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La Justice de l'ancillaire

Ann LECKIE

Titre original : Ancillary Justice, 2013

Cycle : Les Chroniques du Radch vol.

Traduction de Patrick MARCEL

J'AI LU (Paris, France), coll. Nouveaux Millénaires n° (49)
Dépôt légal : août 2015
448 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-290-11134-5
Format : 12,9 x 19,8 cm  
Genre : Science-Fiction

Illustration de couverture : Studio de création J'ai lu d'après (c) Shutterstock.



    Quatrième de couverture    
     Rien ne peut arrêter l'expansion radchaaï. Chaque annexion fournit des armées supplémentaires, les ancillaires, des captifs à la conscience détruite changés en troupes de choc, des marionnettes animées par l'intelligence artificielle des vaisseaux de guerre de l'empire. L'un de ces vaisseaux, le Justice de Toren, a été détruit, victime d'un complot au plus haut niveau du pouvoir. Mais son IA est parvenue à s'échapper et à s'incarner dans le seul ancillaire rescapé du massacre. Dix-neuf ans plus tard, sa vengeance est sur le point de s'accomplir...

     Née en 1966 dans l'Ohio, Ann Leckie a exercé des métiers aussi divers que serveuse, réceptionniste ou ingénieur du son. Elle vit aujourd'hui à Saint-Louis avec sa famille et est depuis 2014 secrétaire de la prestigieuse SFWA (Science Fiction and Fantasy Writers of America). La Justice de l'ancillaire, son premier roman, a été récompensé par les plus prestigieux prix littéraires :

Prix Hugo du meilleur roman 2014
Prix Arthur C. Clarke 2014
Prix Locus du meilleur premier roman 2014
Prix Nebula 2013
Prix British Science Fiction 2013
Prix Sydney J. Bounds du meilleur nouvel auteur 2014
Kitschies Golden Tentacle du meilleur premier roman 2013

    Prix obtenus    
Arthur C. Clarke, [sans catégorie], 2014
British Fantasy, nouvel auteur, 2014
British Science Fiction, roman, 2013
Hugo, roman, 2014
Locus, premier Roman, 2014
Nebula, roman, 2013
Bob Morane, roman étranger, 2016
 
    Critiques    

Le Radch est un empire en pleine expansion. Ses conquêtes s’appuient sur des vaisseaux spatiaux pilotés par des intelligences artificielles. Les IA s’incarnent dans les corps privés de conscience de prisonniers de guerre, fournissant de pléthoriques troupes d’ancillaires. Lorsque le Justice de Toren est détruit, son IA parvient à sauver une unique ancillaire. Celle-ci va alors se mettre en quête des auteurs du complot qui a conduit à sa perte et a entrainé la mort des officiers qu’elle avait sous sa protection.

L’intrigue de ce premier roman du triptyque Les chroniques du Radch semblera familière aux amateurs de Space Opera, mais le livre d’Ann Leckie, outre le fait qu’il s’empare de ce thème classique avec une réelle efficacité, se révèle original sur plusieurs points.

Le narrateur, tout d’abord : ce programme informatique prisonnier d’un seul corps après s’être incarné dans des milliers d’ancillaires. L’IA qui accède peu à peu à l’humanité, la conscience distribuée entre plusieurs unités qui pensent en parallèle ont déjà été abordés dans la SF (on pense à l’IA et son double de Westerfeld ou à Un feu sur l’abîme de Vinge, pour ne citer qu’eux), mais rarement il n’a été donné au lecteur la sensation d’être autant plongé à l’intérieur d’un cerveau à la fois étrange et familier. Étrange par sa mise en réseau, par l’articulation ambiguë qu’il y a entre son réel libre-arbitre et sa soumission à une programmation toute-puissante ; familier par son humanité et son implémentation dans la chair, la révélation de ce qu’implique d’être lié à un unique corps vulnérable. Ce décalage est très bien rendu par l’écriture à la première personne des actions réalisées simultanément et en différents endroits par l’ensemble des ancillaires, conduisant à une syntaxe légèrement biaisée. « En longeant le bord de l’eau, je me voyais debout sur la place. » écrit par exemple Ann Leckie dans un vertigineux je de miroir.

La syntaxe, encore, est à la source d’une autre grande originalité de La justice de l’Ancillaire : dans le monde futuriste du Radch, la notion de genre a totalement disparu, et le narrateur est incapable de remarquer, et a fortiori de mentionner, le sexe des personnes qu’il croise. Cette particularité est rendue par l’emploi systématique d’articles et pronoms féminins accolés à des noms des deux genres, et autres entorses aux règles usuelles d’accord. Il faut, à ce sujet, applaudir la performance du traducteur, Patrick Marcel, qui a fait un travail approfondi, tout en finesse. Ses choix, parfois osés, pour retranscrire dans
les contraintes de la grammaire française le parti-pris du texte original sont toujours pertinents. Ce procédé peut déstabiliser le lecteur au début, mais il devient rapidement plus fluide tout en préservant jusqu’au bout une subtile impression d’étrangeté : on reste immergé dans un univers lointain et futuriste qui a ses règles propres jusque dans le langage. Une telle adéquation de la forme au fond est suffisamment rare pour être saluée.

Aussi, certains lecteurs trouveront-ils un peu difficile d’entrer dans La justice de l’Ancillaire. Mais leurs efforts seront largement récompensés, d’abord par la découverte d’un univers riche et bien construit, à l’image des deux planètes, Nilt et Ors, où se déroule l’essentiel de l’action ; ensuite par un personnage principal complexe et original ; et, surtout, par un roman qui reprend un thème classique et le traite avec du souffle et une grande maestria, s’appuyant sur une écriture originale.


Jean-François SEIGNOL
Première parution : 29/5/2018 nooSFere


 

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