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La Guerre éternelle

Joe HALDEMAN

Titre original : The Forever War, 1975
Première parution : St Martin's, 1975

Cycle : La Guerre éternelle vol. 1 

Traduction de Patrick IMBERT

J'AI LU (Paris, France), coll. Nouveaux Millénaires
Dépôt légal : février 2015, Achevé d'imprimer : 11 février 2015
Roman, 352 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 978-2-290-10497-2
Format : 13,2 x 20,3 cm  
Genre : Science-Fiction

Couverture : © J'ai lu / Fotolia. Il s'agit de la première version intégrale du texte, celui-ci ayant été amputé d'un chapitre jugé "trop déprimant" par Ben Bova, l'éditeur de la première version.


Autres éditions
   J'AI LU, 1985, 1988, 1990, 1996, 2001, 2003, 2016
   in Guerre & Paix éternelles, MNÉMOS, 2021
   OPTA, 1976

    Quatrième de couverture    
     Imaginez une guerre si vaste que l'écho des batailles peut mettre plusieurs siècles à parvenir aux oreilles de ceux qui les ont ordonnées... enfin de leurs descendants, en tout cas. Pour le soldat Mandella, membre de l'une des unités d'élite chargées de combattre les Taurans, le problème est inverse : lorsqu’il revient sur Terre après plusieurs mois de campagne, des décennies se sont écoulées. Comment continuer à vivre, quand tout ce pour quoi on s’est battu n’existe plus ?
 
     Né en 1943, Joe Haldeman fait partie de cette génération d'Américains traumatisés par la guerre du Vietnam, dont l'ombre plane sur toute son oeuvre. La guerre éternelle, son livre le plus célèbre, raconte comme aucun autre l'absurdité de tout conflit armé.

    Sommaire    
1 - Note de l'auteur, pages 9 à 10, notes, trad. Patrick IMBERT
2 - Introduction, pages 11 à 12, introduction, trad. Patrick IMBERT
3 - Annexes, pages 319 à 345, notes, trad. Patrick IMBERT

    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1976
Locus, roman, 1976
Nebula, roman, 1975

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
 
    Critiques    

            Après La Stratégie Ender et Soleil Vert entre autres, J’ai Lu « Nouveaux millénaires » propose ici la réédition en grand format d’un nouveau livre important du patrimoine SF. La Guerre éternelle a remporté les prix Hugo et Nebula dans une version différente de celle ici retraduite, ainsi que l’auteur l’explique dans sa préface.

            Haldeman peinait à faire publier son livre et finalement, Ben Bova l’accepta pour Analog, la revue qu’il dirigeait alors. Cependant, Bova jugeait la partie centrale du roman trop sombre pour ce qu’il estimait être le goût des lecteurs et demanda à Haldeman de la réécrire. C’est cette version modifiée qui a remporté les plus hautes distinctions américaines en matière de SF, et qui fut traduite en français chez OPTA (coll. « Anti-Mondes ») par Gérard Lebec et Diane Brower en 1976, puis rééditée chez J’ai Lu. Haldeman ne rétablit la version originelle en anglais qu’en 1991, version qui, vingt-cinq ans plus tard, vient donc d’être traduite par Patrick Imbert. Imbert a également retraduit la partie centrale de la version édulcorée, ici livrée au lecteur en annexe afin qu’il puisse comparer…

            Je ne suis pas vraiment convaincu que la version initiale soit plus noire que celle publiée par Bova, par contre, avec le recul, elle semble davantage crédible avec sa violence endémique où les parents de Potter sont abattus par des pillards. Était-ce cela qui gênait le rédacteur en chef d’Analog ? La société dépeinte dans la version édulcorée est en revanche plus futuriste, notamment du fait de ces villes ne constituant plus qu’un unique bâtiment, à la façon des Monades urbaines de Robert Silverberg abritant des millions d’âmes heureuses grâce au conditionnement. Les rêves d’habitats concentrationnaires imaginés par Walter Gropius et L. Mies Van Der Rohe réalisés à la puissance 5. Si la version originelle est plus noire à cause de la violence qui l’imprègne, l’autre a comme un arrière-goût du Meilleur des mondes de Aldous Huxley qui persistera au fil du roman.

            Le lecteur américain de 1974 établissait un parallèle avec la guerre du Viet Nam, où Haldeman a combattu, parallèle qui n’a plus rien d’évident pour le public d’aujourd’hui. Il reste, comme l’écrit l’auteur, que La Guerre éternelle est surtout un livre sur la guerre en général, sur les soldats et les raisons pour lesquelles nous pensons avoir besoin d’eux (p. 9).

