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Moxyland

Lauren BEUKES

Titre original : Moxyland, 2008
Première parution : Johannesburg, south africa : Jacana media, avril 2008
Traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT
Illustration de Joey HI-FI

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Date de parution : 20 mars 2014
Dépôt légal : mars 2014, Achevé d'imprimer : février 2014
Première édition
Roman, 312 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-258-10064-0
Format : 14,2 x 22,7 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Dans l'univers de Moxyland dominé par les nanotechnologies, la liberté est devenue un luxe et l'objet d'un combat sans merci.
 
     Le Cap, dans un futur proche.
     Au sein de la société ultra technologique qu'est Moxyland, le monde virtuel a pris le pas sur le réel. Le téléphone portable, qui contient systématiquement les données personnelles de chaque citoyen, est un passeport obligatoire, sinon vital. Par ce biais que le contrôle de l'individu est devenu l'apanage de puissants groupes économiques pour lesquels la police sert de bras armé. L'apartheid, jadis axé sur la ségrégation raciale, a déplacé sa ligne de partage. Seuls ceux qui appartiennent au monde omnipotent de l'entreprise et se soumettent à ses règles ont leur place dans la société, les autres en sont exclus.
 
     Parmi eux se trouvent Kendra, une étudiante en photographie, et Lerato, une programmatrice. Aspirant à plus de liberté tout en faisant quelques compromis, elles flirtent avec les limites. Leur leitmotiv : s'intégrer pour mieux détruire l'édifice de l'intérieur. Pour Toby, un jeune DJ, et Tendeka, activiste notoire, l'engagement dans la rébellion ne peut se faire que dans des actions coup de poings. Prêts à tout sacrifier pour atteindre leurs idéaux, ils se lancent dans une lutte sans merci contre la SAPS, la police Sud Africaine. Mais cette dernière a développé de nouvelles armes d'une rare violence. L'affrontement est inévitable, l'issue du combat, elle, sera forcément fatale. Le compte à rebours a déjà commencé...
Critiques

         2018, Afrique du Sud. Il y a les connectés, et il y a les autres, les moins que rien, les pestiférés, les rejetés de la société. Ceux qui n’ont pas de téléphone portable leur permettant d’être en ligne sont exclus. Les smartphones sont devenus la porte vers la vie virtuelle et réelle des citoyens. Dans ce monde, certains connectés vont commencer à se poser des questions. Et à vouloir secouer un peu les choses…

         Il aura fallu attendre la sortie de Zoo City et des Lumineuses (critiques in Bifrost 64 et 72) pour que soit enfin publié le premier roman de Lauren Beukes en France. Lequel porte en lui les bases de ce qui deviendra l’univers torturé de son auteur. Nous sommes ici dans un futur proche défiguré par l’hyperconnectivité. Le web 2.0 est largement dépassé et a été remplacé par une nouvelle version plus invasive et indispensable à la vie en société, ce qui ne fait que marquer encore davantage la fracture numérique.

         Ce roman cristallise ainsi deux problématiques. Tout d’abord, on sent l’envie de l’auteur de réfléchir à l’invasion de plus en plus marquée et marquante d’internet dans nos vies. Et c’est là qu’on tire son chapeau à Lauren Beukes, qui, il y a six ans, a notamment réussi à prévoir la montée en puissance des vlogs (appelés streamcasts) et des Youtubeurs à travers eux (bien que Youtube ne soit jamais mentionné ici). De plus, elle arrive à créer un univers flirtant avec un cyberpunk plutôt crédible et très riche. Le seul hic serait peut-être le côté « à court terme », la petite décennie qui sépare l’écrit tube du monde qui est décrit condamnant en effet ce récit à une obsolescence rapide – le lire en 2014 rend déjà ce futur de 2018 peu plausible. Une vingtaine d’années auraient été un laps de temps plus crédible pour expliquer l’évolution du langage et de la technologie, et pour rendre probable la création et l’implantation de micro-organismes robotiques dans un organisme humain.

