de la technologie et la résurgence, brutale, de magies partiellement oubliées…

            Née du viol, Onyesonwu (ce qui signifie « Qui a peur de la mort », sans point d’interrogation) est promise à devenir une sorcière. Elle est ewu (métis) et eshu (en contact avec le monde des esprits) ; elle peut se transformer en animal, et son préféré est le vautour. Plus important encore, il a été prophétisé qu’elle mettrait fin à la guerre entre les Okekes (le peuple de sa mère) et les Nurus (le peuple de son père, seigneur de la guerre et dangereux magicien). Pour devenir sorcière, Onyesonwu devra d’abord convaincre le vieux Aro de la former. Ce sera très difficile, il ne prend pas d’apprenti de sexe féminin. Les femmes n’apportent que des malheurs.

            Premier roman adulte de Nnedi Okorafor, lauréat du World Fantasy Award 2011, Qui a peur de la mort ? est assurément une des plus belles découvertes de ces derniers mois. D’abord, l’objet-livre – 530 pages avec rabats pour 16 euros seulement – est magnifique, agréable à manipuler. Et la traduction de Laurent Philibert-Caillat m’a semblé absolument impeccable. Âpre, chatoyant, érotique, féministe (évidemment), passant sans cesse du sordide au sublime, de la tendresse à la cruauté, de la romance aux étreintes sous contrainte, du noir et blanc au chamarré, voilà un roman qui nous happe sans mal, malgré quelques défauts : la seconde moitié est (beaucoup) trop longue, les tics « jeunesse » de l’auteur surgissent parfois ici et là, entre un viol et une excision, ce qui a tendance à minimiser l’impact de certaines horreurs décrites. Le destin d’Onyesonwu nous marque longtemps, sa première quête (retrouver son clitoris excisé) pourrait être « ridicule », mais non, on la suit avec intérêt et quand, enfin guérie, elle se donne au grand amour de sa vie, Mwita, on est content de la savoir jouir sans limites. Le sexe est alors présenté comme une immense source de joie et une voie vers la plénitude, ce qui contraste évidemment avec l’éprouvante scène d’ouverture. Roman dur, qui commence donc par un long viol, continue par une excision, atroce tant dans son déroulement que dans sa raison d’être, et se poursuit avec diverses joyeusetés dont une terrifiante scène de lapidation, Qui a peur de la mort ? n’est sans doute pas le roman « fédérateur » qu’il aurait pu être, mais son cadre africain et sa radicalité (même si elle bute un peu sur les réflexes jeunesse de l’auteur) méritent d’être salués. Moi je dis : Caddie !


Thomas DAY
Première parution : 1/4/2014 dans Bifrost 74
Mise en ligne le : 25/3/2020


 
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