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Gretel and the Dark

Eliza GRANVILLE

Titre original : Gretel and the Dark, 2014

Traduction de Carine BRUY

MIROBOLE , coll. Horizons pourpres
Dépôt légal : mars 2015
Roman, 448 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 979-10-92145-37-3
Format : 14,5 x 20,0 cm  

Photographie de couverture : (c) Leungchopan, conception graphique : Alice Genaud.



    Quatrième de couverture    
     « PEUT-ÊTRE EST-CE CE QUI ARRIVE QUAND ON INVENTE
     DES HISTOIRES À L'INTÉRIEUR D'HISTOIRES QUI SONT
     ELLES-MÊMES DES CONTES DE FÉES : ELLES DEVIENNENT
     HORRIBLEMENT RÉELLES. »

     Voici la sombre et fascinante histoire de deux mondes parallèles.
     Vienne, à la fin du XIXe siècle. Josef Breuer — célèbre psychanalyste — est sur le point d'être confronté au cas le plus énigmatique de sa carrière. Trouvée près d'un asile d'aliénés, maigre, la tête rasée, la jeune fille prétend n'avoir pas de nom, pas de sentiments — être, en fait, une machine revenue pour tuer le Monstre. Intrigué, Breuer est déterminé à comprendre les racines de ses maux.

     Quelque part en Allemagne, bien des années plus tard. Krysta est une petite fille dont la mère a mis fin à ses jours et qui tyrannise ses gouvernantes et son père, médecin dans un étrange dispensaire... Plongée dans le souvenir des contes de fées que lui racontait sa nounou d'antan, elle lutte pour trouver sa place quand, un matin, on découvre son père mort étranglé dans son lit. Désormais, la fillette est véritablement seule au monde, sans rien ni personne pour la protéger.

     Eliza Granville nous livre ici tout en subtilité un roman fascinant nourri de contes de fées revisités, dont la noirceur n'a d'égale que la réalité du nazisme, et où elle nous rappelle que l'imagination est plus puissante que la barbarie.

     ELIZA GRANVILLE a toujours été fascinée par les contes de fées et leur symbolisme ; l'idée de Gretel and the dark a germé quand elle s'est intéressée plus particulièrement à la réappropriation que les nazis ont pu faire des contes de Grimm pendant la Deuxième Guerre mondiale. Gretel and the dark est son premier roman.
 
    Critiques    

            Parmi les atrocités du XXe siècle, le génocide juif apparaît comme l’abomination suprême. D’aucuns y voient l’incarnation du Mal absolu, d’autres la manifestation de sa banalité. À l’instar de Jane Yolen, Eliza Granville opte pour le conte, cette forme de récit hybride, pour évoquer l’univers concentrationnaire via le regard d’un enfant.

            Adonc, il était une fois une petite fille appelée Krysta. Après la mort de sa maman, elle accompagna son père dans une nouvelle maison située près d’un zoo où étaient enfermés des animaux humains. Selon son papa, il s’agissait d’un lieu spécial où des gens importants voulaient rendre le monde meilleur, ce qui expliquait qu’il ne pouvait refuser d’y travailler. Tous les soirs, lorsqu’il rentrait, il se lavait longuement les mains, frottant inlassablement ses doigts et ses paumes jusqu’à s’en faire rougir la peau. Ensuite, il s’enquérait de la journée de sa fille. Krysta était une enfant vive mais insupportable, ne souhaitant qu’une chose : accompagner son père au zoo pour y voir les animaux, et peut-être s’y faire des amis parmi les enfants aperçus derrière la clôture.

            L’histoire de Krysta aurait sans doute intéressé Josef Breuer s’il n’avait vécu beaucoup plus tôt, au XIXe siècle. Le célèbre médecin viennois y aurait sans doute trouvé matière à réflexion pour élucider le mystère posé par cette jeune fille découverte nue, amaigrie, le crâne rasé, avec un numéro tatoué au poignet, dépourvue d’émotions et ne faisant que répéter la même phrase : « Je suis revenue dans le passé pour tuer le Monstre. » Selon ses dires, il s’apprêterait à plonger l’Europe dans le chaos. Quand ? Plus tard. En tout cas, pas tout de suite, même s’il faut agir tant qu’il demeure vulnérable. Si les propos de sa patiente lui paraissent complètement insensés, le psychiatre se fait fort de la guérir en retrouvant les racines de son traumatisme, manière pour lui de conjurer également un échec personnel.

            Reconnaissons que Gretel and the Dark ne manque pas d’ambition. D’emblée, on est happé par l’écriture imagée d’Eliza Granvilleet sa transposition habile de l’univers des frères Grimm. L’auteure brouille ainsi les repères en inversant les perspectives, le récit supposé correspondre à la réalité s’avérant l’histoire dans l’histoire. Par le truchement de la symboliques des contes, elle opère une sorte de thérapie par la catharsis, revenant aux racines de l’antisémitisme et des crimes nazis. On devine en effet assez rapidement que le récit fantasmatique et cruel de Krysta masque une réalité encore plus effroyable. Celle bien documentée de la déportation et de l’univers concentrationnaire. Le zoo, ses pensionnaires et le dispensaire où travaille son père apparaissent comme des images enfantines permettant de décrire de manière décalée un camp, ses déportés et le centre d’expérimentation où ils sont torturés. L’existence toute entière de Krysta baigne ainsi dans l’atmosphère des contes et de leurs archétypes, se superposant au monde pour en filtrer la crudité et ainsi atténuer la violence réelle.

            Hélas, on ne sait que penser de la seconde trame, celle se déroulant à Vienne, dont les épisodes se succèdent, mettant en scène un crescendo dramatique qui ne débouche au final sur rien de probant, si ce n’est un dénouement un tantinet bâclé. Le constat agace car en brisant la continuité qui unissait les deux trames, Eliza Granville se comporte à la manière d’un enfant découpant les pages de son livre d’histoires.

            Bref, en dépit de l’habileté du dispositif, on reste donc sur sa faim, abandonnant Gretel and the Dark avec un sentiment de déception. L’impression d’avoir lu un livre au potentiel gâché par un dénouement raté et un propos inabouti. Dommage.


Laurent LELEU
Première parution : 1/7/2015 dans Bifrost 79
Mise en ligne le : 1/6/2020


 
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