         La deuxième problématique dont il est question ici est sans surprise (quand on sait que l’auteur habite en Afrique du Sud) celle de l’Apartheid. De son propre aveu, Lauren Beukes a voulu démontrer l’absurdité de la ségrégation en remplaçant une cause d’exclusion par une autre. Cette séparation des êtres connectés et hors système n’en reste pas moins une évolution tout à fait probable de notre société, et elle n’en devient que plus glaçante.

         C’est donc par les réflexions qu’il suscite que Moxyland s’avère un livre notable. Cependant, le style hésitant, étouffant, parfois, de l’auteur, ne facilite pas l’immersion. À force d’assommer son lecteur de termes inhabituels contribuant à l’impression d’évoluer dans un futur beaucoup plus éloigné qu’il ne l’est en réalité, Lauren Beukes en oublie de construire l’histoire autour de l’univers qu’elle crée. On s’intéresse de fait beaucoup plus au contexte qu’aux personnages, et on s’étonne de constater combien, en définitive, le récit aurait pu s’arrêter n’importe quand sans que cela ne soit réellement gênant…

         On l’aura compris, Moxyland est un premier roman à la fois bancal et enthousiasmant, rempli d’éléments pertinents mais pas forcément des plus agréables à lire. Il n’en reste pas moins intéressant à découvrir, et permettra aux amateurs de hard SF plus qu’aux autres de rentrer dans un univers différent, parfois anxiogène, mais tout autant fascinant dans ce qu’il dénonce.

Sophie CORRADINI
Première parution : 1/7/2014 dans Bifrost 75
Mise en ligne le : 12/11/2022


     Dans un futur proche en Afrique du Sud, tout le monde, à l'exception des plus pauvres, est ultra-connecté. Les données personnelles, les moyens de paiement, l’accès aux bâtiments et aux logements, tout est stocké sur les téléphones portables que le gouvernement peut stopper à distance pour punir les citoyens récalcitrants. Dans cet univers où le nouvel apartheid sépare les connectés des déconnectés, Kendra, artiste débutante dopée aux nanos, Toby, étudiant dans la dèche tentant de vendre ses reportages gonzo, Tendeka, chef d’un groupuscule poussant à l’insurrection et Lerato, programmeuse ultradouée qui détourne le matériel de son employeur se croisent et se heurtent aux pouvoirs en place : l’état et sa police ainsi que les grandes compagnies qui profitent de leurs technologies.

     Troisième roman traduit en France mais premier écrit par Lauren Beukes, Moxyland nous montre une nouvelle facette de son auteure : après le magnifique Zoo city et son fantastique Sud-Africain, après le plus conventionnel thriller à base de voyage dans le temps Les lumineuses, nous voici dans une dystopie cyberpunk du futur proche. Car ce monde si semblable au nôtre est glaçant : dans un environnement de séparation des classes sociales marqué par les avancées de l’électronique/informatique et des biotechnologies, la plus grande peur est la déconnexion et tout acte de désobéissance doit être soigneusement dissimulé pour avoir une chance d’aboutir. Les thèmes abordés sont multiples : préservation de la vie privée et de l’intimité, impact des biotechnologies pouvant aller jusqu’à la marchandisation complète du corps, contrôle des masses par la technologie voire par l’utilisation d’armes bactériologiques, piratage informatique. Tout l’attirail cyberpunk est de sortie et nous rappelle que ce sous-genre fut le dernier véritable mouvement intéressant de la science-fiction, nous interrogeant aussi bien sur les évolutions techniques que sociales.

     Impressionnant premier roman de Lauren Beukes, Moxyland, par sa richesse technologique et par l’ampleur des thèmes abordés se hisse au niveau du meilleur de la science-fiction actuelle décrivant le futur proche, dans la veine de Ian McDonald, de Paolo Bacigalupi ou de Cory Doctorow. Rien de moins.

René-Marc DOLHEN
Première parution : 25/3/2014 nooSFere

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