            La nouvelle traduction a également modernisé le vocabulaire. Ainsi, les sondes sont-elles devenues des drones, et la description des ordinateurs de Genève (dans l’annexe) l’illustre fort bien. On se demande d’ailleurs pourquoi, à Genève, la « salle de contrôle » est devenue « kontrollezimmer » ?

            Autant le dire maintenant, La Guerre éternelle ne séduira guère les fans de Jack Campbell, et vous n’y assisterez qu’à bien peu de batailles. Joe Haldeman a combattu au Viet Nam, expérience qu’il n’a manifestement guère goûtée, et son roman trouvera bien plutôt sa place entre la nouvelle « La Guerre définitive » de Barry N. Malzberg et Catch 22 de Joseph Heller ; autant d’œuvres qui s’évertuent à bien nous faire comprendre que la guerre est une connerie monstre.

            La Guerre éternelle a été publié aux USA en 74, cinq ans après « l’été de l’amour », et le roman est tout empreint de libération sexuelle. L’armée est mixte, et l’on y baise à couilles rabattues… mais au fur et à mesure que Potter et Mandella dérivent vers l’avenir à cause des effets relativistes, ils découvrent des sociétés qui évoluent sur ce plan. Pour endiguer la surpopulation, l’homosexualité est devenue la norme, puis l’hétérosexualité tend à disparaître. À la fin du roman, c’est la sexualité même qui a disparu avec le clonage qui l’a rendue caduque bien qu’il apparaisse que cette évolution-là soit une impasse dont on va pouvoir sortir grâce aux militaires revenus du passé. Haldeman a poussé cette spéculation à son terme et il semble alors lui être apparu que c’était aller trop loin. Il écrivait son roman à une époque où le puritanisme était battu en brèche et où le sexe était plutôt considéré comme une bonne chose. On remarquera également que la consommation de haschisch est traitée comme une activité sociale des plus banale.

            Ce roman ne montre plus notre avenir mais le futur des années 70 tel qu’il ne sera jamais. S’il garde sa valeur spéculative, il est aussi devenu un document sur la manière de vivre et de penser de l’époque, aujourd’hui complètement révolue, où Haldeman l’écrivait. La science-fiction, on le sait, donne un éclairage indirect sur le présent, mais lorsque le livre a été écrit depuis longtemps, il en vient à éclairer notre passé qui, par un jeu de miroir, questionne à son tour notre présent. Avec les années, le regard que nous fait porter sur le monde un roman comme La Guerre éternelle gagne encore en complexité. Tout sauf une vieillerie plus ou moins charitablement ressortie de la naphtaline…

            La Guerre éternelle est un livre à découvrir ou à relire.


Jean-Pierre LION
Première parution : 1/7/2015 dans Bifrost 79
Mise en ligne le : 1/6/2020

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (2001 - 2007) (2001)


