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Solomon Kane, l'intégrale

Robert E. HOWARD

Titre original : The Savage tales of Solomon Kane, 1998

Cycle : Solomon Kane (omnibus)

Traduction de Patrice LOUINET
Illustration de Garry GIANNI

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. Fantasy n° 35531
Dépôt légal : octobre 2019
640 pages, catégorie / prix : 9,40 €
ISBN : 978-2-253-82023-9
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    

« — Vous… Qui êtes… vous ? dit-elle à mots hachés.
— Je ne suis qu’un vagabond, un homme sans terre, mais l’ami de tous ceux qui sont dans le besoin.
Cette voix douce semblait incongrue, venant de cet individu.
— Raconte-moi.
— Le Loup. Lui et ses hommes…ont attaqué notre village…Ils ont pillé…tué…
Soudain la forme frêle se détendit. L’homme posa délicatement la jeune fille à terre et lui toucha légèrement le front.
— Des hommes mourront pour cela, dit-il froidement. »

Aventurier errant et vagabond, Solomon Kane traque et tue impitoyablement ses ennemis dans un monde élisabéthain pris de folie : brigands et pirates, mais aussi vampires et morts-vivants. Instrument de Dieu ou puritain fou habité par des forces qui le dépassent, nul ne sait qui il est.

Ce recueil rassemble l’intégralité des nouvelles de ce héros. Établie à partir des manuscrits originaux, leur version authentique proposée ici dans l’ordre de leur rédaction restitue la plume précise et poétique de R. E. Howard.


    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition BRAGELONNE, Les Intégrales (2008)


     Ultimate edition

     Après Conan le Cimmérien et L'Heure du Dragon, cette nouvelle édition de Solomon Kane s'inscrit dans la continuité du travail titanesque effectué par Patrice Louinet sur l'œuvre de Robert Howard. Nous ne serons donc pas étonnés de retrouver le même soin apporté à l'ouvrage : textes réorganisés selon leur ordre d'écriture, poèmes en version originale et en français, nouvelle traduction non censurée basée sur les tapuscrits originaux, les carbones de l'auteur, et même sur des pages perdues issues de collections privées, commentaires passionnants de Louinet comprenant des extraits de la correspondance entretenue par Howard et divers synopsis ou versions de travail des nouvelles fournis en annexes, le tout ponctué de magnifiques illustrations. Ouf !

     Jusqu'à présent, la parution des aventures du puritain dans l'hexagone se limitait à deux éditions erronées : Solomon Kane et Le Retour de Kane, respectivement publiées en format moyen aux Nouvelles Éditions Oswald (1981) et en poche chez Fleuve Noir (1991). Les compétences des éditeurs et du traducteur, François Truchaud, ne sont pas en cause puisque ces versions françaises respectaient scrupuleusement les versions américaines, avec leurs nouvelles présentées dans le désordre et sensiblement censurées (il en était de même pour les Conan, avant les éditions Bragelonne). On y trouve même une nouvelle inachevée de l'auteur : Le Château du Diable (plutôt bonne, par ailleurs), dont Robert Howard n'avait écrit que l'introduction et complétée par une tierce personne sans que cela ne soit mentionné nulle part...

     Il faut ici préciser que les coupes effectuées sont postérieures à la publication des textes dans la revue Weird Tales, au cours des années trente, puisqu'elles datent des années soixante : la question de la ségrégation raciale occupait alors les débats, Martin Luther King était au summum de sa popularité et les descriptions tendancieuses des Noirs africains contenues dans les récits de Howard appartenaient à une autre époque que la plupart des Américains tentaient d'oublier. Cette censure, moralement compréhensible, a pourtant dénaturé le travail de l'auteur et cette nouvelle adaptation vient donc combler un immense vide en rendant justice — l'expression plairait à Kane — à l'une de ses plus fascinantes créations.

     Fou de dieu

     Solomon Kane est un fanatique religieux. Son nom s'inspire du Roi Salomon, réputé pour sa sagesse, et de Caïn, fils d'Adam chassé de l'Eden et maudit par Dieu pour avoir tué son frère Abel, avant d'être condamné à errer indéfiniment. Le personnage est décrit au lecteur comme une véritable antithèse de Conan, créé ultérieurement par Robert Howard : d'aspect austère, calme et rigoureux, la peau anormalement pâle et vêtu de noir des pieds à la tête, avare de paroles et constamment sobre, il ne s'autorise aucun plaisir et se fait un devoir de protéger les faibles, par pur altruisme, a contrario du comportement exubérant et généralement égoïste du barbare. Armé d'une épée et de ses deux pistolets, il parcourt le monde tel un vagabond à la recherche d'injustices à réprimer. En bon puritain, ce qu'il prétend être, Kane refuse d'admettre sa passion immodérée pour le danger — seul point commun entretenu avec le barbare de Cimmérie — et utilise la foi comme prétexte à son goût pour l'aventure.
     Mais Solomon Kane n'est pas de ces fanatiques que l'obstination pousse à combattre des chimères : il évolue dans un monde aux tonalités fantastiques (voire horrifiques) où esprits vengeurs, vampires et cannibales sont légion. Sa lutte du Bien contre le Mal est donc à prendre au pied de la lettre, et Howard ne s'embarrasse d'aucune réflexion sur le bien-fondé des actes de Kane, toujours justifiés, et qui le conduisent souvent à poursuivre des criminels pendant des années sur plusieurs continents dans le seul but de venger leurs victimes. Solomon Kane est un extrémiste, mais il a toutes les raisons de l'être.

