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Les Affinités

Robert Charles WILSON

Titre original : The Affinities, 2015
Première parution : États-Unis, New York : Tor Books, 21 avril 2015
Traduction de Gilles GOULLET
Illustration de Aurélien POLICE

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre
Dépôt légal : février 2016
Première édition
Roman, 336 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-207-13072-8
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Adam Fisk s'est installé à Toronto pour suivre des études de graphisme que lui finance sa grand-mère. Là, il s'est inscrit à un programme payant pour déterminer à laquelle des vingt-deux Affinités il appartient. Adam est un Tau, une des cinq plus importantes de ces nouvelles familles sociales théorisées par le chercheur Meir Klein. Quand la grand-mère d'Adam, diminuée par une attaque, est placée dans une maison de retraite, le jeune homme n'a plus les moyens de suivre ses études. Mais être un Tau confère des avantages qu'il va vite découvrir : travail rémunérateur, opportunités sexuelles, vie sociale pleine et satisfaisante. Tout est trop beau, trop facile. Tout va très vite pour Adam... et il en est de même pour le reste du monde, car le modèle social des Affinités est en train de s'imposer. Malheureusement, dans l'histoire de l'Humanité, aucun changement radical ne s'est fait sans violence.

     Né en Californie, mais naturalisé canadien, Robert Charles Wilson a connu un succès mondial avec Spin, en cours d'adaptation en série télévisée.
Critiques

     Adam Fisk, le vilain canard de la famille, suit des études de graphisme à l’écart d’un père WASP, d’une belle-mère soumise, de son frère aîné qui a réussi conformément aux attentes parentales, et de son jeune demi-frère, d’une sensibilité équivalente à la sienne. C’est sa grand-mère qui finance sa formation artistique, mais elle va mal et son placement en maison de retraite va bientôt inciter la famille à faire des choix. Isolé, il effectue le test d’InterAlia qui permet de connaître objectivement les gens avec lesquels il a le plus d’affinités, parmi une classification de vingt-deux types : cela va du test cognitif à l’analyse par ADN. Au sein des tranches ainsi identifiées, cinq dominent, dont les Tau, à laquelle il appartient. C’est une nouvelle vie qui s’ouvre à Adam grâce à la cooptation de ses pairs : travail, logement, règlement de problèmes divers – les obstacles s’effacent du fait de l’entente liant les membres entre eux, une entente exclusive, au détriment de ceux qui ne sont pas de la fratrie, une entente radicale, même, qui en essaimant à travers le monde impose un redécoupage social menaçant les anciennes hégémonies et annonçant de futurs conflits de castes.

     On ne choisit pas sa famille, pas plus qu’on ne choisit ses amis : tout est déterminé par un ensemble de paramètres objectifs allant bien au-delà de la constitution des réseaux sociaux que l’éditeur met en perspective dans son accroche. Les Affinités ne se contentent pas d’accumuler les amis ou les followers, mais proposent un système d’entraide équivalent à la franc-maçonnerie, en opposition à l’organisation étatique centralisée qui a fait son temps. Wilson détourne là, et radicalise, en bon auteur de SF, le concept de téléodynamique sociale, une analyse des processus thermodynamiques rapportés au vivant, et notamment la conscience. L’étude des interactions dans un même milieu, qui, depuis l’écologie, s’est étendue aussi bien à la génétique, la bactériologie, la neurologie, la protéomique, qu’à divers aspects de la société, annonce un monde non plus centralisé, mais gouverné par les liens qui le constituent, et que les outils informatiques ont permis de mettre en évidence. De ce point de vue, le roman, en apparence mineur, si on n’y veut voir que le récit d’élites entrant en concurrence, dessine les zones d’affrontement d’une humanité en pleine mutation, attachée à remédier aux désordres planétaires de la pollution et de l’environnement, redéfinissant les priorités autour d’une culture et d’une conscience globales opposées aux civilisations antérieures, dont on perçoit l’effondrement en arrière-plan.

     Constatant ce changement de paradigme, le récit est une mise en garde contre l’utilisation prédatrice du numérique, et partant, des réseaux sociaux qui facilitent la catégorisation des individus par tranches culturelles, psychologiques, professionnelles ou autres, au risque de favoriser la constitution d’élites, par essence antagonistes. C’est cette dérive que met en scène le roman en trois parties bien définies : la reconnaissance de soi offrant un havre d’accueil (Une Maison par une nuit d’hiver), l’appartenance liée au phénomène de bande (Une Théorie de tous) et la relation exclusive, agressive, débouchant sur l’asservissement à sa faction (Guerre de tranches).