     Nous sommes en 1997. William Mandella, membre d'un contingent d'élite de l'armée des Nations Unies, nous relate son expérience de soldat dans la guerre totale qui oppose la Terre à la première civilisation extraterrestre qu'elle rencontre  : les Taurans. Ecartelé entre son incompréhension du conflit et son instinct belliqueux formaté par les autorités militaires, Mandella évolue de bataille en bataille, dans une guerre dont on n'entrevoit pas la fin, et dont on a presque oublié le commencement.
     La Guerre éternelle passe pour un plaidoyer pacifiste, et à dire vrai, il en possède tous les ingrédients. Ecrit par un vétéran du Vietnam au moment où le conflit peinait à trouver une conclusion, ce roman, dont on imagine volontiers l'auteur abondamment barbu et chevelu, pourrait aisément être une dénonciation de l'absurdité de toutes les guerres à rallonge sans cause bien définie.
     Le problème, c'est qu'à y bien regarder, il existe finalement assez peu de différences formelles entre La Guerre éternelle et un roman comme Etoiles, garde à vous  ! , qui contribua (à tort  ?) à forger l'image d'un Robert Heinlein va-t-en-guerre et tant soit peu fascisant. Attention, il n'est pas ici question de faire un procès d'intention à Joe Haldeman, mais de relativiser le message véhiculé par ce roman qui s'est tout de même vu attribuer le prestigieux doublé Hugo-Nebula.
     Que nous raconte l'auteur, en fin de compte  ? Une guerre entre la Terre et une race extraterrestre. Rien de bien nouveau  : depuis des décennies, il s'extermine sur pellicule et sur papier des cohortes d'aliens tous plus laids et effrayants les uns que les autres. On s'apercevra vite que le récit d'Haldeman ne renouvelle pas spécialement le traitement de ce cliché de la science-fiction. Et ce ne sont pas les deux dernières pages du livre, où l'auteur assène l'évidence première que ce conflit vieux de plusieurs siècles (mais de quelques années seulement pour le narrateur, par l'effet de la relativité) était finalement absurde, qui nous convaincront de la portée contestataire de son message.
     En extrapolant un tantinet, on pourrait à la rigueur distinguer quelques esquisses de critiques, dirigées non pas contre la guerre en tant que tragédie, mais contre l'armée en tant qu'entité. Malgré tout, là encore, la caricature n'est pas très novatrice  ; elle est même un peu grossière  : les officiers sont obtus, les massacres des combats répugnants, le conditionnement des soldats monstrueux, et suffocante la discipline à laquelle ils sont astreints... D'accord, mais malheureusement, l'écrivain ne réussit pas avec des mots ce que Kubrick accomplit à l'écran (dans des films célébrissimes comme Les Sentiers de la gloire, Dr Folamour, Orange mécanique, tous antérieurs à La Guerre éternelle, ou encore Full metal jacket). Haldeman aurait pu se servir de l'évocation de la guerre pour ériger un monument à la paix et à la non-violence. Au lieu de ça, il nous livre un énième récit de boucherie interstellaire ponctué par un dénouement simplet qu'on croirait destiné à nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
     Cependant, la lecture de ce livre peut se révéler très agréable au premier degré  : l'argument scientifique est intéressant (avant d'avoir été militaire, l'auteur est tout de même physicien)  ; un réel travail a été entrepris pour donner un peu d'épaisseur aux personnages et à l'arrière-plan social, et les parties d'action sont plutôt réussies. Mais ne faites surtout pas la même erreur que le chroniqueur en entamant La Guerre éternelle : n'espérez pas y trouver un message pacifiste subtil, et encore moins une dénonciation subversive. La déception me rend peut-être injuste, mais je ne peux m'empêcher de penser que si Haldeman avait été voyageur de commerce plutôt que vétéran des rizières, on lui aurait sans doute prêté beaucoup moins d'intentions et on aurait moins exigé de son roman.

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 1/12/2001
nooSFere


 

Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (1985)


     En 1968. quelque part au Vietnam, Joe Haldeman sautait sur une mine. Sa pension d'invalide l'aidera à se lancer dans l'écriture, et voilà comment la sale guerre nous aura valu un remarquable écrivain. Cela signifie également que lorsque Joe Haldeman parle d'armée et de guerre, il sait plus ou moins de quoi il parle — à l'inverse sans doute d'un Robert Heinlein auquel on l'a inévitablement comparé lors de la publication de La guerre étemelle, pour le contre-pied évident de Starship Troopers. Avec Haldeman, la guerre est sale, elle tue, elle étripe, elle mutile, et elle laisse des hommes solitaires, orphelins de toute une vie. Roman réaliste que celui-ci, que J'ai Lu réédite excellemment quelque neuf ans après sa traduction française chez Opta.
     Les « horreurs de la guerre », comme on dit, ne sont pas rhétoriques : la brutalité du livre est patente, et comme on le fit de Spinrad et d'Hitler, on peut parfois se demander quelle est la part de la fascination et de la dénonciation, Mais le lecteur, estomaqué, fera vite la différence : Haldeman hait la guerre, s'il ne hait pas vraiment l'armée. Ou plutôt : ceux qui constituent une armée et qui font la guerre, les hommes de tous les jours. Quelqu'un qui est passé par là ne peut plus être fasciné. A l'heure où l'on jongle avec les « méga-morts » et les missiles de croisières, relire ce livre, après, par exemple, avoir vu Threads, ce film de la télé britannique qui raconte l'avant, pendant, et surtout après une attaque nucléaire sur la ville de Sheffield (beaucoup plus poignant et horrible que The day after), est plus que jamais indiqué.
     La guerre laisse des hommes orphelins, ai-je dit. L'aspect « SF » de La guerre éternelle accentue encore cette évidence : lorsqu'on combat aux confins du cosmos en passant de collapsar en collapsar, on finit par se perdre dans la relativité et les méandres temporels. William Mandella, dont le patronyme évoque le mandala de la destinée orientale, conscrit en 1997, se retrouvera civil en 3143, vétéran d'une vieille, trop vieille guerre... La structure purement scientifique du récit est évidemment menée de main de maître, ainsi qu'un écrivain U.S. nous en donne l'habitude. Que ce récit au thème fondamental et à la cohérence scientifique sans défaut soit aussi un excellent roman d'aventures montre le degré de sa réussite. Enfin, un prix Hugo (en 1976) qui ne fut pas volé !
     L'horreur est absurde par essence, dit Haldeman, et cette métaphore vietnamienne dépasse de loin l'anecdote terrienne qui en fut sans doute le détonateur. Et autant que la guerre, le Temps, ici, est maître du jeu.

Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/5/1985
dans Fiction 362
Mise en ligne le : 17/7/2003


 

Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (1985)


     La collection J'ai Lu fait peau neuve et pour la seconde fois mentionne le prix Hugo sur la couverture, mais sans en préciser la date. Marqué par la guerre du Vietnam, Joe Haldeman développe le thème de la guerre dans presque tous ses écrits, et a même concocté une anthologie réunissant les meilleurs auteurs anglo-saxons. La Guerre éternelle l'a révélé au grand public. Il faut dire que le récit de ce combat cosmique, raconté par Mandella, un soldat perdu dans un conflit qu'il ne comprend pas, a de quoi épouvanter.
     Le retour du guerrier pose toujours le problème de la réadaptation à la vie civile, des années après l'avoir quittée. Mais maintenant que les couloirs de l'espace-temps sont aussi fréquentés que les grands axes autoroutiers, la réinsertion est pratiquement impossible : l'humanité a trop changé. Il ne reste à Mandella, ballotté par les événements, qu'à retourner se battre encore et toujours, à l'arme blanche s'il le faut, comme l'avait prédit Einstein.
     Edifiant par l'invention criminelle dont l'homme sait faire preuve — et son adaptabilité aux pires conditions — , ce roman est le plus efficace manifeste contre la stupidité de la guerre et des militaires.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/5/1985
L'Ecran fantastique 55
Mise en ligne le : 17/7/2003


 

Edition OPTA, Anti-mondes (1977)



     Qui aurait prévu que ce jeune Américain réussirait le prestigieux doublé (prix Nebula et Hugo) lorsqu'il rendit visite à la Dauphinition (ça sonne mieux que Grencon, non ?) en juillet 1974 avec sa charmante épouse ? Son nom évoquait plus le Watergate que la SF, et bien peu avaient remarqué ses quelques nouvelles parues dans GALAXIE : le Temps démantelé (n° 104), 26 jours sur la Terre (n° 114), la Leçon du pouvoir (n° 118)... Depuis, marqué apparemment par le Viet-Nam, il a plus ou moins fait sa spécialité de la guerre : Notre unique guerre (n° 134), la Guerre personnelle du soldat Jacob (n° 140). The Forever War, c'est l'anti-Star Troopers (Etoiles, garde à vous ! J'AI LU n° 562), parce que le héros est antimilitariste et que la guerre de mille ans contre des Taurans est absurde ; et aussi parce que les préjugés militaires actuels ne sont pas transposés tels quels, mais s'adaptent : par exemple, les brigades sont mixtes puis homosexuelles. Mais Haldeman ne prend pas le contrepied de Heinlein systématiquement, avec hargne et simplisme, comme l'auraient fait certains jeunes loups bien de chez nous : bon gré mal gré, ses personnages « rempilent », et défendent leur peau ; la plus grande attention est portée au réalisme des réactions humaines comme des détails techniques (même la fantastique hypothèse de l'utilisation des « trous noirs » pour se déplacer en un temps record d'un bout à l'autre de l'univers n'est pas sans garants scientifiques). Et puis, il y a des aperçus sur l'avenir de l'humanité, philosophiques autant qu'historiques, qui donnent au mot « forever » autant d'importance qu'au mot « war » : le temps, qui amène des transformations dignes de Stapledon (l'Homme unique en des milliards de corps), ramène aussi de vieilles lunes (le combat à l'arme blanche, le « tu enfanteras dans la douleur ») ; ce n'est pas en vain que le nom du héros évoque la roue de la destinée.

George W. BARLOW
Première parution : 1/3/1977
dans Fiction 278
Mise en ligne le : 1/7/2012




 
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