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Planetfall

Emma NEWMAN

Titre original : Planetfall, 2015
Première parution : Ace/Roc, 3 novembre 2015
Cycle : Planetfall vol. 1 

Traduction de Racquel JEMINT
Illustration de Anxo AMARELLE

J'AI LU (Paris, France), coll. Nouveaux Millénaires
Dépôt légal : février 2017, Achevé d'imprimer : 2 janvier 2017
Première édition
Roman, 288 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-290-13703-1
Format : 13,0 x 20,0 cm
Genre : Science-Fiction



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org
Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture

Touchée par la grâce, Lee Suh-Mi a reçu la vision d’une planète lointaine, un éden où serait révélé aux hommes le secret de leur place dans l’Univers. Sa conviction est telle qu’elle a entraîné plusieurs centaines de fidèles dans ce voyage sans retour à la rencontre de leur créateur. Vingt-deux ans se sont écoulés depuis qu’ils sont arrivés là-bas et qu’ils ont établi leur colonie au pied d’une énigmatique structure extraterrestre, la Cité de Dieu, dans laquelle Lee Suh-Mi a disparu depuis lors.

Ingénieur impliquée dans le projet depuis son origine, Renata Ghali est la dépositaire d’un terrible secret sur lequel repose le fragile équilibre de la colonie, qui pourrait voler en éclats avec l’entrée en scène d’un nouveau membre, un homme qui ressemble étrangement à Suh-Mi, trop jeune pour faire partie de la première génération de colons...

Originaire du sud-ouest de l'Angleterre, Emma Newman prête sa voix à de nombreux livres audio et anime un célèbre podcast. Auteure de nouvelles noires et d'une série de fantasy urbaine saluée par la critique, elle se lance avec Planetfall dans une science-fiction de haut vol, dont les questionnements métaphysiques rappellent ceux d'Arthur C. Clarke.

Critiques

    Une petite colonie humaine s’est installée sur une planète désolée, Pathfinder, à proximité d’un imposant artefact, une structure considérée comme la Cité de Dieu, selon les dires de Lee Suh-Mi, qui, frappée par une illumination, a réussi à motiver une centaine de colons pour rejoindre ce lieu et y recevoir la Révélation. Vingt ans plus tard, celle-ci n’a toujours pas eu lieu et Lee Suh-Mi a disparu à l’intérieur de la structure, aux parois organiques, où l’on peut se perdre dans des niches et des creux contenant parfois de curieux objets laissant supposer des origines extraterrestres. Mais cela, les colons l’ignorent. Il est d’ailleurs interdit de pénétrer dans la structure en raison du danger. L’attente est le lot de la communauté, qui espère revoir un jour l’Éclaireuse, ayant institué un rite cultuel consistant à l’attendre devant la structure à chaque date anniversaire.

    La communauté, solidaire et attentionnée, n’a de secret pour personne, chacun communiquant en permanence avec les autres membres via sa connexion réseau intégrée dans l’organisme. Les conditions de vie sont agréables mais chiches : les imprimantes 3D fabriquent tout ce que peut souhaiter un colon, des meubles aux vêtements en passant par les aliments. Est jeté dans un recycleur ce qui ne convient plus pour une reconversion en matières premières. Afin de ne pas vivre indéfiniment dans des combinaisons, les colons se sont génétiquement modifiés pour se protéger des microbes et allergènes de l’atmosphère, même si la consommation des noix locales reste impossible en raison de la présence d’un ADN étranger.

    La surprise est de taille lorsque débarque Sung-Soo – trop jeune pour appartenir aux colons de la première génération –, une arrivée qui va bientôt bouleverser la tranquillité de la colonie. Car Sung-Soo affirme être le petit-fils de l’Éclaireuse. L’accident de nacelle ayant emporté au loin les occupants qui observaient la Cité de Dieu depuis le ciel a permis, contre toute attente, à quelques rescapés de survivre jusqu’à présent. À leur mort, Sung-Soo a entrepris ce périple improbable jusqu’à la colonie. Accueilli par tous, il est l’objet de la méfiance de Mack, le dirigeant de la communauté. La narratrice, Renata Ghali, est une scientifique qui a embarqué pour être tombée amoureuse de Lee Suh-Mi. Réparatrice des imprimantes 3D, elle récupère, dans le projet de les restaurer un jour, les objets abîmés ou mal façonnés que jettent les colons. Un secret la lie à Mack, qui l’étouffe chaque jour davantage, et qui pourrait bien faire voler la fragile communauté en éclats. Elle est en outre victime de ses névroses, qui la poussent à se replier sur elle, à fuir ses semblables, jusqu’à faire preuve d’agressivité devant ses difficultés croissantes à cacher sa maladie à son entourage. L’ambiance, tandis que se multiplient les non-dits et que les soupçons de mensonge se confirment, rendent l’atmosphère irrespirable. Progressivement, l’intrigue se détourne de l’énigme de l’artefact pour se concentrer sur le passé de Renata et la tragédie fondatrice des rites communautaires. Ce qui ressemblait à un récit de science-fiction traditionnel sort des sentiers battus en se transformant en suspense psychologique.