     L'intérêt de l'œuvre ne réside donc pas tellement dans ses péripéties, bien que souvent exaltantes, mais d'une facture plutôt classique en regard de la littérature pulp des années vingt et trente (combats d'escrime, passages secrets, vierges captives et cie) : son originalité tient surtout dans la personnalité jusqu'au-boutiste de son anti-héros plutôt atypique.

     Terra Incognita

     Curieusement, étant donné la nature puritaine du personnage, qui devrait logiquement évoluer dans l'Angleterre élisabéthaine, Robert Howard se plaît à projeter Kane dans les contrées reculées d'Afrique où il se voit confronté à des tribus farouches dont les coutumes et la sorcellerie mystérieuses provoquent chez lui un mélange de fascination et de répulsion, un thème récurrent très personnel chez un auteur connu pour son racisme. Patrice Louinet n'élude d'ailleurs en rien la question, qu'il étudie de façon très lucide dans ses commentaires sur la genèse du personnage : le racisme, chez Howard, tient plus du paternalisme colonialiste et de la condescendance que de la haine raciale (les Noirs voient en Solomon Kane un dieu blanc, et ce dernier leur vient en aide pour régler des problèmes qu'ils sont incapables de résoudre par eux-mêmes).

     Cette vision archaïque des peuples noirs vient confirmer l'absurdité des coupes effectuées jadis, car il faut bien reconnaître que les nouvelles situées en Afrique figurent parmi les meilleures du recueil, comme si la création de Robert Howard n'était destinée qu'à subir un choc des cultures entre la rigueur de la civilisation occidentale protestante et la « sauvagerie » africaine dénuée de tabous (notamment sexuels), au regard des préjugés d'un Texan des années trente. Ainsi, notre héros psychorigide en vient parfois à se désinhiber au contact de la bestialité décomplexée des monstres qu'il rencontre, et qui l'incitent à oublier la prestance imposée à sa condition de puritain pour se livrer à des actes de pure folie barbare (Des Ailes dans la Nuit). A ce titre, l'opposition culturelle et morale entre Kane et une reine africaine, constamment nue, reste un épisode les plus intéressants de la saga (La Lune des Crânes) car le puritain — qu'on devine vierge, et dont la passion pour l'aventure peut être perçue comme un exutoire à ses frustrations — se retrouve alors confronté à une tentation d'ordre sexuel. Autrement dit, de son point de vue puritain : à Satan.

     Solomon Kane vaut donc surtout pour le caractère exceptionnel de son personnage principal, sans pour autant déprécier l'incroyable talent de l'auteur pour installer une ambiance et tenir en haleine son lecteur au cours d'aventures trépidantes et rondement menées. Howard reste un maître dans le domaine du divertissement mais dans ses nouvelles les plus courtes, où l'intrigue prime sur la psychologie du puritain, la profondeur du récit s'en ressent et on a le sentiment que n'importe quel autre aventurier aurait pu vivre cette aventure sans que cela n'y change rien. On notera d'ailleurs que ces récits secondaires, loin d'être dénués d'intérêt, empruntent généralement à la littérature d'épouvante (La Main du Destin), aux contes pour enfants les plus cruels (Des Bruits d'Ossements qui, dans sa version originale présentée dans les appendices, mettait en scène un aubergiste cannibale), ou bien aux récits de pirates (La Flamme Bleue de la Vengeance, une nouvelle inédite).

     Oui, mais...

     Passées les louanges, et pour être tout à fait exhaustif, on peut se permettre un léger reproche dont il est difficile de déterminer s'il est imputable à l'auteur ou à la traduction : il n'est en effet pas rare de retrouver la répétition du même mot ou de la même expression deux fois (voire trois) sur quelques lignes. Robert Howard était coutumier du fait, mais le traducteur aurait pu résoudre ce défaut récurrent par l'emploi de synonymes, surtout dans une langue aussi riche que le français. Par ailleurs, on retrouve le même genre de répétitions dans les commentaires des appendices, pourtant rédigés par Patrice Louinet, et ces maladresses étaient déjà présentes dans les Conan...

     De plus, le découpage du texte autour des illustrations verticales, ou le placement de « culs-de-lampe » (illustrations miniatures destinées à combler les blancs) n'est pas toujours heureux, même si les dessins de Gary Gianni sont superbes et toujours dans le ton.

     Pour en finir avec les défauts : le livre est directement disponible dans une version à couverture souple, contrairement aux Conan également proposés dans une version « cartonnée » mais aussi dans une superbe édition « de luxe » (avec couverture rigide rouge à encre dorée). Les portefeuilles seront ravis, le prix étant moindre, mais les collectionneurs auraient sans doute préféré se porter acquéreurs d'un livre qui n'aurait pas détonné aux côtés des Conan dans leur bibliothèque.

     En conclusion

     Ces quelques critiques, disons même ces chipotages, sont les seuls reproches que l'on peut adresser à cette édition qui, au vu des précédentes, devient instantanément une référence évidente. Avouons-le : on prend un immense plaisir à redécouvrir ces nouvelles dans une traduction plus « actuelle », sans aucune édulcoration, et dans un ordre qui nous permet d'apprécier l'évolution du personnage souhaitée par l'auteur (évolution méticuleusement décrite par Patrice Louinet dans ses commentaires). Ce qui nous permet de constater à quel point Howard prenait en compte les conseils qu'on lui adressait, et de quelle manière ils amélioraient ses textes (La Lune des Crânes est quasiment un remake de sa première nouvelle, dans une version plus développée). Ce procédé nous amène également à découvrir progressivement le passé du « Capitaine Kane », dont l'origine dévoilée apporte plus d'épaisseur au personnage avant que l'auteur ne mette un terme à son histoire dans un magnifique poème aux accents odysséens : Le Retour de Solomon Kane...

Florent M. (lui écrire)
Première parution : 14/10/2008
nooSFere




 
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