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Station Eleven

Emily St. John MANDEL

Titre original : Station Eleven, 2014
Traduction de Gérard de CHERGÉ
Illustration de Michael KENNA

RIVAGES (Paris, France)
Dépôt légal : juin 2016
Première édition
Roman, 480 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-7436-3755-2
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org
Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture
     Un soir d’hiver à l’Elgin Theatre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène, en pleine représentation du Roi Lear. Plus rien ne sera jamais comme avant.
     Dans un monde où la civilisation s’est effondrée, une troupe itinérante d’acteurs et de musiciens parcourt la région du lac Michigan et tente de préserver l’espoir en jouant du Shakespeare et du Beethoven. Ceux qui ont connu l’ancien monde l’évoquent avec nostalgie, alors que la nouvelle génération peine à se le représenter. De l’humanité ne subsistent plus que l’art et le souvenir. Peut-être l’essentiel.
     Entre l’avant et le présent, Station Eleven entrelace sur des décennies la destinée de personnages inoubliables. Élégie sur la condition humaine, ce livre à la construction vertigineuse envoûte le lecteur par sa puissance romanesque et émotionnelle.

     Née au Canada en 1979, Emily St. John Mandel est l'auteur de Dernière nuit à Montréal (2009), On ne joue pas avec la mort (2010) et Les Variations Sébastian (2013), tous trois publiés en Rivages/noir. Succès international traduit dans une vingtaine de langues, finaliste du National Book Award, Station Eleven l'a imposée comme l'une des romancières les plus reconnues d'Amérique du Nord.
Critiques

     Toronto, bientôt. Victime d’un infarctus, le célèbre acteur Arthur Leander s’effondre sur scène en pleine représentation du Roi Lear. En dépit des efforts de Jeevan, un secouriste présent dans le public, il meurt sous les yeux de Kirsten – 8 ans, sa partenaire dans la pièce –, « échappant » ainsi à la pandémie de grippe qui, dès le lendemain, embrase la planète et tue en peu de semaines presque toute l’humanité. Vingt ans après, dans un monde en ruines, La Symphonie Itinérante – groupe de survivants à la fois troupe de théâtre et orchestre – parcourt le Michigan en jouant de communauté en communauté. Entre un monde qui se souvient, un monde qui oublie, un monde qui ignore et un monde qui sombre, difficile de rester humain. La culture peut y aider. C’est en tout cas le crédo de la troupe : « Parce que survivre ne suffit pas. » Une troupe dont Kirsten fait partie. Et là, on sent venir le problème. Oscillant entre les trente années précédant la catastrophe et les vingt années qui la suivent, le roman – vendu comme post-apo’ – compte au moins autant de pages pré-grippe que post-grippe.

     Pré-grippe : la vie et l’œuvre de Leander. Ses débuts, son succès, ses mariages, ses divorces, Hollywood, la presse people, les paparazzis, etc. Qu’en tire-t-on ? Quelques banalités sur l’importance de ne pas vivre une vie non désirée, de devenir qui on est, et d’atteindre enfin à la simplicité comme épiphanie.

     Post-grippe : on est bien après les évènements. Si quelques nuisibles trainent encore, les troubles sont finis. Cheminant au milieu des vestiges d’une civilisation que les plus jeunes n’ont pas connue, la troupe connait le danger mais rien qu’elle ne peut gérer. Ses problèmes normaux, le roman le dit, sont ceux de tout groupe humain : jalousie, médisance, énervement. Et puis il y a ce Musée de la Civilisation, installé, paraît-il, à l’aéroport de Severn City, vers lequel se dirige la Symphonie et d’où viendrait, c’est surprenant, l’inquiétant prophète qui la poursuit.