     Comme toujours chez Wilson, l’histoire personnelle rattrape l’intrigue générale. Ainsi les relations familiales, notamment entre les frères et aussi avec Jenny, l’amie d’enfance promise à Adam avant qu’il ne rejoigne le groupe Tau, quittent le background pour progressivement passer au premier plan du récit : la téléodynamique fonctionne aussi à ce niveau. Robert Charles Wilson, et c’est là son grand talent, passe ainsi du général au particulier, ce qui permet de multiplier les éclairages et de rappeler qu’une théorie ou un processus, pour étayé qu’il soit par les mathématiques, n’est qu’une façon de voir le monde : la trajectoire d’Adam Fisk, bien qu’illustrant le phénomène des interactions transversales et non plus de proximité, traite des questions bien plus universelles de la solitude et de quête d’identité, des conflits de loyauté et, in fine, de la place de chacun dans le monde. Cette façon d’aborder les grandes questions de notre temps par le petit bout de la lorgnette nous les rend bien plus intelligibles ; elle permettra peut-être à tout un chacun de déterminer si le monde est jeune ou vieux.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/4/2016 dans Bifrost 82
Mise en ligne le : 17/8/2022


     Étudiant en graphisme à Toronto, loin de son père autoritaire et réactionnaire, Adam Fisk se retrouve en mauvaise posture quand sa grand-mère, qui finançait ses études, meurt.
     Mais Adam a passé les tests psychologiques de la société Interalia qui, lorsqu’on les réussit, regroupe les gens dans des affinités : des personnes avec qui on ne peut que s’entendre bien, réunies par tranches (des groupes locaux de quelques dizaines de membres). Adam est ainsi envoyé à l'affinité Tau, l’une des plus puissantes, et en découvre rapidement les avantages : une communion de pensée avec ces nouveaux amis qui lui fournissent un travail, une relation amoureuse avec Amanda, Tau elle aussi. Bref, une nouvelle famille dont tous les membres se comprennent et s’apprécient instantanément.
     Au fil des années, l’affinité se développe, devient une puissance financière et Adam y joue un rôle important de relations publiques, jusqu’à ce qu’un lobby anti-affinités tente de faire voter une loi qui nuirait particulièrement à Tau, loi déposée par le grand frère d’Adam.

     Robert Charles Wilson s’était un peu fait oublier depuis Spin. Axis et Vortex, les suites, partaient dans des directions trop radicalement différentes pour continuer de séduire les nombreux lecteurs de Spin ; Julian, sur une base intéressante, était gâché par un narrateur d’une naïveté confondante. Enfin, Les derniers jours du paradis est passé à peu près inaperçu. Autant dire que j’attendais Les Affinités sans fébrilité particulière.

     Heureusement, l’auteur renoue avec la recette habituelle de ses meilleurs romans : un personnage ordinaire est mêlé à des évènements extraordinaires. Ici, ce qui n’est au début qu’un moyen de se trouver des amis avec qui on est sûr de s’entendre se transforme vite en une organisation parallèle de la société, avec l’émergence d’une puissance financière, voire politique, et disposant d’un bras armé. Wilson est souvent doué pour donner vie à ses personnages et Adam Fick est particulièrement réussi : ses relations avec sa famille biologique et avec sa famille d’adoption, l’affinité Tau, sont au centre du récit. Dans un monde en évolution rapide (un début de guerre mondiale se déroule en fond), la stabilité amenée par l’affinité pose de multiples questions : les intérêts de Tau doivent-ils passer avant le reste de la population, devant l’état, devant la famille ? C’est un peu tous ces sujets que débroussaille Les Affinités, dans un roman sans temps mort.

     Wilson consacre avant tout ses réflexions au cercle proche d’Adam Fisk, et on peut regretter que le décor (la montée en puissance de l’affinité, la guerre qui approche) ne soit pas plus utilisé, mais c’est un bien léger reproche pour un roman qui explore avec intelligence une nouvelle organisation sociale. Les Affinités est une preuve de plus que la science-fiction est l’outil idéal pour réfléchir sur les bouleversements de la société actuelle.

René-Marc DOLHEN
Première parution : 6/3/2016 nooSFere

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