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Le Moineau de Dieu

Mary Doria RUSSELL

Titre original : The Sparrow, 1996

Traduction de Béatrice VIERNE
Illustration de Nicolas GALKOWSKI

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 7283
Dépôt légal : septembre 2019, Achevé d'imprimer : septembre 2019
800 pages, catégorie / prix : 13
ISBN : 978-2-266-29475-1
Format : 10,8 x 17,7 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    

2019, un signal musical est capté par la Terre. Pendant que l’ONU palabre sans fin, la Compagnie de Jésus a déjà trouvé les financements et mis sur pied son expédition. À son bord, des athées et des jésuites, dont Emilio Sandoz, jeune prêtre et brillant linguiste, pour un voyage d’exploration vers la planète Rakhat et ses habitants.
2059, Emilio Sandoz, mutique, les mains mutilées et marqué du sceau de l’infamie, est le seul rescapé de la mission. Sur Rakhat, il aurait tué et se serait prostitué. Qu’a-t-il donc pu se passer pour que la mission tourne si mal ?

« Non content d’être un parfait chef-d’oeuvre, Le Moineau de Dieu est aussi une belle porte d’entrée pour quiconque chercherait à faire ses premiers pas dans la science-fiction. » Simon Krug – Les Inrockuptibles


    Prix obtenus    
Arthur C. Clarke, [sans catégorie], 1998
British Science Fiction, roman, 1997
James Tiptree Jr. Memorial, roman, 1996

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition ALBIN MICHEL, Romans étrangers (1998)


     Tout commence comme dans Contact (l'excellent roman de Carl Sagan, pas le film hypocrite) : un message d'origine extraterrestre est reçu par un radiotéléscope affilié au programme SETI — en l'occurrence, Arecibo.
     Nous sommes en 2019 et le monde commence à s'interroger sur la portée d'un tel événement. Les USA imposent le black-out aux chercheurs impliqués dans la découverte du message. Les Nations Unies débattent à n'en plus finir. Mais un groupement nongouvernemental est déjà au courant, et n'a pas tardé à mettre en branle l'ensemble de ses ressources : la Société de Jésus.
     En effet, Jimmy Quinn, le radio-astronome qui a découvert le message, a comme ami un prêtre jésuite, Emillo Sandoz. Passionné par l'idée qu'il existe dans l'univers d'autres créatures de Dieu, le jésuite a prévenu sa hiérarchie et... Imaginez ce que pourrait donner la puissance intellectuelle et financiére des jésuites si elle était concentrée sur la construction d'un vaisseau spatial. C'est exactement ce qui se passe au début du Moineau de Dieu.
     L'auteur s'attache avec une humanité et une minutie admirable à nous faire rencontrer ses personnages, qui prennent rapidement de l'étoffe, deviennent véritablement vivants. Mais le lecteur sait que les choses ne se sont pas bien passées durant l'expédition : des chapitres en flash-forward émaillent le livre, relatant en 2060 la difficile convalescence d'Emilio Sandoz et son témoignage douloureux.
     Cette double ligne de narration, impliquant une constante tension dramatique (attaché aux personnages, le lecteur demande forcément ce qu'ils vont devenir) n'est pas la moindre des réussites de roman exemplaire. La tendresse mise dans la peinture des héros, l'intelligence déployée dans la description de la préparation de la mission, la beauté et la douleur du séjour des humains sur Rakhat, la crédibilité des peuples extraterrestres. . . Tout concourt à tisser une oeuvre magistrale. Oserai-je dire ? Oui : un chef-d'oeuvre, un vrai.
     Originellement publié chez Black Swan en Grande-Bretagne (un éditeur cultivant à la fois l'originalité littéraire et l'accessibilité populaire — un cocktail difficile) Le moineau de Dieu (The Sparrow) aura eu une histoire exceptionnelle : premier roman écrit par une femme dans la quarantaine, anthropologue et biologiste de formation (mais au chômage), d'éducation catholique et de conviction juive, il aura demandé à son auteur rien moins que soixante versions différentes et un travail titanesque pour être achevé. Tout cela pour se voir rejeté par trente-et-un agents littéraires et la plupart des éditeurs... Enfin publié chez Black Swan, le roman s'envole immédiatement dans les listes des meilleures ventes, et récolte coup sur coup les prix Arthur C. Clarke et James Tiptree jr. !
     En France, c'est également un éditeur mainstream qui a traduit ce livre surprenant — en s'abstenant bien de marquer « science-fiction » sur la couverture. je ne sais ce qu'il faut penser d'une telle politique — les libraires et les lecteurs n'ont pas été dupes, et on a vite retrouvé Le moineau de Dieu sur les étalages de S-F. On ne regrettera qu'une chose : qu'Albin Michel n'ait pas répondu à notre demande de service de presse, ce qui a empêché toute vérification du niveau de qualité de la traduction. Vous devrez donc y aller voir vous-même : il serait regrettable de passer à côté d'une oeuvre aussi puissante, aussi bouleversante, aussi... Ah, les mots me manquent !