     Prix Arthur C. Clarke 2015, Station Eleven bénéficie d’une très bonne presse. Rien d’étonnant tant c’est romanesque au mauvais sens du terme. Enchevêtrement de destins qui se croisent avant et après la catastrophe (si on aime Molière et ses retrouvailles improbables, on adorera), passage de témoin par le biais d’objets transmis et retransmis par-delà les années de personnage en personnage, univers familier et clinquant avant, monde jamais stressant après, histoires d’amour qui finissent mal, importance de bien choisir sa voie sans se perdre en chemin, rédemption par la parentalité, fut-elle de substitution, rien ne manque. De personnages sans nom (le gros de la troupe) en situations émotionnellement convenues, le roman offre un plat voyage en terre inconnue qui ne risque jamais de déstabiliser le lecteur. Même les pages dans lesquelles la civilisation s’éteint un morceau après l’autre, qui devraient nous terroriser, sont plus stressantes dans La Terre demeure de George R. Stewart, et bien plus émouvantes dans le Bone Clocks de David Mitchell ; d’autant qu’à la fin on sent bien que les choses vont finir par s’arranger.

     Si j’avais dû offrir un post-apo’ à ma grand-mère, qui n’aimait ni le sexe ni la violence et lisait assidûment Jours de France, je lui aurais offert Station Eleven.

Éric JENTILE
Première parution : 1/10/2016 dans Bifrost 84
Mise en ligne le : 19/10/2022


     Le soir où Arthur Leander, en pleine interprétation du Roi Lear, meurt sur scène d’une crise cardiaque, une épidémie de grippe mortelle venue de Géorgie se répand mondialement. Au bout de quelques semaines, seule une personne sur mille a survécu, provoquant un effondrement presque total de la civilisation. Au centre de l’Amérique du nord, entre les États-Unis et le Canada, quelques petites communautés sont apparues, tentant de survivre tant bien que mal. L’une d’elle, la Symphonie, va de village en village, interprétant des pièces de Shakespeare et jouant du Beethoven.

     Edité en Rivage Noir, le quatrième roman de Emily St-John Mandel aurait pu passer inaperçu du milieu SF s’il n’avait pas reçu le prix Arthur C. Clarke en 2015. La science-fiction, ce livre en est rempli : dans cet environnement post-apocalyptique des références régulières apparaissent : des épisodes de star trek, un modèle réduit de l’entreprise, un ouvrage de vampires et surtout un roman graphique écrit par l’une des protagonistes du roman y tient un rôle important. Ce roman graphique, lui-même nommé Station Eleven, raconte les aventures du Dr Eleven, coincé dans sa station spatiale grande comme une planète.
     Mais Station Eleven est avant tout un roman consacré à des hommes et des femmes, à leur mémoire et à leurs oublis. Jouant de nombreuses coïncidences (une faiblesse que l’on pardonnera à l’auteure), les personnages que l’on croise sur cette terre vidée ont tous un lien avec Arthur Leander ; anciennes femmes, amis, acteurs ou spectateurs. Au récit de l’errance de la Symphonie se mêle de nombreux flash-backs amenant de la profondeur aux personnages, décrivant le monde avant, pendant et après la catastrophe. Et c’est là qu’Emily St John Mandel est très forte : en évitant les stéréotypes, en décrivant un monde difficile mais toujours humain, où l’on peut mourir en marchant sur un clou mais ou l’espoir d’une renaissance de l’humanité est toujours possible.
     Ici, pas de désespérance totale comme dans La Route de McCarthy, pas non plus d’héroïsme beau et lumineux qui sauve le monde ; juste des hommes et des femmes, avec leurs forces et leur faiblesses, qui utilisent au mieux leur capacité de résilience, et qui traversent le roman dans de nombreuses scènes marquantes, comme le dernier soir d’Arthur Leander, vu par plusieurs personnages. Station Eleven est un récit remarquable et profondément humain qu’on lâche difficilement.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 1/9/2016 nooSFere

Prix obtenus
Arthur C. Clarke, [sans catégorie], 2015


Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo...)
Station Eleven , 2021, Patrick Somerville (série)

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