    On ne peut qu’admirer la maestria avec laquelle, dans ce récit dont la densité renforce l’intensité, Emma Newman superpose au mystère initial une aventure intérieure, conjuguant dans un même élan révélation de soi et élucidation de l’énigme initiale. Un roman brillant, tout simplement.

    Qui devrait être suivi de After Atlas, situé dans le même univers, et se déroulant sur Terre.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2017 dans Bifrost 87
Mise en ligne le : 7/1/2023

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition J'AI LU, Science-Fiction (2007 - ) (2023)

 « Touchée par la grâce, Lee Suh-Mi a reçu la vision d'une planète lointaine, un éden où serait révélé aux hommes le secret de leur place dans l'Univers. Sa conviction est telle qu'elle a entraîné plusieurs centaines de fidèles dans ce voyage sans retour à la rencontre de leur créateur. Vingt-deux ans se sont écoulés depuis qu'ils ont établi leur colonie au pied d'une énigmatique structure extraterrestre, la Cité de Dieu, dans laquelle Lee Suh-Mi a disparu depuis lors. »

L’introspection - Annihilation -, le huis clos - Planetfall -, sont ils les nouveaux territoires d’investigation de la littérature de science-fiction, qui malgré l’épisode de la new wave ne s’est jamais totalement départie de ses récits d’exploration ? L’irruption de la britannique Emma Newman dans le paysage romanesque le laisse en effet supposer. Planetfall paru en France en 2017 est le premier volet d’un cycle complété par After Atlas disponible cette année en J’ai lu millénaire.

L’intrigue renoue avec le vieux thème de la place de la religion dans le futur. Emma Newman en emprunte les traits les plus saillants : l’imposture de « L’étoile » d’Arthur Clarke et la folie prophétique du Tom O'Bedlam de Robert Silverberg. Mais son talent propulse un texte déjà psychologiquement et symboliquement dense à la hauteur d’une tragédie.

Renata Ghali est le personnage central de ce drame. Ingénieur, elle a connu Lee Suh-Mi lors de ses années universitaires. Entre les deux jeunes femmes qui partageaient le même appartement, s’est nouée une amitié profonde. Avec Mack, chef de l’expédition, elles forment le trio fondateur d’une colonie humaine partie rencontrer Dieu sur une planète étrangère. Lorsque la prophétesse disparaît dans des conditions mystérieuses, les deux survivants s’efforcent de maintenir la cohésion et la foi du groupe. Vingt deux années plus tard l’arrivée inopinée du petit-fils de Lee met à mal l’édifice religieux entretenu tant bien que mal. Le piège va alors se refermer sur Renata.

Emma Newman conte avec habileté la plongée progressive de son héroïne dans la folie. Les géniteurs, sans surprise, posent les premières banderilles de la fragilisation psychologique. Le père est un homme bon, rationnel mais peu influent. Il n’est pas innocent que dès la première page, la figure maternelle soit associée au Broyeur, un outil de recyclage de matériel indispensable à la survie de la communauté expatriée. La mère broyeuse, divorcée et hostile, va ainsi poursuivre son action délétère, suscitant chez sa fille un syndrome de Diogène. Renata ne recycle rien, mais accumule tout. Elle tente de rassembler sa personnalité. Tout aussi significative est la description utérine de la Cité de Dieu dans laquelle elle s’aventure à loisir, comme un écho au final de 2001 l’odyssée de l’espace. L’écrivain sème ainsi des figures symboliques de traumatisme (le ver par exemple) tout au long du roman.

Pauvre Renata, croyant, à l’image d’un Saint Augustin, quitter la cité terrestre, du mensonge (« Comment lui décrire la foule, les vieux bâtiments, ce monde marchant à l’argent et au prestige ? ») pour la Cité de Dieu c'est à dire de la vérité… Voilà un sacré récit au dénouement en forme de double uppercut, qui ne dépareillerait pas aux côtés d’Un Cantique pour Leibowitz ou d’Un cas de conscience. Mention bien à la graphiste de l’élégante couverture, qui a tout compris.

 

SOLEIL VERT (site web)
Première parution : 8/1/2023
dans nooSFere

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