André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/10/1998
dans Bifrost 10
Mise en ligne le : 2/1/2001


 

Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (2001)


     Que les jésuites conquièrent l'espace, ce n'est pas tout à fait original. On évoquera Clarke, les « sapientistes placides » des Maîtres cartographes, BD de Scotch Arleston, ou évidemment Un cas de conscience de James Blish. Mais on n'est pas dans un plagiat. Parce qu'il ne s'agit pas de la création, du salut, de « l'histoire sainte », mais du problème du mal. Tout simplement.
     À vrai dire, on y arrive lentement. On est vers 2060, dans un monde prudemment fort peu décrit, et on sait qu'il s'est passé quelque chose d'horrible. On sait qu'on a affaire au seul survivant d'une expédition vers la première planète extra-solaire habitée. Que la chair de ses mains a été détruite, mais qu'il a connu d'autres horreurs, et en a commis. On s'énerve d'ailleurs d'un faux suspense, quand ce que tous semblent savoir n'est pas expliqué, même si en fait le seul qui en sache vraiment plus ne veut pas, ou ne peut pas parler. Et que tous essaient de le comprendre. On peut s'irriter aussi des ficelles du thriller, avec une série de retours en arrière qui forment le gros du récit, une longue exposition des personnages avant et pendant l'expédition, avec leur passé, leurs angoisses et leurs relations, et avec des traits d'humour dans le genre des gags supposés clore certains épisodes de séries américaines, et qui ne font s'esbaudir que les personnages. Mais à ce dernier point près, ces personnages sont vraiment attachants, et leur monde, celui de 2019, nous parle directement, avec ses traits fort inquiétants, entre contrats de servage et obligation de collaborer avec un spécialiste venu étudier votre travail pour vous remplacer par un programme d'ordinateur. Et puis, après un peu de hard science élémentaire à base d'astéroïde évidé et de paradoxe de Langevin, on en arrive à l'exploration de la planète. Rien de neuf en SF, sans doute, mais un ton, un enthousiasme, une authentique fraîcheur, qu'il s'agisse de la description de la nature ou de celle des habitants. Un bonheur. Et la catastrophe, dont on sait qu'elle est inévitable, semble indéfiniment retardable. Jusqu'à ce qu'elle intervienne. Que les signes s'inversent. Que le magnifique devienne le symbole de l'horreur. Que l'atavisme l'emporte, d'une certaine façon, et que le mammifère omnivore que nous sommes soit obligé de regarder en face les deux moitiés de lui-même, la proie et le prédateur. Et on achève de pardonner au thriller ses ficelles pour savourer cette science-fiction à la fois naïve et remarquablement intelligente.
     Une suite est parue, en anglais. Il faut espérer qu'elle soit rapidement traduite, même si on a appris à se méfier des « séquelles ».

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/6/2001
dans Galaxies 21
Mise en ligne le : 4/9/2002




 
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